La chasse

Office français de la biodiversité (OFB)

L’ancien Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) est maintenant intégré à l’OFB (Office français de la biodiversité). Vous pouvez contacter l’OFB pour signaler une infraction : OFB en Normandie.

cage piège à corvidés
Cage piège à corvidés (médiathèque de la LPO Normandie)

Espèces chassables

La liste des espèces chassables en France est consultable en pdf.

Législation française

La législation sur le piégeage ainsi que les dates de chasse sont consultables sur le site de l’OFB.

ESOD ou espèces susceptibles de causer des dégâts

La liste des espèces d’animaux classés «espèces susceptibles de causer des dégâts» (ex-«nuisibles») est consultable sur le site de l’OFB, suite à la parution du décret.

Le renard roux – Position de la LPO Normandie

En Normandie, le Renard roux est classé « espèce susceptible d’occasionner des dégâts ». Cette étiquette ne correspond pas à la réalité biologique, écologique et économique de cette espèce. Le Renard est chassable toute l’année dans notre région. La LPO Normandie demande de modifier cette classification et de retirer le Renard du groupe des espèces chassables.
L’acharnement dont il fait l’objet est un non-sens écologique et totalement contreproductif. En effet:

1) Le Renard est un prédateur remarquable de rongeurs. Prédateur opportuniste, il
se nourrit de micro-mammifères, de lagomorphes, de fruits et de baies, d’oiseaux,
parfois d’insectes ou de vers de terre, ainsi que d’animaux morts. Les études réalisées en Europe soulignent toutes la part importante prise par les micro-mammifères dans son régime alimentaire, principalement des rongeurs : 60 à 75% de campagnols des champs et 12 à 15% de campagnols terrestres. Ces deux espèces peuvent causer des dégâts importants aux activités agricoles (cultures, vergers, prairies).
En tenant compte qu’un renard moyen pèse 4,7 kg et doit manger de 380 à 490 gr /
jour et qu’un campagnol pèse de 20 à 25 gr, sa consommation varie de 3 800 à 6 300 micro-mammifères par an. Ces chiffres doivent être considérés comme des valeurs minimales en termes de prédation, puisqu’ils ne prennent pas en compte la
nourriture apportée aux renardeaux ni les campagnols tués mais non consommés.
Par ailleurs, chaque campagnol tué est un campagnol qui est soustrait à la reproduction, ce qui est loin d’être négligeable quand on sait qu’une femelle peut avoir jusqu’à 6 portées de 2 à 11 petits (5 en moyenne) par an et que les femelles
sont matures à 21 jours.
Le Renard rend aux agriculteurs un précieux service écologique.

2) La lutte contre les campagnols. Pour le monde agricole les 3 maîtres mots de la
lutte contre le campagnol sont : surveillance, prévention et actions précoces. Les actions préventives et précoces peuvent être réalisées sur des populations de campagnols en combinant 3 méthodes: facilitation de la prédation, dérangement du sol et lutte directe. Faciliter la prédation c’est favoriser les habitats des prédateurs naturels et les laisser agir.
Pourtant, force est de constater que de plus en plus d’agriculteurs ont recours à un
puissant anticoagulant, la bromadiolone, pour lutter contre les campagnols et tous
les départements sont désormais concernés (réseau SAGIR, 2014). Malheureusement, cette substance induit des dégâts « collatéraux » sur la faune non cible. De plus, ceci a un coût économique non négligeable pour les agriculteurs.
Le Renard rend aux agriculteurs un précieux service économique.

3) La dissémination des graines. Le Renard complète son régime alimentaire notamment par des fruits et des baies quand ces ressources sont abondantes. Par
cette consommation, il joue un rôle important dans la dissémination des graines (via
ses crottes).
Le Renard contribue à la diversité des arbres et arbustes des paysages
ruraux.

4) Régression du Lièvre, du Faisan de Colchide, de la Perdrix grise ? Le Lièvre d’Europe, le Faisan ou la Perdrix grise sont des proies secondaires occasionnelles, mais aucune étude ne démontre que la diminution souvent importante des populations de ces espèces dites « gibier » serait due à la prédation exercée par le Renard. La transformation des écosystèmes due à l’intensification de l’agriculture se traduit par une uniformisation des paysages résultant de la disparition des haies et des friches, le retournement des prairies, l’usage particulièrement important de produits phytosanitaires, ce qui en est sans aucun doute la cause majeure. De nombreux cas de mortalité de perdrix et de diverses espèces de colombidés liés à l’épandage de pesticides ayant pour principe actif l’imidaclopride ont été rapportés.
La prédation du Renard sur le Lapin de garenne, la Perdrix grise et le Lièvre d’Europe a été étudiée durant 41 ans en Allemagne. Les auteurs concluent que l’amélioration des habitats serait bien plus efficace que la régulation des populations de renards pour restaurer les populations de lièvres, lapins et perdrix.
Les proies secondaires sont le plus souvent issues d’élevages et n’adoptent pas en conséquence des comportements d’animaux sauvages (animaux dépendant du nourrissage, faible distance de fuite…) et l’incapacité des femelles à se reproduire explique pour beaucoup les échecs de repeuplement. De plus, les faisans lâchés en
quantité sur le territoire national (10 millions par an ; source ONCFS) sont des espèces et sous espèces exotiques (Faisan de Colchide, Faisan obscur, Faisan vénéré).

5) Ravageur de poulaillers ? Pour éviter des pertes il suffit de disposer d’un poulailler
efficace à l’épreuve du Renard (et des chiens, chats, fouines…) et ce, moyennant quelques aménagements bon marchés.
Le Renard ne s’attaque aux poules que quand il en a l’occasion.

