Phylloscopus bonelli
Espèce protégée
Nicheur éventuel, très rare et irrégulier ; migrateur très rare
Statut en Europe et en France
C’est en Espagne que la très grosse majorité de l’effectif européen du Pouillot de Bonelli se trouve (deux millions de couples), effectif largement supérieur à celui de la France. Ce Pouillot, le plus rare de France, est en effet un oiseau des climats tempérés chauds et seuls l’Italie, l’Autriche, la Suisse et le Portugal recèlent des populations significatives. Le noyau de peuplement situé dans les Balkans est désormais rapporté au Pouillot oriental, espèce à part entière, après avoir été considéré comme une sous-espèce du Pouillot de Bonelli. A l’échelle européenne, la population de l’espèce est considérée en augmentation.
En France, la limite septentrionale de répartition de l’espèce est constituée par une ligne allant de Rennes à Charleville-Mézières, avec de larges secteurs inoccupés, en particulier dans l’Est et sur le littoral atlantique. L’évolution du statut d’une espèce aussi difficile à mettre en évidence n’est pas claire dans notre pays. Ainsi, une progression discrète a été notée durant la seconde moitié du XXe siècle dans certains secteurs de l’actuelle frange nord de son aire de répartition (Maine, Normandie), mais toutes les populations de cette même frange semblent en déclin ces dernières années, jusqu’à une réelle disparition ou quasi disparition constatée depuis 20 ans en Bretagne, Pays de la Loire, Vendée, Picardie, ou encore Lorraine. La population nicheuse de France est cependant considérée globalement comme en déclin entre la fin des années 1980 et la fin du vingtième siècle, puis en forte augmentation depuis quinze ans.
Statut en Normandie
Les remarques notées ci-contre pour la France ne concernent pas la Normandie, située sur la bordure de son aire de répartition, car le Pouillot de Bonelli a maintenant quasi disparu de la région alors qu’il était encore présent, bien qu’en petit nombre et de façon très éparse, il y a une trentaine d’années, dans l’est de l’Orne et le sud de l’Eure.
Le statut du Pouillot de Bonelli avant les années 1980 est ainsi très incertain en Haute-Normandie, bien qu’il ait été trouvé alors plusieurs années de suite dans certains sites du département de l’Eure correspondant à ses exigences écologiques. Mais les recherches qui ont été menées à la fin des années 1990 et au début des années 2000 dans ces mêmes sites, et en particuliers sur les coteaux de la vallée de l’Eure entre Évreux et Louviers, se sont révélées vaines. Seules une ou deux observations ont été rapportées ces dernières années, qui sont à mettre sur le compte d’oiseaux isolés, erratiques ou à la recherche d’un partenaire bien peu probable, et donc parfois chanteurs. Des couples isolés pourraient cependant nicher sporadiquement çà ou là. En Normandie, l’hypothèse la plus probable est qu’après une expansion dans le début des années 70, ayant conduit à l’installation d’une petite population, le Pouillot de Bonelli s’est éteint dès la fin du vingtième siècle. Ainsi, l’atlas des oiseaux nicheurs de Normandie (GONm 2003-2005) fait état seulement de quelques indices de présence dans l’Orne, qui se rapportent vraisemblablement à des migrateurs.
Olivier indiquait pour la Haute-Normandie en 1938 : « Lemetteil dit avoir abattu un Pouillot qu’il croit appartenir à cette espèce, que nous citons sous toutes réserves », et Gadeau de Kerville, un demi-siècle avant Olivier, n’en dit pas plus.
Écologie et habitat
Le Pouillot de Bonelli habite des sites herbacés plutôt ouverts, bien exposés et souvent pentus, parsemés d’arbres épars (pins sylvestres particulièrement) utilisés comme postes de chant. La présence de plages d’herbe courte et d’un sol bien sec, caillouteux, semble indispensable. Les nicheurs de Normandie ont donc été souvent découverts sur les coteaux calcaires, mais il faut noter aussi que l’espèce a été trouvée dans des clairières forestières de la forêt de Bord au sud de Rouen, au début des années 80.
Le nid est construit au sol, bien caché dans un creux sous une touffe d’herbe, non loin d’un buisson ou d’un arbuste, où les adultes se posent pour inspecter les alentours et accéder ainsi au nid sans être repérés par d’éventuels prédateurs. Les pontes débutent avec le mois de mai, et s’échelonnent jusqu’en juin, une seconde ponte étant parfois entreprise après une première réussie. L’espèce est insectivore, mais ne dédaigne pas quelques petits fruits.
Dans les régions proches où l’espèce niche, les premiers retours de migration sont constatés à partir de fin mars, mais plus sûrement mi-avril, avec des passages jusqu’à fin mai. La dispersion et les départs s’échelonnent de fin juillet-début août à début septembre.
Conservation
Il est aisé de comprendre que la moindre fluctuation de la population d’une espèce est plus particulièrement manifeste sur les bordures de son aire de répartition, et ceci est probablement le cas du Pouillot de Bonelli. Si sa disparition de la région est liée à des fluctuations globales de sa population générale, nous pouvons nous attendre à un retour à plus ou moins long terme. Cependant, ses conditions d’hivernage peuvent connaître des vicissitudes diverses (pesticides, dégradation de son habitat africain), tandis que les conditions locales, avec en particulier la « fermeture » progressive des milieux qu’il recherche pour se reproduire, par boisement spontané ou non ou disparition du pâturage, ne sont pas à même de lui assurer la possibilité de nicher de nouveau en Normandie. Le réchauffement climatique devrait logiquement lui être favorable, mais si l’espèce n’arrive plus à synchroniser son cycle reproducteur avec l’abondance des insectes dont il se nourrit et dont il nourrit ses jeunes, il est probable que l’espèce ne recolonisera pas la Normandie.
Actuellement, le retour du Pouillot de Bonelli pourrait être favorisé par la (re)création et la pérennisation de pelouses sèches bien exposées, en particulier grâce à un pâturage extensif, ovin en particulier ainsi que la conservation des bosquets de pins sur les coteaux.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Pouillot de Bonelli, période de reproduction et d’hivernage.
