Corvus frugilegus
Nicheur sédentaire commun (35 000 couples)
Statut en Europe et en France
Oiseau des zones tempérées du Paléarctique occidental, le Corbeau freux a son principal bastion européen dans les Iles Britanniques (un quart des effectifs européens).
C’est en France un nicheur des deux tiers nord du pays, néanmoins rare en Bretagne. Son aire de répartition était moindre au xixe siècle qu’aujourd’hui en France puisque l’espèce manquait alors en Picardie et au sud de la Loire. Il est considéré en déclin en France, comme dans le reste de l’Europe.
Statut en Normandie
S’il est répandu dans toute la Normandie, le Corbeau freux est, à l’inverse du Choucas, nettement moins commun dans la Normandie armoricaine. La Normandie regroupe une part non négligeable des effectifs nicheurs français (autour de 10 %).
À la fin du xixe siècle, Gadeau de Kerville le disait « très commun ».Pour la Haute-Normandie, Olivier notait en 1938 : « Migrateur très commun d’octobre à mars. En partie sédentaire. Niche en grand nombre dans toute la Haute-Normandie ».
Les oiseaux autochtones restent chez nous l’hiver, et sont rejoints par des contingents importants d’oiseaux issus de l’est et du nord, qui arrivent à partir d’octobre et sont généralement repartis à la mi-mars.
Écologie et habitat
Il niche en colonies dans des haies ou des bosquets de grands arbres (souvent des peupleraies), constituant ce que l’on appelle des corbeautières. Ces corbeautières sont placées, du fait des persécutions humaines dont l’espèce est l’objet, souvent bien en hauteur et dans des secteurs proches d’activités humaines rendant le tir délicat. Elles sont également situées non loin de paysages ouverts : cultures, pelouses, et souvent prairies, où le freux trouve de quoi nourrir sa progéniture (vers, insectes). Les colonies peuvent comporter parfois plusieurs milliers de nids, bien visibles avant la pousse des feuilles. On ne constate néanmoins pas de si grosses colonies actuellement en Normandie, où celles-ci ne sont fortes le plus souvent que de quelques dizaines de couples, ceci étant peut-être en lien avec un éclatement des colonies du fait des persécutions humaines. Il n’y a qu’une seule ponte annuelle. Les corbeautières sont de nouveau le théâtre d’activités reproductrices à partir de février, le maximum des nids occupés étant constaté à partir de fin mars. La reproduction est en règle terminée à la fin de mai. Souvent, ces colonies abritent aussi des couples de Choucas des tours.
En dehors de la reproduction, le Corbeau freux est nettement plus opportuniste, et consomme des graines ou des glands, qu’il cache volontiers pour les consommer plus tard. Les freux se réunissent la nuit en dortoirs de plusieurs centaines, voire milliers d’oiseaux, en compagnie de corneilles et de choucas, dans des grands arbres abrités. Ces dortoirs sont d’ailleurs souvent les corbeautières elles-mêmes.
Conservation
Si le Corbeau freux a connu une expansion géographique à partir du début du xxe siècle, les effectifs hivernaux semblent avoir chuté, au moins dans certaines régions, à partir des années 1970. Il est cependant très probable que le Corbeau freux a souffert de l’intensification agricole, qui l’a privé des pâturages qui lui sont indispensables pour récolter les vers et les insectes qui constituent alors la base de son régime. Quant à son statut général de « nuisible », qui lui vaut d’être tiré et piégé, y compris en pleine période de nidification, il n’est pas étayé par des études scientifiques ; il est probable qu’une perception négative ancestrale et superstitieuse de son plumage noir et de ses cris rauques sont à l’origine d’une exagération des quelques « méfaits » agricoles qu’il pourrait commettre.
Au vu de son statut européen et français et du fait qu’il ne soit nullement démontré un impact négatif sur les activités agricoles, le Corbeau freux devrait être placé sur la liste des espèces protégées.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Nidification
| Haute-Normandie | Cotentin / Bessin | Normandie |
| 21 000 | NA | 35 000 |
Avec environ 42 000 couples estimés, la Normandie accueillerait une part importante (environ 15 %) des effectifs nicheurs français, qui se situent principalement dans la moitié nord du pays.
