Rougequeue à front blanc

Phoenicurus phoenicurus

Espèce protégée

Nicheur migrateur peu commun (9 500 couples)

Statut en Europe et en France

Plus de la moitié de l’aire de répartition du Rougequeue à front blanc est située en Europe : essentiellement en Grande-Bretagne, France, Allemagne, Scandinavie, Roumanie. Dans les siècles passés, l’espèce a bénéficié de la fragmentation forestière, du pâturage et du développement des parcs et jardins. Le Rougequeue à front blanc était ainsi dans la première moitié du xxe siècle un oiseau bien répandu. Les premiers signes d’un déclin se sont manifestés en Grande-Bretagne dès les années 1940 ; puis il s’est accentué pour devenir évident à la fin des années 1960 dans les latitudes moyennes de l’Europe. La régression s’est poursuivie, bien que moins nettement, dans les décennies suivantes. Récemment cependant, une expansion a été constatée dans la plupart des pays d’Europe, dont la France, à partir du début du xxie siècle. Aujourd’hui l’espèce est présente dans une grande partie de la France à l’exception des plaines du Sud-Ouest ainsi que du Nord-Ouest, où pratiquement seule la Normandie est occupée.

Statut en Normandie

Le Rougequeue à front blanc a une répartition assez clairsemée en Normandie, les principales zones de peuplement étant constituées par les secteurs de forêts claires, de prairies humides arborées, le bocage du Pays-de-Bray, de l’Eure, du Calvados, du sud de la Manche, et de l’ouest de l’Orne, mais les densités ne sont jamais importantes. Pour la Haute-Normandie, Olivier indiquait en 1938 : « A peu près uniformément répandu pour la reproduction », ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Écologie et habitat

Le Rougequeue à front blanc est un insectivore, migrateur transsaharien. Classiquement forestier, il niche en Normandie surtout dans les vieux vergers et les haies d’arbres têtards, quelques couples occupant des bois clairs (comprenant essentiellement hêtres ou bouleaux), des grands jardins, des parcs ou des lisières de forêts. Comme il se nourrit le plus souvent au sol ou en vol, après avoir repéré une proie depuis un perchoir duquel il plonge ou s’élance, il a besoin d’espace entre les arbres, mais également d’un sol dégagé riche en insectes. Il doit aussi disposer d’arbres creux dans lesquels il fait son nid ; des constructions humaines (tas de bois ou trous de murs par exemple) ou des nichoirs pouvant parfois lui convenir. Les nicheurs se rencontrent en colonies lâches dans les milieux les plus favorables, par couples isolés ailleurs. Les œufs de la première nichée sont généralement pondus dans la première moitié de mai, et une seconde nichée est fréquente. Le Rougequeue à front blanc arrive en Normandie courant avril et repart en août-septembre.

Conservation

Le déclin historique du Rougequeue à front blanc est à mettre sur le compte de la raréfaction des vieux arbres, en particulier vieux pommiers et arbres têtards, comme pour la Chevêche et le Moineau friquet. Il a été aussi victime de la diminution des ressources alimentaires en lien avec l’intensification de l’agriculture : diminution des prairies, pesticides (avec peut-être des effets toxiques directs). Son absence de secteurs apparemment favorables pourrait s’expliquer par un morcellement important des milieux pouvant lui convenir, diminuant ainsi les chances de rencontre entre partenaires, et par une faible dynamique de population due aux mauvaises conditions qualitatives et quantitatives de ses milieux de nidification.

Cependant, la chute importante des effectifs de l’espèce dans le dernier tiers du xxe siècle, suggère fortement un lien avec la détérioration de ses quartiers d’hiver. De plus, des traitements insecticides contre la mouche tsé-tsé ont été reconnus responsables de la mort d’un certain nombre d’individus en Afrique, indiquant un possible lien entre la diminution des populations de l’espèce et l’utilisation de pesticides dans sa zone d’hivernage.

En Normandie, il conviendrait maintenant, et en premier lieu, de conserver des vieux arbres dans les milieux favorables par ailleurs à l’espèce : forêts de feuillus (lisières en particulier), mais surtout vergers et haies arborées sur des espaces prairiaux dégagés exempts de traitements chimiques. Ces dernières mesures impliquent l’arrêt de la destruction des haies champêtres ainsi que la réhabilitation et la recréation de vergers de pommiers hautes-tiges. Une labellisation des produits traditionnels de qualité (pommes, cidre, calvados, produits laitiers…) issus de tels milieux serait un moyen de réhabiliter ces exploitations extensives. Une diminution de l’utilisation des insecticides (et une suppression des plus toxiques) dans les quartiers d’hivernage de l’espèce est par ailleurs nécessaire. Cette espèce est donc à surveiller ; rien ne garantit en effet le maintien de la tendance actuelle à la remontée des effectifs

Répartition en période de nidification (2005-2012)

Rougequeue à front blanc posé sur un piquet
Rougequeue à front blanc © Frédéric Malvaud

Nidification

Haute-NormandieCotentin / BessinNormandie
3 8001 8009 500
Estimation du nombre de couples d’oiseaux nicheurs

Avec environ11 000 couples estimés, la Normandie accueille une part non négligeable des effectifs nicheurs français (environ 8 %).

Carte des densités par zones biogéographiques

Dans la zone échantillonnée, le Rougequeue à front blanc a son bastion dans la vallée de la Seine-Aval (2 couples / km²). Le Bessin et les marais du Cotentin abritent un peu moins d’un couple / km² tout comme le Pays-de-Bray, la plaine de Saint-André et le Pays d’Ouche. Ses densités sont faibles dans le Pays-de-Lyons et le Lieuvin. Il est rare ailleurs.

Comparaison des densités par grandes zones

Haute-NormandieCotentin / BessinNormandie
0,30,50,4 (54ème rang)
Densité (couples / km²)

Le Rougequeue à front blanc, espèce peu commune, se trouve au 54ème rang en termes d’abondance (sur 187 espèces d’oiseaux nicheuses en Normandie). Ses densités sont à peine plus élevées dans la partie orientale de la région.

Fréquence sur les échantillons prospectés

Haute-Normandie en 2017Haute-Normandie en 2019Normandie
121617 (63ème rang)
Fréquences (%)

En termes de fréquence sur les échantillons prospectés, le Rougequeue à front blanc est assez rare pour se situer au 63ème rang parmi les espèces normandes. Sa fréquence a néanmoins augmenté de 33 % entre l’enquête 2007 et l’enquête 2019 en Haute-Normandie.

Densité par type d’habitat

BâtiCulturesForêtMosaïquePrairies
1,0NA0,50,60,3
Couples / km²

Les milieux bâtis lui semblent assez favorables (1 couple / km²), ce qui pourrait correspondre à la vallée de la Seine-Aval, bien anthropisée. Ses densités restent peu élevées en forêt, dans les habitats en mosaïque et les prairies. Il est absent des cultures.

Période internuptiale

Migrateur transsaharien, le Rougequeue à front blanc disparait de la Normandie en période hivernale.

Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie

Il est absent des échantillons prospectés. Seul le passage migratoire se retrouve dans les fiches de relevés en septembre, et de façon anecdotique en octobre.

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
1,70,3NANANANA
Fréquences par mois d’après les fiches de relevés

Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie

Cette espèce est absente de Normandie au cours de la période internuptiale, en dehors d’un petit passage d’oiseaux en septembre.

Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Rougequeue à front blanc, période de reproduction ou d’hivernage.