Hirondelle rustique

Hirundo rustica

Espèce protégée

Nicheur migrateur très commun (180 000 couples)

Statut en Europe et en France

L’Hirondelle rustique occupe la plus grande partie de l’Eurasie et de l’Amérique du Nord. En Europe, elle est uniformément répandue, sauf en Islande et dans le nord de la Scandinavie, où elle est plus sporadique. Migratrice, elle hiverne au sud du Sahara jusqu’en Afrique du Sud. En dépit de son apparente abondance, un déclin de la plupart des populations européennes est maintenant bien documenté, avec des chutes numériques atteignant 50 % dans certains pays. En France, c’est encore une espèce commune bien présente sur tout le territoire national, sauf en altitude. Elle commençait déjà à décliner dans les années 1910, déclin qui s’est ensuite accentué à partir des années 1960. Une baisse de plus de la moitié des effectifs sur les trente dernières années a été avancée pour les régions où l’intensification de l’agriculture a été la plus marquée, la chute étant parfois brutale après une mutation très rapide des pratiques agricoles.

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Statut en Normandie

L’Hirondelle rustique est uniformément répartie dans toute la Normandie, mais les densités ne sont pas homogènes. En effet, les régions de bocage constituent ses bastions régionaux. Elle est donc nettement plus implantée en Basse-Normandie. Le maintien du bocage sur la partie armoricaine de la région explique peut-être un déclin moins marquée que sur l’ensemble du territoire français. C’est (pour le moment ?) un hivernant occasionnel en Normandie. Pour la Haute-Normandie, en 1938 Olivier écrivait: « Arrive les derniers jours de mars et les premiers jours d’avril ; repart en octobre ; quelques individus sont de passage tous les ans en novembre. Niche à peu près uniformément partout ».

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Écologie et habitat

L’Hirondelle rustique revient de migration en mars, et surtout en avril, certains oiseaux pouvant arriver jusqu’en juin. Les couples effectuent souvent deux nichées, voire trois, les derniers poussins s’envolant courant septembre. Ainsi, l’espèce a la possibilité de « réparer » rapidement ses pertes en cas d’hécatombe liée à des intempéries, sur la route du retour printanier tout particulièrement, à condition bien entendu que, sur les lieux de reproduction, ses exigences écologiques soient satisfaites. Si l’Hirondelle rustique nichait probablement dans des grottes avant d’adopter les constructions humaines (à partir du Néolithique), son milieu type est aujourd’hui la ferme traditionnelle. Plusieurs couples nichent fréquemment dans la même ferme ou le même bâtiment, sans doute en fonction des disponibilités alimentaires et de la qualité du gîte. Elle recherche en priorité les constructions comportant une ouverture permanente, parfois étroite, et de quoi fixer son nid en hauteur à l’intérieur du bâtiment (poutre, tringle de mur, étagère…) ; il faut d’autre part que le nid soit à l’abri des prédateurs (chat domestique) et des courants d’air. La présence de bétail et de prairies semble attirer les hirondelles, car elle est synonyme de nourriture abondante. Le nid est constitué d’un mélange de boue, de salive, de débris végétaux, de crins et de plumes, ce qui explique en partie l’attrait pour l’eau qui caractérise également l’espèce.

Conservation

Plusieurs études ont montré que la transformation des prairies en cultures faisait chuter le nombre de couples nicheurs de façon drastique, notamment du fait de l’utilisation de pesticides. D’autres éléments sont également en cause dans la régression de l’espèce : élimination des haies, comblement des mares, bâtiments agricoles modernes fermés ou dépourvus de supports pour les nids. On peut y ajouter la déprise agricole, qui entraîne la transformation de bâtiments traditionnels en habitations, garages ou remises calfeutrés, que les occupants veulent « impeccables » et dépourvus d’amas de déjections (pourtant faciles à éviter avec des aménagements simples). Alors que l’Hirondelle rustique était encore regardée il y a peu comme un oiseau sympathique que l’on aimait avoir chez soi, il n’est pas rare (comme pour l’Hirondelle de fenêtre) que des nids soient détruits pour cause de souillures. La modernisation des bâtiments et les modes de constructions actuels sont d’ailleurs, avec le goudronnage systématique des trottoirs et des rues, les raisons de la quasi disparition de l’espèce en ville, où elle a bien du mal à trouver boue, insectes et sites de nidification. Pour inverser le déclin de l’espèce, et de nombreuses autres, il est nécessaire d’aller vers une agriculture utilisant le moins possible de pesticides, avec tout particulièrement le redéploiement d’un l’élevage extensif riche en prairies ; la restauration des haies, des marais et des mares allant dans le même sens. Au sujet de l’élevage, il faudrait se montrer vigilant sur les conséquences des traitements antiparasitaires (à l’ivermectine, par exemple) donnés au bétail, en raison de leurs effets négatifs sur les insectes. Il serait aussi très utile de sensibiliser les habitants des campagnes, des villages, des faubourgs, et même des villes, afin qu’ils connaissent les besoins de l’Hirondelle rustique, et aient envie de l’attirer dans un bâtiment spécialement aménagé ou « négligé » pour elle. Les architectes et les constructeurs pourraient aussi proposer à leurs clients (avec par exemple une labellisation « écologique » ou des avantages fiscaux) des aménagements ad hoc tels que des ouvertures permanentes de petite taille et des supports de nids à l’intérieur, dans un garage par exemple.