Un jeune renard et son père regardent des usines aux fumées polluantes. Le jeune demande: "papa, pourquoi on est nuisible?" Réponse du renard: "va comprendre..."
Dessin de Benj
(avec son aimable autorisation)

6) Vecteur de maladies ?
· La rage. La rage a officiellement disparue du territoire national en 2001 grâce à la vaccination orale et non par les dispositions drastiques et onéreuses préconisées par les chasseurs (tirs de jour comme de nuit, piégeage, gazage des terriers et d’empoisonnement).
· L’échinococcose alvéolaire. Le parasite (Echinococcus multilocularis) a besoin de deux hôtes, un hôte intermédiaire (certaines espèces de rongeurs) et un hôte définitif (un canidé, parfois le chat). Le renard est vecteur comme peuvent l’être également nos animaux domestiques que sont les chiens et les chats. Les processus épidémiologiques sont tels qu’il n’est pas justifié sur un plan
scientifique d’invoquer cette maladie pour détruire le Renard. Les cas
d’échinococcose alvéolaire demeurent rares (en moyenne une trentaine par an sur le territoire national.
Les renards sub-adultes ont une dynamique spatiale plus forte en raison de leur comportement de dispersion. Par conséquent, chasser le renard affecte principalement la structure de la population en induisant une augmentation des juvéniles. Ces derniers sont connus pour porter jusqu’à 85% de la biomasse d’Echinococcus multilocularis dans la population vulpine. Ainsi, la régulation des renards pourrait avoir des effets contreproductifs sur la prévention de la zoonose
et pourrait même favoriser sa transmission.
Une étude de 4 ans autour de Nancy a montré qu’un effort conséquent de destruction (tirs de nuit, 1 700 heures de travail de nuit, 15 000 km parcourus, 776 renards tués) n’a pas permis de diminuer la population de renards mais a résulté en une augmentation de 40% à 55% de la prévalence d’E. multilocularis
dans la population vulpine alors que dans la zone « témoin » adjacente de 585 km (où l’effort de destruction est resté inchangé) la prévalence demeurait stable.
Par contre, en Allemagne, une autre approche utilisée sur un territoire de 566 km² à la fin des années 80 a permis de diminuer le taux de prévalence dans la population vulpine de 32% à 4% après 6 campagnes de distribution d’appâts anthelmintiques en 14 mois.
Des méthodes alternatives telles que le recours à la vaccination orale avec des appâts anthelmintiques à base de praziquantel, ont démontré leur efficacité pour lutter contre l’échinococcose alvéolaire.
· Maladie de Lyme. D’après l’institut Pasteur, on recenserait 10 000 nouveaux cas par an depuis 2005 de maladie de Lyme provoquée par une piqure de tique infectée par la bactérie Borrelia. Récemment, la Royal Society Britannique a publié les résultats d’une étude sur les effets bénéfiques de la présence du Renard sur le nombre de tiques
infectées par cette bactérie.
En diminuant le nombre de rongeurs infectés, on suggéra que le risque de transmission à l’homme de la maladie de Lyme pourrait être réduit. Cette hypothèse a été testée en Hollande pendant les mois d’avril à septembre, sur une vingtaine de carrés forestiers d’un hectare, avec des densités variables de prédateurs (renards et fouines). Les corrélations ont montré que plus le nombre de renards et de fouines était élevé, plus le nombre de tiques infectées était bas.
De plus, lors du contrôle des rongeurs, on s’est rendu compte que les campagnols portaient moins de tiques dans les carrés où les prédateurs sont nombreux. En effet, quand les prédateurs sont plus nombreux, les rongeurs sont plus casaniers et donc moins exposés au risque d’infection. Les tiques doivent trouver d’autres espèces plus accessibles et sans maladie infectieuse.
Le Renard rend un précieux service sanitaire.

7) Trop de renards ? Dans la vraie vie, différents facteurs contribuent à la limitation
des populations de renards :
· La circulation routière : les renards y payent un très lourd tribut.
· La gale sarcoptique est une maladie qui touche le Renard. Mortelle, elle peut se traduire par une très forte diminution des populations. Mais le parasite n’infeste pas l’Homme. Il n’y a donc pas de risque sanitaire pour l’Homme par rapport à cette maladie. Ce motif ne peut donc pas être invoqué pour justifier des modalités supplémentaires de destruction des Renards roux.

. L’autorégulation. Il existe chez le Renard des possibilités « d’autorégulation » des
populations au travers d’une

combinaison de facteurs environnementaux (disponibilités en ressources alimentaires et en sites de reproduction) et de facteurs comportementaux propres à l’espèce. La taille des portées dépend de la disponibilité en ressources alimentaires. Toutes les femelles n’ont pas accès à la
reproduction, autrement dit, toutes les femelles ne produisent pas de portées.
En France, dans la ville de Strasbourg et dans les Réserves Naturelle Rhénanes (plusieurs milliers d’hectares), le Renard n’est plus chassé depuis plus de 30 ans.
Dans le canton de Genève en Suisse, la chasse est interdite depuis 40 ans. Les populations de renards n’ont jamais explosé, et la densité de lièvres est importante (15 individus au km² sur ce territoire).

En conclusion:

  • Le Renard est bénéfique aux activités agricoles, forestières et aquacoles. Le renard n’est pas source de dommages importants.
  • Le Renard est utile pour la santé publique. Sa destruction abusive ne sert à rien et peut être un facteur augmentant les risques de transmission à l’homme de l’échinococcose alvéolaire mais également de la maladie de Lyme.
  • Le Renard n’est pas source de danger pour la faune et la flore. Rien ne démontre que le Renard soit un acteur responsable du déclin de populations d’espèces sauvages. Au contraire, en contribuant à la dissémination de graines, il participe à la diversification de nos paysages.