Anthus pratensis
Espèce protégée
Nicheur peu commun (7 500 couples), hivernant commun
Statut en Europe et en France
Le Pipit farlouse est une espèce presque totalement européenne, qui n’occupe que les latitudes tempérées et septentrionales du continent. Cette population est affectée d’un déclin sur une partie de son aire de répartition : Grande-Bretagne, Suède, France, Pays Baltes. Le Royaume-Uni et la Norvège représentent ses principaux bastions européens.
En France, le Pipit farlouse niche surtout dans le nord et l’ouest du pays, moins abondamment dans l’est et autour du Massif central. Il est absent de la plus grande partie de la moitié sud. L’espèce est en déclin très prononcé depuis au moins 25 ans, déclin qui semble ne pas ralentir, avec 50 % depuis le début du xxie siècle. En hiver, de très nombreux oiseaux issus des pays situés plus au nord rejoignent les autochtones, particulièrement lors de vagues de froid touchant ces pays. Le Pipit farlouse est considéré comme Vulnérable dans la liste rouge des oiseaux nicheurs de France, Quasi menacé dans le continent européen, et Vulnérable dans l’Union européenne (UICN).
Statut en Normandie
La population normande du Pipit farlouse est surtout localisée aux secteurs côtiers et aux marais arrière-côtiers, au premier rang desquels les marais du Cotentin et du Bessin. A l’intérieur des terres, sa répartition est nettement plus dispersée, car dépendante d’habitats très localisés, ce qui fait que de nombreux couples sont isolés ou presque, et des secteurs entiers sont totalement exempts de nicheurs. Certains secteurs de l’intérieur recèlent tout de même des populations non négligeables, comme le Pays-de-Bray et la vallée de la Seine en aval de Rouen. La Normandie regroupe une part non négligeable des effectifs nicheurs français (plus de 10 %).
Le passage postnuptial des migrateurs issus du nord et de l’est de l’Europe se manifeste surtout de fin septembre à novembre, en particulier près du littoral, ces oiseaux se rendant jusqu’en Afrique du Nord. Mais, un fort contingent de pipits farlouses passe l’hiver dans la région, où il peut alors se rencontrer un peu partout. Le retour prénuptial se fait sentir du milieu de février jusqu’en avril, tandis que les premiers cantonnements sont manifestes dès la fin de février, en particulier sur le littoral.
Pour la Haute-Normandie, Olivier indiquait en 1938 : « Migrateur très commun en hiver, époque à laquelle on le voit avec le Pipit spioncelle et le Pipit maritime. Niche en Haute-Normandie, mais très localement distribué ».
Écologie et habitat
Dans la région, le Pipit farlouse occupe des milieux herbacés ouverts, volontiers pentus (mais peut-être est-ce là que subsistent le plus de prairies). Il lui faut un tapis d’herbes de moins de 10 cm pour se nourrir, ainsi que quelques touffes plus hautes et denses pour cacher son nid au sol. Il s’installe donc dans des prairies plus ou moins humides, sur des coteaux calcaires, des sommets de falaises, dans des landes, des pâturages extensifs, des friches agricoles, ou encore sur des pelouses d’anciennes carrières. Les couples se cantonnent fin février ou début mars et le nid est au sol, bien dissimulé dans la végétation. Deux pontes sont la règle, et des jeunes peuvent être sous la dépendance de leurs parents jusqu’à la fin du mois d’août. Le Pipit farlouse est un insectivore migrateur partiel, qui constitue des bandes erratiques explorant labours et prairies, en dehors de la période des nids. Il ajoute alors des graines à son alimentation.
Conservation
Des fluctuations d’effectifs sont attribuées généralement à la mortalité causée par les hivers rudes. Mais l’intensification agricole est la principale cause de sa régression, avec le drainage des prairies humides, leur transformation en champs de maïs ou de peupliers, la suppression des mosaïques agricoles au profit des monocultures, le boisement des landes ou des tourbières, ou encore l’urbanisation ou l’aménagement touristique des côtes. Là où existent des prairies favorables, la première fauche (destinée à l’ensilage) effectuée souvent en mai-juin peut détruire nids et même adultes couveurs surpris par la faucheuse. En contrepartie, certaines conditions créées par l’homme peuvent lui être favorables, sans pour autant compenser les effets négatifs de l’intensification agricole : friches agricoles ou industrielles, bordures herbeuses d’anciennes carrières, ouverture des milieux bocagers par le remembrement, toutes circonstances souvent précaires.
