Tadorne de Belon

Tadorna tadorna

Espèce protégée

Nicheur (400 couples) et hivernant assez rare

Statut en Europe et en France

Le Tadorne de Belon possède deux populations européennes distinctes : l’une sur les côtes de l’Europe de l’Ouest, de la France à la Norvège, et l’autre sur les rivages de la Méditerranée et de la mer Noire. Si l’espèce a été en de nombreuses régions au bord de l’extinction à la suite de persécutions directes, les mesures de protection prises il y a un demi-siècle l’ont sauvée. Aujourd’hui, les populations du Tadorne de Belon sont en expansion dans la partie occidentale de son aire de reproduction (excepté la population britannique) et les populations installées sur les rivages de la mer Noire (Roumanie, Ukraine) se sont stabilisées.

En France, après avoir connu une période dramatique de déclin, qui ne voyait qu’une cinquantaine de couples subsister sur les rivages de la Manche en 1964, le Tadorne de Belon est répandu aujourd’hui du littoral Atlantique aux rivages de la mer du Nord, où les effectifs continuent à augmenter, bien que désormais plus modérément. Il occupe aussi toutes les côtes basses de la Méditerranée et commence même à s’installer à l’intérieur des terres.

Statut en Normandie

Aujourd’hui, dans le cadre de l’expansion de l’espèce en France depuis les années 1970, le Tadorne de Belon est un nicheur localisé, essentiellement sur les côtes sableuses de l’ouest du département de la Manche, et plus secondairement autour de l’estuaire de l’Orne et dans celui de la Seine. Les côtes sableuses de l’est du Calvados seraient sans doute favorables si le dérangement humain était moindre. Le Tadorne de Belon occupe de plus en plus l’intérieur des terres, près des côtes, comme dans les marais du Cotentin et du Bessin ou dans la basse vallée de la Seine.

Pour la Haute-Normandie, Olivier note en 1938 que le Tadorne de Belon « se reproduisait en plusieurs points de la Basse Seine et que peut-être en est-il encore ainsi pour un ou deux couples ».

Écologie et habitat

Le Tadorne de Belon niche le plus souvent dans des cavités, essentiellement des terriers de lapins. C’est un habitant typique de l’estran sablo-vaseux. Si les dunes sont utilisées pour la nidification, les vasières sont indispensables à son alimentation et leur présence conditionne la répartition de l’espèce. En effet, sur la façade ouest de la France, ce sont le plus souvent des secteurs de vasières dans les estuaires, qui, sous la double influence des fleuves et de la mer, offrent les meilleures potentialités alimentaires, indispensables à l’alimentation des jeunes. L’espèce se nourrit essentiellement d’invertébrés aquatiques. Les stations d’épuration par lagunage offrent depuis quelques années à l’espèce des nouveaux lieux de tranquillité riches également en ressources alimentaire, qui sont propices à l’élevage des jeunes. Occasionnellement, il niche sur les falaises ou dans les éboulis à leur pied, si elles sont proches des vasières saumâtres qui lui sont indispensables pour l’élevage des jeunes.

La période de nidification s’étend d’avril à juillet et les deux parents conduisent la nichée vers des lieux d’élevage qui peuvent être distants de plusieurs kilomètres des sites de nidification.

Conservation

On peut supposer que l’espèce, protégée et très facilement reconnaissable, ne doit pas beaucoup souffrir de la chasse. Par contre, le Tadorne de Belon est sensible aux dérangements en période de nidification, et il conviendrait de lui assurer des secteurs littoraux tranquilles durant cette période, principalement dans les havres de la côte ouest du Cotentin, particulièrement impactés par le développement touristique.

Il est aussi très dépendant de la présence de vasières, surtout celles des estuaires, dont la dégradation suite à des aménagements lourds (chenalisation du fleuve) constitue le facteur de risque le plus important. L’avenir du Tadorne de Belon se jouera cependant dans notre capacité à maintenir des systèmes estuariens de grande qualité biologique. En ce sens, la situation est critique en particulier dans l’estuaire de la Seine, où des solutions devront être trouvées afin de sauver les vasières de l’estuaire, sur lesquelles plane une menace d’artificialisation extrême des milieux, qui risquent d’accentuer le processus de dégradation de ce milieu exceptionnel.

Répartition en période de nidification (2005-2012)

Tadorne de Belon mâle
Tadorne de Belon © Guy Corteel

Nidification

L’expansion de l’espèce continue encore, bien que plus modérée depuis quelques années. Les populations nicheuses sont en règle générale sédentaires. La population nicheuse est estimée à quelques centaines de couples.

Fréquence sur les échantillons prospectés (%)

Haute-Normandie en 2017Haute-Normandie en 2019Normandie
134 (100ème rang)
Fréquences (%)

L’enquête fait apparaître une nette augmentation de l’espèce entre les deux enquêtes en Haute-Normandie, ce qui correspond à la progression de la population régionale.

Période internuptiale

Le Tadorne de Belon est un hivernant assez rare et localisé à la zone littorale et au marais du Cotentin. Les populations nicheuses sont rejointes par des contingents plus septentrionaux qui viennent hiverner en France.

Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
104233
Fréquence (%) par mois sur les échantillons prospectés

De septembre à février on note une augmentation progressive liée aux oiseaux provenant du nord de l’Europe.

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
4588813
Fréquence (%) par mois d’après les fiches de relevés

Notre base de données indique de même une augmentation des fréquences dès novembre avec un pic migratoire en février.La fréquence est identique entre les deux enquêtes en Haute-Normandie.

Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie

La fréquence de cet hivernant rare est trop faible sur nos échantillons pour évaluer les effectifs en Normandie sur la période.

Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Tadorne de Belon, période de reproduction et d’hivernage.