Prédation des goélands argentés sur les exploitations conchylicoles dans le département de la Manche

goéland argenté en vol
Goéland argenté © LPO Normandie

A la demande des conchyliculteurs et au motif qu’il y aurait une forte prédation des goélands argentés sur les exploitations de moules, l’État autorise depuis plusieurs années des tirs de goélands argentés dans le département de la Manche, à Chausey et sur la côte ouest, bien que cette espèce soit protégée par l’article L 411-1 du Code de l’environnement. La LPO Normandie s’oppose à ces tirs pour les raisons suivantes :

1. Le Goéland argenté est récemment classé Vulnérable à l’échelle de l’Union européenne et Quasi menacé en Europe.  Son implantation en milieu urbain ne compense pas son déclin en milieu « naturel ».  (Référence : Liste rouge de l’Union Internationale de la Conservation de la Nature).

2. C’est le Goéland argenté qui est incriminé, mais il existe d’autres espèces de goélands comme le Goéland leucophée par exemple, beaucoup plus rare en Normandie et assez difficile à différencier. Les confusions peuvent ainsi se produire lors des tirs.

3. Les pertes sont évaluées par questionnaire auprès des conchyliculteurs et non sur la base d’études indépendantes ou de contrôles des services de l’État. Qu’elle est la part réelle des pertes par prédations par les goélands et des autres causes de pertes de production ?

4. Il n’y a pas de réflexion sur les mesures de protection prises (filets). Pourquoi ne sont-elles pas suffisantes ? A-t-on suffisamment exploré cette piste ? Il n’y a pas d’éléments dans le dossier permettant de répondre à cette question. A titre d’exemple, une étude est en cours sur la réserve de Moèze-Oléron (Charente-Maritime) pour évaluer l’impact de systèmes d’effarouchements. Cette étude n’a pas été prise en compte.

Goéland argenté posé sur la mer
Goéland argenté © LPO Normandie

5. Il n’y a pas d’éléments objectifs montrant que le tir létal de 80 goélands à Chausey et 10 goélands à Donville-Coudeville près de Granville, puisse significativement changer la situation. En fait, on ne fait que supposer que tuer quelques oiseaux conduirait à « éduquer les oiseaux au risque lié au tir » ou « entretenir le risque létal dans le comportement des oiseaux ». Une telle affirmation est à ce stade très spéculative (c’est l’argument mis en avant pour tirer des loups, largement controversé et remis en cause par des associations et des avis d’experts). Sur quelle étude, quel suivi rigoureux de ce type d’opération se base-t-on ? Les tirs létaux ont déjà eu lieu ailleurs en France. Il aurait été judicieux de réaliser une étude comportementale en lien avec ces tirs. Cette étude aurait pu permettre d’évaluer la situation comportementale des goélands et l’efficacité des tirs en termes « d’éducation » des oiseaux.

En conclusion, il nous paraît indispensable avant d’autoriser une mesure de régulation de réaliser une étude globale des populations de goélands afin d’en évaluer l’évolution et le comportement. Étant donné les pertes annoncées : 327 tonnes de moules (sic), la collaboration avec les conchyliculteurs pour cette étude ne devrait pas à notre sens poser de problème. La LPO n’est pas opposée par principe à des régulations d’espèces, si les mesures de régulation respectent les conditions suivantes :

  • Études scientifiques rigoureuses permettant d’évaluer les impacts économiques et le suivi de l’efficacité des mesures de régulation.
  • Suivis scientifiques rigoureux permettant d’évaluer l’absence de risque d’affaiblissement de l’espèce concernée.

Dans le cas présent, les deux conditions ne sont pas réunies. La LPO Normandie s’oppose donc à ces tirs létaux de goélands dans la Manche dans l’état actuel des connaissances. Une solution de tirs à blanc est proposée, dans ces conditions et seulement dans ces conditions, la LPO Normandie y serait favorable.

Le Conseil d’administration de la LPO Normandie