Merops apiaster
Espèce protégée
Nicheur et migrateur très rare (1couple)
Statut en Europe et en France
Le Guêpier est un nicheur du sud et du centre sud de l’Europe, ainsi que d’une partie de l’Asie et de l’Afrique du Nord. La péninsule ibérique détient la plus grande partie de la population européenne, les Balkans jusqu’à la Roumanie étant la deuxième zone densément peuplée. Des fluctuations importantes d’effectifs caractérisent l’espèce, qui a été notée pour la première fois dans la moitié nord de l’Europe il y a 150 ans, avec des disparitions et des réapparitions. Le Guêpier niche maintenant, en très petit nombre il est vrai, jusqu’en Suède. Les populations semblent globalement stables en Europe.
La France a vu une expansion du Guêpier vers le Nord depuis le début des années 1950, à partir de son aire habituelle de répartition du pourtour méditerranéen et de la vallée du Rhône. Le Guêpier a ainsi colonisé la Bretagne, l’île-de-France, la Lorraine, les vallées de la Loire et de l’Allier. Dans le même temps, l’espèce a plutôt décliné dans le sud du pays. Cette augmentation de l’aire de distribution peut être un des effets du réchauffement climatique.
Statut en Normandie
Si le Guêpier a niché récemment dans les dunes du Cotentin (Manche) en 1980, 2000 et 2001, ce n’est que récemment qu’il semble vouloir s’implanter avec la découverte d’une petite colonie en 2014 dans le Bessin (Calvados), puis d’une autre en 2015 de nouveau dans les dunes du Cotentin. Enfin en 2016, des oiseaux ont fréquenté un site de la côte d’Albâtre (Seine-Maritime) et deux nids supplémentaires ont été découverts sur la côte ouest et est du Cotentin. Il est remarquable de constater que les trois sites d’implantation des colonies sont situés sur ou à proximité du littoral et ce dans les trois départements littoraux normands. Ce début de colonisation de la Normandie se situe dans le cadre de l’expansion géographique en France et dans le contexte du réchauffement climatique qui doit être favorable à cette espèce. Les années à venir permettront de voir si cette installation sera pérenne. En migration des individus sont rarement observés ici ou là, en erratisme printanier.
Pour la Haute-Normandie, Olivier indiquait en 1938 : « Quelques individus ont été capturés en Haute-Normandie, au siècle dernier ; Hardy cite la capture de l’un d’eux à Dieppe le 1er mai 1828. Lemetteil dit qu’il est possible que quelques couples aient niché dans les falaises de la Basse-Seine en 1840, année où une petite colonie s’était reproduite près d’Abbeville ».
Écologie et habitat
Le Guêpier est un migrateur transsaharien, qui hiverne, pour les oiseaux de l’ouest de l’Europe, dans la partie occidentale de l’Afrique tropicale. Les arrivées printanières sont très tardives, jusqu’à la fin du mois de mai pour les oiseaux susceptibles de nicher chez nous. Espèce coloniale, avec en règle moins de 10 couples par site, mais parfois plusieurs centaines, il peut arriver que des nids soient isolés. Ceux-ci sont creusés dans le flanc vertical (ou pour le moins très raide) d’un talus, d’une berge de cours d’eau (cas du site du Bessin), d’une falaise de sable en carrière, ou dans des dunes (cas du site du Cotentin). L’Hirondelle de rivage peut accompagner le Guêpier, et la présence d’eau à proximité est souvent notée. Les cavités sont parfois réutilisées d’une année sur l’autre. Environ 60 jours peuvent d’écouler entre la ponte du premier œuf et l’envol du dernier jeune, ce qui fait qu’un oiseau qui a pondu début juin voit ses poussins s’envoler fin juillet. Le Guêpier est un insectivore strict, qui se nourrit d’hyménoptères essentiellement (guêpes, bourdons, frelons…) ainsi que d’odonates et de diptères.
Conservation
Insectivore exclusif, le Guêpier a besoin de proies abondantes ; il est donc au moins indirectement, potentiellement victime des insecticides qui diminuent la disponibilité en proies, une toxicité directe de ces produits n’étant bien entendue pas exclue. Cette fragilité peut peut-être expliquer que cette espèce méridionale n’augmente pas significativement ses effectifs malgré le réchauffement climatique, voire décline dans nombre de ses bastions méridionaux. Ceci dit, le phénomène d’expansion vers le nord pourrait amener le Guêpier à coloniser durablement la Normandie dans les années à venir, d’autant qu’il y trouverait nombre de milieux favorables suite au développement des exploitations de granulats alluvionnaires.
La disponibilité en sites de nidification est évidemment primordiale : les aménagements touristiques, calibrages de rivières et exploitation des murs de tailles utilisés par les oiseaux dans les carrières de granulats (comme pour l’hirondelle de rivage) sont autant de dangers pour l’espèce, sans compter la fragilité naturelle de tels sites, qui ajoute encore à leur précarité, des sites de remplacements n’étant souvent pas disponibles à proximité. L’exploitation des carrières de granulats devrait prévoir systématiquement des mesures à prendre en cas d’installation de colonies de guêpiers ou d’hirondelles de rivage, afin d’éviter leur destruction pendant la saison de reproduction. De même, les carriers et les pouvoirs publics pourraient prévoir, si un site occupé le printemps précédent doit être exploité, l’aménagement d’un lieu de substitution à proximité.
Le dérangement (promeneurs avec chiens non tenus, photographes) constitue un risque majeur pouvant empêcher l’installation de l’espèce. Des mesures de protection devront être prises (barrières autour des sites de nidification) lorsque les sites sont d’accès public.

Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Guêpier d’Europe, période de reproduction et d’hivernage.
