Regulus ignicapilla
Espèce protégée
Nicheur (18 000 couples) et hivernant commun
Statut en Europe et en France
En Europe, le Roitelet à triple bandeau niche du sud de l’Europe au nord de l’Europe centrale, et dans le sud des Iles britanniques. Ses bastions sont la péninsule Ibérique et le centre de l’Europe. L’histoire de ce Roitelet n’est pas claire ; toujours est-il qu’il a étendu son aire de répartition vers le Nord-Ouest, probablement à partir du sud et du centre de l’Europe, tout au long du xxe siècle. La population européenne de l’espèce apparaît stable voire en légère augmentation, avec des fluctuations inter-annuelles.
C’est dans les années 1950 qu’il atteint le nord-ouest de la France en tant que nicheur, l’hivernage y étant déjà habituel. En France, il se reproduit actuellement à peu près partout, de façon cependant plus éparse dans le quart nord-ouest. L’hivernage concerne toute la France, les oiseaux autochtones étant rejoints par une population issue des pays plus orientaux, ne faisant pour nombre d’entre eux que passer pour se rendre dans la péninsule ibérique ou en Afrique du Nord.
Statut en Normandie
Les auteurs de la fin du xixe siècle s’interrogeaient déjà sur la reproduction du Roitelet à triple bandeau en Normandie, ce qui était encore le cas d’Olivier pour la Haute-Normandie quarante ans plus tard : « Apparaît régulièrement fin septembre et en octobre ; repart en mars-avril. Nous ne connaissons pas de record certain de nidification, mais celle-ci est vraisemblable ».
Ces atermoiements sont le reflet de la difficulté à mettre l’espèce en évidence, son chant et ses cris peu sonores étant particulièrement aigus, et sa silhouette remuante et sombre, peu visible dans la pénombre des denses ramures. C’est au milieu du vingtième siècle que sa nidification fut avérée en Normandie, mais il devait déjà y nicher depuis plusieurs dizaines d’années. Le premier atlas des oiseaux nicheurs de Normandie (1985-1988) mentionnait que la Normandie était surtout occupée dans sa moitié sud-orientale ; ce n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui, puisque l’on peut maintenant affirmer que l’espèce est localement bien représentée dans le Calvados et la Seine-Maritime. Elle reste cependant encore rare ou absente dans le département de la Manche. En hiver, ce roitelet peut se rencontrer dans toute la Normandie, avec moins d’éclectisme quant au milieu occupé ; il peut alors être présent sur des sites où il ne se reproduit pas, comme dans le bocage du département de la Manche.
Écologie et habitat
En Normandie, le Roitelet à triple bandeau préfère les taillis sous futaies de feuillus pour sa nidification, et a besoin d’un étage bas assez dense avec des feuilles persistantes (lierre, houx, buis) pour construire son nid, souvent dans le lierre qui entoure les vieux arbres, et faire une ou deux couvées par an. L’espèce est en effet nettement moins inféodée aux résineux que le Roitelet huppé. On peut aussi le rencontrer dans les villes, où il profite parfois des résineux ornementaux.
Le passage migratoire postnuptial est détectable surtout en septembre-octobre, et les retours en mars et avril.
Conservation
Le Roitelet à triple bandeau est très sensible aux vagues de froid qui déciment fortement ses rangs, donnant à la population de l’espèce une certaine fluctuation numérique. Cependant, son expansion géographique continue de façon modérée. Espèce assez nettement forestière, ce roitelet se maintiendra si la gestion des forêts permet le maintien de vieux arbres, particulièrement quand ils sont entourés de lierre ou que le sous-bois recèle les arbustes à feuilles persistantes qu’il affectionne.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Nidification
| Haute-Normandie | Cotentin / Bessin | Normandie |
| 10 000 | NA | 18 000 |
Du fait de sa faible fréquence comme nicheur en Basse-Normandie sur nos échantillons, ses effectifs n’y sont pas calculables. Sa population minimum en Normandie est estimée à environ 21 000 couples, ce qui représente une faible partie (environ 3 %) des effectifs nicheurs en France.
