Oedicnème criard

Burhinus oedicnemus

Espèce protégée

Nicheur rare (70 couples) ; hivernant très rare

Statut en Europe et en France

L’Œdicnème criard possède son principal bastion européen dans la péninsule ibérique (50 % de la population européenne) suivi de la population française (20 %). Si l’espèce est en déclin dans un certain nombre de pays d’Europe, où elle est devenue rare, elle semble globalement stable, voire en augmentation ces dernières décennies après une phase ancienne de déclin : ainsi, elle est passée d’au moins un millier de couples en Angleterre dans les années 1930, à quelques centaines de couples aujourd’hui. Elle a disparu des Pays-Bas et d’Allemagne.

En France le noyau principal est situé dans les plaines du Centre-Ouest, et sur la bordure de la Méditerranée. L’espèce est encore bien présente en Champagne, en Auvergne, sur la bordure sud du Massif central et dans les plaines provençales, ailleurs, elle est rare. Si l’Œdicnème semble se maintenir dans son bastion de peuplement des régions agricoles de l’ouest de la France, il reste très localisé dans le nord de sa distribution française.

L’Œdicnème criard est considéré comme Quasi menacé dans la liste rouge des oiseaux nicheurs de France (UICN).

Statut en Normandie

L’Œdicnème criard est présent en Normandie en deux populations distinctes : l’une (20 couples) dans la plaine de Caen dans un habitat de grandes cultures (Calvados et Orne) et l’autre (30 couples) en vallée de la Seine dans des carrières de granulat (Eure et Seine-Maritime).

Concernant la population haut-normande, on peut noter la disparition (avant les années 80) de l’espèce des plateaux et plaines normands bordant la vallée de la Seine (Vexin, plaine du Neubourg et de Saint-André), mais aussi du Perche ornais. Il semble donc bien que l’on ait en Haute-Normandie une population relictuelle, dont l’aire de répartition s’est nettement rétrécie. Il ne subsiste plus à l’heure actuelle qu’un noyau de population de 25 à 35 couples présents sur d’anciennes carrières situées sur les terrasses alluvionnaires du fleuve. Entre 1985 et 1995, on peut estimer la diminution à environ 20 % des effectifs, l’espèce ayant abandonné les terrains agricoles voisins des anciennes carrières. Dans la partie francilienne de la vallée de la Seine, la situation est similaire et le noyau restant en boucle de Moisson est isolé,  à l’instar du noyau normand, l’espèce ayant déserté les plaines du Mantois et le Vexin français. Les deux secteurs occupés dans les boucles de la Seine sont situés en marge nord-ouest de la distribution de l’espèce et ont à ce titre une grande importance biogéographique. Cette population est aujourd’hui fortement menacée, comme le sont les autres populations du Nord Ouest français : Somme, Pas-de-Calais. Concernant la population bas-normande, celle-ci occupe la plaine de Caen, du sud-est de Caen jusqu’au nord de l’Orne (région de Trun).

L’espèce arrive tôt, dès la première quinzaine de mars, et se cantonne en avril. La migration d’automne a lieu fin octobre ou début novembre après les rassemblements post-nuptiaux qui voient les oiseaux former des groupes représentant l’ensemble de la population d’une zone. L’ Œdicnème essaie régulièrement d’hiverner en Normandie, les stationnements « tardifs » cessant généralement à la première vague de froid.

Pour la Haute-Normandie, en 1938, Olivier signalait déjà sa présence en vallée de la Seine normande, on sait peu de choses sur la densité ancienne de ce peuplement. Il indiquait ainsi : « Migrateur assez régulier au printemps et au début de l’automne. Se rencontre alors dans le Vexin, la plaine du Neubourg et celles de Saint-André de l’Eure, de Martot. Sédentaire et nicheur régulier dans la presqu’île de Mauny. Se reproduit aussi vraisemblablement dans certaines des localités ci-dessus et dans les plaines alluviales de Portejoie, Tournedos, Bernières, Tosny et Bouafles ».

Écologie et habitat

Oiseau méridional, l’Œdicnème criard recherche un habitat dont les caractéristiques majeures sont un milieu sec, des températures relativement élevées, un paysage présentant des zones de végétation rase et clairsemée, d’aspect steppique, une grande tranquillité, particulièrement pendant la nidification et une nourriture abondante. Il peut ainsi utiliser des milieux variés tant qu’ils correspondent à ces exigences écologiques. En vallée de la Seine, l’espèce fréquente d’anciennes carrières occupées par des pelouses rases ou des milieux « décapés » en vue d’une exploitation future. Dans la plaine de Caen, l’Œdicnème habite les cultures tardives (très peu le maïs, surtout les betteraves et les pois) ainsi que les friches et jachères caillouteuses. La granulométrie importante au sol constitue manifestement un élément essentiel pour la reproduction, quel que soit l’habitat utilisé.

