Le pèlerin et les deux corneilles

Faucon pèlerin posé en bord de falaise dans la végétation
Faucon pèlerin © Yannick Le Sausse

A l’instar de Jean de La Fontaine, nous convenons tous que les animaux se comprennent entre eux sans se parler, ou du moins sans utiliser de langage articulé. Il y a quelques mois, j’ai été le témoin d’une scène qui confirme cette théorie.

Ce jour-là, j’observe un faucon pèlerin (Falco peregrinus) affairé à déchiqueter une proie sur un arbuste au milieu du polder de la réserve de Beauguillot, dans la Manche. Surviennent alors deux corneilles noires (Corvus corone) qui, manifestement indisposées par la présence du rapace qu’elles viennent de déceler et, dans une posture hostile qui atteste d’une rivalité avienne immémoriale, décident de se poser au-dessus du faucon. Le champion des airs demeure imperturbable.

Au bout d’un instant, la corneille la plus proche se laisse tomber sur le dos du pèlerin, pattes en avant, avant de rapidement rejoindre son perchoir. Sur l’instant, la réaction du rapace est surprenante car malgré l’agression dont il vient d’être victime, il ne bouge pas d’une plume. En revanche, dans un flegme tout britannique, il interrompt son repas, tourne la tête en direction de son intrépide assaillante et la fixe attentivement pendant plusieurs secondes avant de reprendre ses agapes.

Quelques minutes plus tard, puisqu’il convenait quand même pour les deux corvidés, après leur offensive manquée, de ne pas perdre la face trop rapidement, les deux corneilles quittent l’arbuste en croassant. Maintenant, je vous laisse le soin de compléter l’histoire et d’imaginer le message que le faucon pèlerin a bien pu faire passer à la corneille. Pour ma part, j’ai ma petite idée…

Yannick Le Sausse

Corneille noire posée sur un tronc d'arbre
© Guy Corteel