Carte des densités par zones biogéographiques

Le Roumois se distingue nettement comme bastion normand pour ce roitelet. Ses zones de plus forte abondance, en partie sud de la Haute-Normandie, encerclent le plateau du Neubourg d’où il est totalement absent pour cause de vastes cultures. Cette ceinture (Pays d’Ouche, plaine de Saint-André, Lieuvin, vallée de la Seine, Pays-de-Lyons) conserve assez d’habitats boisés pour lui être favorable, de même que les hautes haies du bocage du Bessin. Il s’installe depuis peu dans le bocage du Cotentin, mais reste absent de son littoral et des marais, ainsi que du Vexin (grandes cultures) et étonnamment du Pays- de-Bray alors que, à côté, le Petit-Caux accueille 1,2 couple / km².
Comparaison des densités par grandes zones
| Haute-Normandie | Cotentin / Bessin | Normandie |
| 0,8 | NA | 0,7 (51ème rang) |
Au 51ème rang en termes d’abondance (sur 187 espèces d’oiseaux nicheuses en Normandie), le Roitelet à triple bandeau est une espèce peu abondante. Dans les zones prospectées du Cotentin / Bessin, sa faible fréquence ne permet pas d’estimer son abondance.
Fréquence sur les échantillons prospectés
| Haute-Normandie en 2017 | Haute-Normandie en 2019 | Normandie |
| 28 | 41 | 33 (52ème rang) |
Sur les échantillons prospectés, il est sensiblement assez fréquent. Lors de l’enquête de 2019 en Haute-Normandie, sa fréquence a fortement augmenté (+ 46 %) comparé à celle de 2007, ce qui peut laisser supposer une tendance positive pour les populations reproductrices.
Densité par type d’habitat
| Bâti | Cultures | Forêt | Mosaïque | Prairies |
| 1,3 | 0,1 | 2,4 | 0,6 | 0,4 |
Sans surprise, c’est la forêt qui culmine tous ses suffrages (ce qui explique son abondance en pays d’Ouche, Lieuvin, vallée de la Seine, Pays-de-Lyons et Bessin). Sa présence dans les bâtis pourrait venir de l’enrésinement des jardins, marqué depuis quelques décennies. Il se fait rare dans les milieux variés et les prairies du fait probablement de la végétation trop basse et est quasiment absent des cultures.
Période internuptiale
En hiver, les oiseaux locaux sont rejoints par une population issue des pays plus orientaux.
Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 14 | 25 | 26 | 29 | 28 | 19 |
La fréquence des contacts sur les échantillons prospectés augmente en octobre puis reste stable au cours de l’hiver, pour diminuer en février. Ceci reflète probablement l’arrivée d’oiseaux hivernants qui s’installent pour la mauvaise saison. On retrouve la même tendance sur les fiches de relevés (tableau ci-dessous).
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 8 | 12 | 15 | 15 | 12 | 12 |
| Haute-Normandie en 2007 | Haute-Normandie en 2019 |
| 10 | 17 |
De façon similaire à ce qui est observé en période de reproduction, la fréquence du Roitelet à triple bandeau a nettement augmenté (+ 70 %) entre les deux enquêtes de 2007 et 2019 en Haute-Normandie. Cette augmentation de l’hivernage est peut-être un indice du réchauffement climatique.
Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février | |
| Densité (individus / km²) | 0,2 | 2,0 | 0,5 | 0,8 | 0,6 | 0,4 |
| Effectifs (nombre d’individus) | 7 100 | 60 700 | 15 500 | 23 100 | 17 200 | 12 300 |
En parallèle à l’augmentation des fréquences en hiver lors des prospections sur nos échantillons, on note une légère augmentation des densités au cours des mois de novembre à janvier et des effectifs importants lors du passage migratoire d’octobre. Les abondances plus élevées entre novembre et janvier confortent l’hypothèse d’un hivernage plus important en Normandie, au cours duquel les effectifs atteignent environ 23 000 oiseaux.
Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Roitelet à triple bandeau, période de reproduction ou d’hivernage.