Carte des densités par zones biogéographiques

Dans la zone échantillonnée, deux bastions aux densités élevées se détachent : le Bessin et le plateau de Rouen (8 et 10 couples / km² respectivement). L’aire du plateau de Rouen se poursuit au nord sur le Pays-de-Caux et au sud-est par le Pays-de-Lyons qui recueillent des densités non négligeables d’environ 7 couples / km². Ses densités restent importantes en Pays-de-Bray (5 couples / km²) puis dans le Petit-Caux et en plaine de Saint-André dont les espaces ouverts accueillent presque 4 couples / km². La vallée de la Seine-Amont se limite à peine à 3 couples. Les milieux de la côte d’Albâtre, du Lieuvin, l‘estuaire de la Seine, le Roumois, et le Vexin lui conviennent moins avec 0,5 à 1,3 couples /km². Il est absent ailleurs.
Comparaison des densités par grandes zones
| Haute-Normandie | Cotentin / Bessin | Normandie |
| 1,7 | NA | 1,4 (52ème rang) |
Au 52ème rang en termes d’abondance (sur 187 espèces d’oiseaux nicheuses en Normandie), le Corbeau freux est une espèce assez commune en Normandie. Ses densités sont nettement plus importantes dans la partie occidentale de la région et surtout en Seine-Maritime.
Fréquence sur les échantillons prospectés
| Haute-Normandie en 2017 | Haute-Normandie en 2019 | Normandie |
| 28 | 29 | 23 (58ème rang) |
En termes de fréquence sur les échantillons prospectés, le Corbeau freux est assez fréquent pour être au 58ème rang parmi les espèces normandes. Sa fréquence est restée stable entre l’enquête 2007 et l’enquête 2019 en Haute-Normandie.L’Accenteur mouchet est très fréquemment noté lors des prospections (98 %), avec une légère augmentation de fréquence (+ 4 %) entre l’enquête 2007 et l’enquête 2019 en Haute-Normandie.
Densité par type d’habitat
| Bâti | Cultures | Forêt | Mosaïque | Prairies |
| 0,5 | 2,2 | NA | 2,3 | 2,3 |
Il est présent dans tous les milieux de façon équivalente, sauf dans les milieux anthropisés (où sa présence n’est pas toujours acceptée) et absent en forêt par manque sans doute de milieux ouverts pour nourrir ses jeunes.
Période internuptiale
Les oiseaux autochtones restent chez nous l’hiver, et sont rejoints par des contingents importants d’oiseaux issus de l’est et du nord, qui arrivent à partir d’octobre et sont généralement repartis à la mi-mars.
Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 29 | 30 | 30 | 28 | 20 | 24 |
La fréquence sur les échantillons prospectés est stable de septembre à décembre (autour de 30 %), puis baisse légèrement en janvier / février avec sans doute les premiers départs des migrateurs. Cette stabilité des fréquences hivernales se retrouve dans les fiches de relevés sur la même période (tableau ci-dessous).
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 22 | 21 | 21 | 25 | 22 | 20 |
| Haute-Normandie en 2007 | Haute-Normandie en 2019 |
| 40 | 34 |
Alors que la fréquence des reproducteurs est stable entre les deux enquêtes (2007 et 2019), le Corbeau freux est nettement moins fréquent en 2019 lors de la période hivernale avec une nette diminution (-15 %).
Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février | |
| Densité (individus / km²) | 4,8 | 5,2 | 7,1 | 3,8 | 5,3 | 4,1 |
| Effectifs (nombre d’individus) | 144 000 | 155 400 | 211 400 | 114 000 | 157 200 | 123 500 |
Ce travail d’échantillonnage met en évidence une augmentation de la densité du Corbeau freux de septembre à novembre lié à l’arrivée d’hivernants avec un maximum estimé à plus de 200 000 oiseaux à cette période. Des départs semblent avoir lieu à partir de décembre. On peut avancer un chiffre « plancher » d’une centaine de milliers de corbeaux freux sur les zones prospectées en Normandie en hiver.
Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Corbeau freux, période de reproduction ou d’hivernage.