L’Œdicnème criard peut faire jusqu’à deux nichées de deux œufs, la période de ponte s’étendant de fin mars à septembre, avec un maximum de pontes d’avril à juin. Le régime alimentaire est constitué essentiellement de gros insectes, ce qui constitue certainement un facteur limitant l’empêchant d’occuper un paysage agricole fortement soumis aux traitements chimiques.

Conservation

En vallée de la Seine, on trouvait autrefois une mosaïque de pelouses pâturées par des moutons, de landes, de bois et de terres cultivées de manière extensive (polyculture, jachères longues, peu ou pas de mécanisation agricole ni de pesticides) qui convenaient particulièrement à l’espèce. Ainsi s’il est aujourd’hui totalement dépendant des anciennes carrières, il n’a fait que s’adapter à ces milieux de substitution, à mesure que ses biotopes traditionnels disparaissaient. Les carrières, en maintenant l’ouverture des milieux, ont certainement permis à l’espèce de subsister, en effectifs cependant probablement beaucoup plus faibles que par le passé. Paradoxalement,  l’espèce est menacée d’extinction par les politiques d’aménagement des anciennes carrières, résultat de la sensibilisation des populations aux questions d’environnement. Bientôt, entre les ballastières pour faire de la planche à voile, les reboisements en conifères, le comblement et la mise en cultures, l’urbanisation, les aménagement de loisirs, l’Œdicnème n’aura plus de place et sera menacé. Il y a donc un enjeu à faire prendre conscience de la nécessité d’investir dans le réaménagement écologique d’anciennes carrières, incluant des zones de pelouses sèches. Afin d’éviter le dérangement, il conviendra, dans les procédures de réaménagements, de constituer des zones tampons (landes, bois). Ces réaménagements devront être le résultat de concertations locales entre des partenaires dont la motivation est le ressort nécessaire au succès : carriers, élus locaux, administrations, propriétaires. Il conviendra aussi de convaincre les collectivités territoriales (départements, région, communes) d’investir pour s’assurer la maîtrise foncière des sites les plus intéressants et ainsi assurer la pérennité des réaménagements en pelouse sèche. Celles-ci hébergent de nombreuses espèces remarquables, tant animales que végétales. Il faut ajouter que le classement récent des zones de nidification haut-normandes de l’espèce en Zones de Protection Spéciales (ZPS) dans le cadre de Natura 2000 doit constituer un espoir de survie pour cet oiseau fragile. Mais les mesures concrètes de gestion tardent à être mises en œuvre.

Pour la population de grandes cultures de Basse-Normandie, l’enjeu pour l’avenir de l’espèce consiste à favoriser un retour à une agriculture plus diversifiée : mosaïque de cultures, friches et prairies, maintien des friches et entretien par le pâturage d’ovins, limitation du passage d’engins agricoles, diminution des traitements chimiques. Il faudra veiller aussi à l’impact éventuel de l’installation de champs d’éoliennes.

Répartition en période de nidification (2005-2012)

Œdicnème criard dans la steppe caillouteuse
Œdicnème criard © Frédéric Malvaud

Nidification

Environ 70 couples sont présents en Normandie.

Fréquence sur les échantillons prospectés (%)

Normandie
1 (117ème rang)

La localisation de l’espèce explique la faible fréquence sur nos échantillons (notée en vallée de Seine).

Période internuptiale

Ces dernières années, sur les sites de rassemblement haut-normand, dont la localisation peut varier, ce sont de 100 à 150 individus qui sont comptabilisés. En Basse-Normandie, nous connaissons un site de rassemblement postnuptial à Norrey en Auge (de plusieurs dizaines à presque une centaine d’individus).

Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie

L’espèce n’est pas notée sur nos échantillons lors de l’enquête.

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
320,3NA0,10,1
Fréquence (%) par mois d’après les fiches de relevés

Notre base de données indique une présence qui s’amenuise au cours de l’hiver. L’Œdicnème hiverne cependant dorénavant en Normandie (depuis 2012), en petit nombre, aussi bien en plaine de Caen que dans la vallée de la Seine.

Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national de l’Oedicnème criard, période de reproduction et d’hivernage.