Curruca communis
Espèce protégée
Nicheur migrateur commun (62 000 couples)
Statut en Europe et en France
Largement distribuée en Europe, jusqu’à l’Afrique du nord au sud et au centre de la Sibérie à l’est, la Fauvette grisette a ses plus fortes densités en Europe de l’est. Les populations du centre et de l’ouest de l’Europe ont subi un déclin brutal durant l’hiver 1968-69, du fait probablement de la sécheresse sévissant alors dans ses quartiers d’hiver subsahariens, privant les oiseaux de nourriture. Les populations situées à l’est de son aire de reproduction, hivernant en Asie, n’ont en effet pas décliné dans le même temps. La population de Grande-Bretagne avait en effet chuté par endroits de deux tiers ; les données pour le reste de l’Europe faisant défaut, il est difficile d’extrapoler ce phénomène au reste du continent, mais ce déclin brutal n’a pas pu être géographiquement isolé. Depuis, les effectifs sont restés en Europe de l’ouest inférieurs à ce qu’ils étaient avant les années 1970, la nouvelle période de sécheresse subsaharienne du milieu des années 80 ayant contribué à cette stagnation. Dans le nord et l’est de l’Europe, ainsi que dans certaines régions de France, une remontée numérique a plus récemment pu être constatée par endroits, sans pour autant, là encore, que l’effectif revienne à son niveau du milieu des années 1960.
A l’heure actuelle, la population française est marquée par d’importantes fluctuations et un déclin sur le long terme. Elle est présente sur tout le territoire national à l’exception des plaines de la région méditerranéenne. La Fauvette grisette est considéré comme Quasi menacée dans la liste rouge des oiseaux nicheurs de France (UICN).
Statut en Normandie
La Fauvette grisette est présente en Normandie partout où elle trouve des milieux à sa convenance, mais le phénomène mentionné au paragraphe précédent vaut aussi pour notre région. Elle est peu présente au coeur du bocage normand (sud-Manche, ouest du Calvados et de l’Orne). Cela peut être dû à des raisons d’habitat (peu de buissons bas) ou climatique (pluviométrie plus élevée).
Pour la Haute-Normandie, Olivier indiquait en 1938 : « Arrive en avril et repart en septembre, après la reproduction. Très commune, sauf dans les régions de très grandes plaines (Vexin, campagne de Saint-André et surtout Pays-de-Caux) ».
Écologie et habitat
L’espèce est une habitante des landes, bocages, lisières de bois et de forêts, ou encore des friches, à condition qu’ils comportent une végétation de buissons bas, mais de toute façon dégagée tant en surface qu’au-dessus. Elle habite aussi régulièrement les cultures, particulièrement celles de colza. La Fauvette grisette évite ainsi absolument les milieux un tant soit peu fermés, mais elle apprécie les arbres épars qui lui servent de poste de chant ou de « tremplin » pour son vol nuptial.
Elle fait son nid près du sol dans la végétation dense, et effectue souvent deux pontes. Un printemps froid et pluvieux a une influence importante sur le succès des pontes. Son régime alimentaire est à base d’insectes, auxquels s’ajoutent quelques baies.
Conservation
La sécheresse sur les lieux d’hivernage a été évoquée plus haut. Chez nous, c’est la diminution des habitats disponibles qui peut localement être une menace pour l’espèce : suppression des haies, tant en bocage qu’en plaine cultivée, débroussaillage pour faire « plus propre » ou pour faire des aménagements. Cette réalité peut peut-être par endroits être compensée par la déprise agricole, qui permet aux buissons bas (ronciers particulièrement) de se refaire une place.
La réhabilitation des haies buissonneuses favoriserait l’espèce, ceci tant dans les paysages bocagers que dans les plaines cultivées, les parcs et les jardins. Une évolution des mentalités est nécessaire, et pas seulement pour notre fauvette, pour que les buissons d’épines, ronciers et autres buissons bas soient mieux considérés par nos contemporains, qu’il s’agisse des agriculteurs, des collectivités locales, des industriels ou des particuliers, avides de conformisme végétal, voire des gestionnaires de milieux naturels.
Comme pour la Fauvette des jardins, le déclin actuel doit conduire à surveiller attentivement l’état des populations normandes.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Nidification
| Haute-Normandie | Cotentin / Bessin | Normandie |
| 34 000 | 10 000 | 62 000 |
Avec environ 79 000 couples estimés, la Normandie accueille une part non négligeable des effectifs nicheurs français (environ 8 %).
Carte des densités par zones biogéographiques

Tout le littoral a la faveur de la Fauvette grisette avec en moyenne 7 couples / km². Elle reste abondante sur toutes les zones échantillonnées avec 2 à 3 couples/ km², avec même 4 couples sur le Plateau de Madrie. Sa densité est plus faible dans le Bessin, le plateau de Rouen et le Vexin, possiblement à cause de zones de grandes cultures moins favorables.
Comparaison des densités par grandes zones
| Haute-Normandie | Cotentin / Bessin | Normandie |
| 2,8 | 2,8 | 2,6 (22ème rang) |
Espèce commune en Normandie, la Fauvette grisette se situe au 22ème rang en termes d’abondance (sur 187 espèces d’oiseaux nicheuses), Ses densités sont identiques entre les deux parties de la région.
Fréquence sur les échantillons prospectés
| Haute-Normandie en 2017 | Haute-Normandie en 2019 | Normandie |
| 75 | 75 | 70 (29ème rang) |
En termes de fréquence sur les échantillons prospectés, la Fauvette grisette est assez fréquente pour être au 29ème rang parmi les espèces normandes. Sa fréquence est restée stable entre les deux enquêtes de 2007 et 2019 en Haute-Normandie.
Densité par type d’habitat
| Bâti | Cultures | Forêt | Mosaïque | Prairies |
| 0,8 | 2,7 | 0,6 | 2,8 | 1,9 |
Ce sont principalement les cultures et les habitats en mosaïque qui lui conviennent, puis les prairies, d’où sa présence large dans la région. Forêt et milieux anthropisés n’ont pas ses faveurs, buissons et végétation basse étant moins présents.
Période internuptiale
Migratrice, elle arrive chez nous courant avril, et son départ vers les quartiers d’hiver s’effectue en août, des passages étant encore observés en septembre, voire au début d’octobre.
Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie
Sur les échantillons prospectés, elle est juste détectée en octobre lors de la fin du passage migratoire. Dans les fiches de relevés (tableau ci-dessous), la migration est nettement visible en septembre, et résiduelle en octobre.
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 7,8 | 0,3 | NA | NA | NA | NA |
Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie
Les fréquences trop faibles ne permettent pas de calculer des effectifs pour cette espèce absente en hiver.
Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national de la Fauvette grisette, période de reproduction ou d’hivernage.