Un contrôle strict de l’aménagement touristique ou industriel des côtes et des estuaires serait une mesure favorable au Pipit farlouse, ainsi qu’un retour vers une agriculture moins intensive, avec aménagement de bandes herbeuses et de prairies dans les secteurs de grandes cultures. La réhabilitation du pâturage extensif et un fauchage moins précoce des prairies (avec l’aide de mesures agri-environnementales), ainsi qu’une diminution des traitements phytosanitaires (y compris dans les cultures fréquentées en hiver) seraient également utiles. Le boisement des carrières en fin d’exploitation est également à éviter. De plus, il serait nécessaire de laisser les chaumes en hiver dans les champs, afin d’assurer une disponibilité alimentaire favorable aux hivernants.
Il est probable en outre que le réchauffement climatique ait un impact négatif sur cette espèce nordique, surtout dans le contexte où elle était déjà fragilisée par l’intensification agricole. Il a ainsi déjà disparu des plateaux est de Rouen comme nicheur depuis la fin des années 2000.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Nidification
| Haute-Normandie | Cotentin / Bessin | Normandie |
| – | 5 000 | 7 500 |
Les populations de Pipit farlouse sont en déclin en France. Les effectifs estimés sur les échantillons normands prospectés représentent une part importante des nicheurs français (environ 12 %).
Carte des densités par zones biogéographiques

La densité du Pipit farlouse dans la zone échantillonnée est la plus grande sur le littoral : entre 3 et 5 couples / km² sur les côtes du Cotentin, entre 5 et 7 couples au km² sur la Côte du Bessin et la Côte d’Albâtre. Les autres couples normands s’installent dans des zones de prairies ou de bocage (bocages et marais du Cotentin, Pays-de-Caux, estuaire de la Seine, Plaine de Saint-André) avec une densité bien plus faible (moins de 2 couples au km2).
Comparaison des densités par grandes zones
| Haute-Normandie | Cotentin / Bessin | Normandie |
| NA | 1,4 | 0,6 (54ème rang) |
Au 54ème rang sur 187 espèces d’oiseaux nicheuses en Normandie, la densité des couples de Pipit farlouse est faible en moyenne dans cette région : 0,6 couples au km2, alors que les nicheurs normands représentent une part importante des nicheurs français. Cela s’explique par le fait que le Pipit farlouse est en déclin très prononcé depuis au moins 25 ans.
Fréquence sur les échantillons prospectés
| Haute-Normandie en 2017 | Haute-Normandie en 2019 | Normandie |
| 28 | 9 | 17 (63ème rang) |
La fréquence d’observation du Pipit farlouse est faible en Normandie : 17 % situant cet oiseau au 63ème rang. Une baisse très importante de la fréquence d’observation est à noter entre la prospection de 2007 et celle de 2019 : on est passé d’une fréquence de 28 à 9 % ce qui représente une baisse de 68 % !
Densité par type d’habitat
| Bâti | Cultures | Forêt | Mosaïque | Prairies |
| NA | 0,1 | NA | 1,4 | 0,2 |
La densité, qui reste très faible, est la plus importante dans les milieux qui offrent de grandes surfaces de milieux herbacés ouverts. Sans surprise, les forêts et le milieu bâti n’hébergent pas de Pipit farlouse, par contre, les prairies (densité de 0,2 couples / km²), les cultures (0,2) en accueillent quelques-uns. Ce sont les milieux mosaïques qui contiennent des friches qui sont les plus denses (1,4).
Période internuptiale
Le Pipit farlouse est sédentaire en Normandie. De plus, sa population est augmentée en période internuptiale par des migrateurs venus du nord. Ils peuvent alors constituer des bandes erratiques explorant labours et prairies.
Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 25 | 57 | 52 | 49 | 40 | 32 |
Sur les échantillons prospectés, la fréquence du Pipit farlouse varie. Elle double presque entre septembre et décembre, puis elle redescend à son niveau initial. On retrouve une évolution semblable de fréquence sur les fiches de relevés pour la même période (voir tableau ci-dessous). L’arrivée, puis le départ des migrateurs qui hivernent en Normandie et retournent nicher au nord expliquent sans doute cette variation.
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 31 | 59 | 51 | 34 | 27 | 32 |
| Haute-Normandie en 2007 | Haute-Normandie en 2019 |
| 36 | 36 |
La fréquence du Pipit farlouse ne montre pas de variation de fréquence entre les deux périodes d’enquêtes en Haute-Normandie en période internuptiale. C’est donc bien notre population nicheuse qui est en fort déclin.
Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février | |
| Densité (individus / km²) | 4,4 | 11,7 | 4,2 | 5,3 | 2,6 | 3,0 |
| Effectifs (nombre d’individus) | 132 800 | 349 100 | 126 400 | 157 200 | 78 200 | 88 500 |
La densité et l’abondance du Pipit farlouse varie, sur les échantillons prospectés, passant de 350 000 individus à 80 000. Les mouvements migratoires expliquent cette variation.
Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Pipit farlouse, période de reproduction ou d’hivernage.
