Martin-pêcheur d’Europe

Alcedo atthis

Espèce protégée

Nicheur assez rare (650 couples) ; hivernant peu commun

Statut en Europe et en France

Le Martin-pêcheur est une espèce paléarctique présente également en Asie méridionale et même en Océanie. En Europe, le Martin-pêcheur n’est absent qu’en Islande et dans une grande partie de la Fennoscandie. La France et l’Espagne constituent ses principaux bastions européens où il est en déclin comme dans l’ensemble de l’Europe.

En France, il n’évite que les massifs montagneux. Les effectifs fluctuent énormément, en fonction des rigueurs hivernales en particulier. Le Martin-pêcheur est très sensible au froid, et c’est ainsi qu’un certain nombre d’oiseaux rejoignent notre pays durant l’hiver. 

Le Martin-pêcheur est considéré comme Vulnérable dans les listes rouges des oiseaux nicheurs de l’Europe et de l’Union européenne (UICN).

Statut en Normandie

Dès lors que ses exigences écologiques sont satisfaites, le Martin-pêcheur est répandu dans toute la Normandie, mais de manière non homogène. Il est nettement plus sporadique dans le Pays-de-Caux, l’est de l’Orne et le Cotentin.

Dans notre base de données, le Martin-pêcheur d’Europe est représenté sur 4 % des relevés en période de nidification, mais 8,5 % en période internuptiale, ce qui indique un important apport hivernal d’oiseaux en provenance du nord de l’Europe.

Pour la Haute-Normandie, Olivier notait en 1938 : « Espèce erratique en hiver, répandue à peu près uniformément en Haute-Normandie ; y niche le long des ruisseaux, des rivières et de la Seine ; quelquefois dans des carrières situées assez loin de tout cours d’eau ».

Écologie et habitat

Mangeur de petits poissons (généralement de 4 à 7 cm) qu’il attrape en plongeant après les avoir repérés depuis un perchoir situé près de l’eau, le Martin-pêcheur a besoin d’une eau de bonne qualité, avec de quoi installer son nid, sinon dans la berge, du moins pas trop loin. Ce nid est situé dans une cavité, creusée par lui ou déjà en place, faisant suite à un tunnel de plusieurs dizaines de centimètres (les mêmes emplacements sont régulièrement occupés). Il n’est pas exceptionnel qu’il soit dans un talus, une cavité d’arbre ou encore entre les racines d’un arbre renversé par le vent, et ce parfois à plusieurs centaines de mètres du site de pêche. Le plus souvent, il est situé dans la partie verticale ou concave d’une berge meuble de rivière, laquelle fait préférentiellement plus d’un mètre de hauteur. Le milieu aquatique utilisé peut être une rivière, un fleuve, un étang, une ballastière, un estuaire ou même, très rarement, la mer. La mortalité des oiseaux due au froid est compensée, si les conditions de nidification sont bonnes, par sa très grande fécondité, puisque 2 couvées de 6 ou 7 œufs sont la règle, et une troisième peut être menée à bien les bonnes années. Les jeunes oiseaux sont autonomes assez rapidement. En dehors de la reproduction, le Martin-pêcheur peut être observé sur des sites où il ne niche pas, en particulier au bord de la mer.

Conservation

Deux menaces principales pèsent sur le Martin-pêcheur : d’une part la diminution de sites disponibles pour installer son nid, et d’autre part la pollution de l’eau. Les rivières sauvages avec berges meubles constamment renouvelées par les crues, le temps et les effondrements, sont probablement l’idéal pour l’espèce. Mais, devant les aménagements de toutes sortes (bétonnage, entretien drastique, enrochements, calibrage…), son habitat est de plus en plus réduit. Quant à la pollution des eaux, elle reste importante et empêche le Martin-pêcheur de s’installer en maints endroits, et elle a peut-être aussi une action toxique délétère sur les individus. Des études ont à ce sujet montré que les densités étaient inversement proportionnelles au niveau de pollution chimique du milieu aquatique. Le Martin-pêcheur est ainsi un très bon indicateur de la qualité des eaux. Parmi les actions à entreprendre pour favoriser l’espèce, et qui découlent de ces menaces, il convient d’insister sur la nécessité d’une gestion douce des rivières, aussi bien de la part des particuliers que des collectivités. Une formation professionnelle adaptée des agents entretenant les rivières, et une sensibilisation des élus et des pêcheurs serait une bonne chose, associées à des mesures fiscales ou des subventions incitatives. Une sensibilisation des pêcheurs et des divers usagers des bords de rivières (sans oublier les « nettoyeurs » de printemps) à la nécessité de ne pas stationner durablement dans les sites où se trouve un nid serait également utile. Enfin, les destructions directes (pour la taxidermie, et du fait de certains pisciculteurs qui trouvent en lui un bouc émissaire) ne semblent malheureusement pas rares.

Répartition en période de nidification (2005-2012)

Martin pêcheur dans les marais
Martin pêcheur © Photothèque LPO Normandie

Nidification

Quelques centaines de couples sont estimés en Normandie.

Fréquence sur les échantillons prospectés (%)

Haute-Normandie en 2017Haute-Normandie en 2019Normandie
1156 (92ème rang)
Fréquences (%)

L’enquête fait apparaître une très forte diminution de fréquence en Haute-Normandie (- 55 %) par rapport à la session précédente, indice de fort déclin de l’espèce.

Période internuptiale

Le Martin-pêcheur est un oiseau sédentaire, mais en hiver, un nombre important d’oiseaux viennent du nord et du centre de l’Europe, ils nous quittent à partir de février.

Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
453123
Fréquence (%) par mois sur les échantillons prospectés

La fréquence d’observation lors de l’ensemble de la saison internuptiale dans les échantillons prospectés montre une diminution jusqu’en décembre puis une lente augmentation.

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
141210874
Fréquence (%) par mois d’après les fiches de relevés

Dans notre base de données, la fréquence d’observation est importante en septembre et elle baisse jusqu’au mois de février. Il est probable qu’en plus du phénomène de l’apport hivernal des individus nordiques et orientaux, un certain nombre d’oiseaux normands migrent plus au sud l’hiver, ce qui pourrait expliquer la faible fréquence en décembre sur les échantillons.

Haute-Normandie en 2007Haute-Normandie en 2019
43
Fréquence sur les échantillons prospectés (%) au cours des enquêtes précédentes

Il y a une légère baisse de la fréquence d’observation du Martin-pêcheur durant la période internuptiale entre les deux enquêtes en Haute-Normandie.

Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie

C’est une espèce trop rare en hiver pour que ses effectifs puissent être évaluables en période internuptiale par notre méthode d’échantillonnage.

Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Martin-pêcheur d’Europe, période de reproduction et d’hivernage.