Crex crex
Espèce protégée
Nicheur migrateur très rare (5 couples)
Statut en Europe et en France
L’essentiel des populations du Râle des genêts se situe en Europe de l’Est, avec les Pays Baltes et la Pologne comme principaux bastions européens. Il ne reste en Europe de l’Ouest que des noyaux de plus en plus isolés et en net déclin.
Ainsi, la France abrite aujourd’hui moins de 400 mâles chanteurs contre 600 en 2002, et 1 900 en 1984). Dans le même temps, l’espèce tend à voir sa distribution géographique se restreindre avec seulement quelques zones occupées par des populations significatives : vallées de la Meuse et de la Saône, basse vallée de la Loire, et vallée de la Charente.
Le Râle des genêts est considéré comme En Danger dans la liste rouge des oiseaux nicheurs de France (UICN).
Statut en Normandie
De nos jours, le Râle des genêts est devenue un nicheur très rare en Normandie, au bord de l’extinction. En 1985, la population de la vallée de Seine était séparée en trois petits noyaux (prairies de Roumare, de Jumièges et zone estuarienne), auxquels il fallait ajouter des chanteurs isolés (Brotonne, Pays de Bray), ce qui remettait en cause l’homogénéité de peuplement de ce secteur. Seul l’estuaire de la Seine est encore régulièrement occupé aujourd’hui en Haute-Normandie.
De même, les marais de Carentan, qui étaient il y a encore 20 ans son bastion dans l’ouest de la Normandie, ne montrent plus que des chanteurs isolés sans preuve de reproduction, et ce, certaines années seulement.
Ainsi, la situation n’a fait que se dégrader depuis le début des années 2000, malgré les mesures de gestion appropriées qui ont été prises, en particulier dans l’estuaire de la Seine.
Pour la Haute-Normandie, Olivier en 1938 indiquait le Râle des genêts comme nicheur « très commun ou commun suivant les années, nicheur dans les prés humides des vallées de la Seine et des principales rivières ».
Écologie et habitat
Le Râle des genêts est l’habitant typique des prairies naturelles de fauche. Il ne tolère ni le pâturage, ni les fauches précoces (avant août). Il a aussi été observé (mâles chanteurs) jusqu’aux années 1980 dans des secteurs de cultures (vallée de la Seine dans le secteur de Tosny, Eure).
Les oiseaux arrivent fin avril (souvent même début mai) et effectuent leur ponte de mi-mai à juillet. On suppose que les pontes tardives sont des pontes de remplacement de couvées détruites, mais les récents travaux font état d’une seconde ponte régulière. Le couple produit de 7 à 12 œufs en général, couvés pendant une vingtaine de jours. Les jeunes sont volants seulement un mois après l’éclosion. Les Râles des genêts repartent en août et septembre vers l’Afrique. Des attardés peuvent exceptionnellement être rencontrés en octobre, voire novembre.
Conservation
Si les conditions d’hivernage peuvent jouer un rôle dans le déclin de l’espèce, il est établi que la cause majeure en est la modification des pratiques agricoles. Longtemps favorisé par une occupation agricole traditionnelle, extensive, de l’espace, constitué en mosaïques de cultures, friches, prairies de fauche et pâturées, le Râle des genêts a subi de plein fouet l’uniformisation du milieu. Disparition des prairies au profit du maïs, prairies artificielles uniformes et à végétation trop serrée, fauches trop précoces, pâturage intensif, accroissement de la taille des parcelles qui s’accompagne d’une réduction des lisières où les jeunes cherchent refuge lors des fauches, mécanisation qui détruit directement les couvées, pesticides qui réduisent les potentialités alimentaires, tout ceci a eu raison d’une espèce autrefois commune.
La situation est aujourd’hui critique, et si l’espèce peut encore être sauvée en Normandie, il y a incontestablement urgence, d’autant qu’en vallée de la Seine l’espèce doit faire face à deux autres menaces : les extractions de granulats et les chambres de dépôt des produits de dragage de la Seine que le Port Autonome de Rouen aménage sur les berges. Les impacts sont lourds puisqu’ils conduisent à la disparition définitive des milieux.
L’État s’est doté récemment d’outils administratifs nécessaires pour sauver l’espèce et le cortège d’espèces associées (faune-flore) caractéristiques des prairies humides : création de la Réserve Naturelle de l’Estuaire, classement de la plupart des zones de nidification du Râle des genêts en Zones de Protection Spéciales (ZPS), dans le cadre de la mise en place du Réseau Natura 2000.
Mais ces politiques ont montré leurs limites ; elles ont légèrement retardé la disparition du Râle des genêts sans enrayer la dynamique de déclin. L’échec vient de l’absence de volonté politique et du choix fait par les pouvoirs publics de faire passer les intérêts à court terme de quelques agriculteurs devant la préservation de la biodiversité.
Il faudra passer à une politique de conservation d’une autre ampleur, à savoir créer sur l’ensemble des prairies humides de Basse-Seine et des marais du Cotentin et du Bessin, en particulier, des zones de plusieurs milliers d’hectares sur lesquelles les pouvoirs publics auront une réelle maîtrise afin de :
– gérer les contraintes hydrauliques (les prairies doivent être suffisamment humides au printemps).
– définir un maillage de zones de faible superficie, pâturées très extensivement ou fauchées, avec en permanence des zones refuges.
– retarder les dates de fauche au mois de septembre.
– proscrire tout amendement et tous produits chimiques.
Cette politique aura un coût évidemment, mais pas du tout insurmontable. Elle permettrait en outre de protéger tout le cortège faunistique et floristique en danger des grandes zones humides de la région.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Râle des genêts, période de reproduction et d’hivernage.