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Répartition en période de nidification (2005-2012)

Hirondelle rustique mâle posée sur un fil barbelé
Hirondelle rustique © Jean-Michel Gantier

Nidification

Haute-NormandieCotentin / BessinNormandie
69 00037 000180 000
Estimation du nombre de couples d’oiseaux nicheurs

Avec environ 200 000 couples estimés, la Normandie accueille une part non négligeable des effectifs nicheurs français (environ 15 %).

Carte des densités par zones biogéographiques

Le bocage du Cotentin, le Bessin et sa côte permettent à l’Hirondelle rustique de se maintenir avec de fortes densités (11 à 12 couples / km²). Entre ces deux aires, les marais du Cotentin lui sont favorables, ainsi que la partie orientale de la Haute-Normandie (côte d’Albâtre, Petit-Caux, Pays-de-Bray et plateau de Rouen) avec 7 à 8 couples / km². Le reste de la région abrite en moyenne 5 couples / km², sauf la vallée de la Seine-aval (moins d’un couple / km²).

Comparaison des densités par grandes zones

Haute-NormandieCotentin / BessinNormandie
5,610,16,7 (10ème rang)
Densité (couples / km²)

L’Hirondelle rustique est une espèce commune en Normandie, qui se situe au 10ème rang en termes d’abondance (sur 187 espèces d’oiseaux nicheuses en Normandie). Ses densités sont quasiment le double dans le Cotentin et le Bessin par rapport à la partie occidentale de la région.

Fréquence sur les échantillons prospectés

Haute-Normandie en 2017Haute-Normandie en 2019Normandie
747580 (22ème rang)
Fréquences (%)

En termes de fréquence sur les échantillons prospectés, l’Hirondelle rustique est assez fréquente pour être au 22ème rang parmi les espèces normandes. Sa fréquence est stable entre l’enquête 2007 et l’enquête 2019 en Haute-Normandie.

Densité par type d’habitat

BâtiCulturesForêtMosaïquePrairies
7,35,2NA8,49,1
Couples / km²

Milieux bâtis (pour la nidification) et prairies et mosaïques (pour la chasse et le nourrissage des jeunes) abritent les plus fortes densités en Normandie. Les cultures lui sont moins favorables, probablement par manque d’insectes disponibles pour cause d’emploi de pesticides. Elle est absente en forêt.

Période internuptiale

Elle semble être un hivernant occasionnel en Normandie.

Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
485NANANANA
Fréquence (%) par mois sur les échantillons prospectés

Elle est notée sur les échantillons prospectés en septembre (48 %) lors du départ migratoire, puis pour les derniers départs (5 % en octobre). Le phénomène migratoire est capturé de façon analogue dans les fiches de relevés (tableau ci-dessous) avec encore quelques individus en migration tardive en novembre. 

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
61130,4NANANA
Fréquences par mois d’après les fiches de relevés
Haute-Normandie en 2007Haute-Normandie en 2019
96
Fréquence sur les échantillons prospectés (%) au cours des enquêtes précédentes

Bien que la fréquence de l’espèce en période de reproduction soit restée stable, on note une forte baisse (-29 %) entre les deux enquêtes en Haute-Normandie (2007 et 2019) lors de la migration d’automne.

Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
Densité (individus / km²)19NANANANANA
Effectifs (nombre d’individus)563 700NANANANANA
Densités et effectifs par mois en Normandie

L’effectif de l’Hirondelle rustique lors de passage migratoire de septembre peut être estimé entre 500 et 600 000 oiseaux qui quittent ou traversent la région.

Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national de l’Hirondelle rustique, période de reproduction ou d’hivernage.