Chevêche d’Athéna

Athene noctua

Espèce protégée

Nicheur sédentaire peu commun (4 000 couples)

Statut en Europe et en France

Absente du nord de l’Europe, la Chevêche est présente partout ailleurs avec comme principaux bastions les pays de la bordure méditerranéenne, Italie et péninsule ibérique. Les populations du centre et du nord-ouest de l’Europe ont beaucoup décliné depuis les années 1960, le déclin étant moins net ailleurs.

En France, elle occupe l’ensemble du territoire, à l’exception des massifs montagneux. Si, dans les rares régions où les milieux agricoles traditionnels se sont maintenus, la Chevêche a des effectifs stables, la plupart des régions françaises ont vu leur population décliner, parfois considérablement. Sa répartition française est encore à peu près homogène, mais de plus en plus de secteurs sont désertés.

Statut en Normandie

La Chevêche est irrégulièrement répandue en Normandie, présente essentiellement dans l’Eure, l’est de la Seine-Maritime et du Calvados, et le Bessin. Elle est nettement moins répandue dans l’Orne et surtout dans la Manche où elle est franchement rare et localisée à la partie orientale du département. Elle évite donc en grande partie la Normandie armoricaine. Sa rareté en Bretagne semble bien confirmer cette hypothèse. La Normandie constitue un bastion national pour cette espèce (autour de 15 % des effectifs nicheurs français).

La Chevêche est en déclin en Normandie depuis un demi-siècle ; elle y est devenue une espèce relativement rare dans beaucoup de secteurs alors qu’elle était encore considérée comme commune à la fin des années 1950. De plus, sa disparition de certains secteurs a entraîné un morcellement de sa répartition et l’isolement de certaines populations locales. Pour la Haute-Normandie, selon Olivier en 1938, la Chevêche est : « Sédentaire et commune ».

Écologie et habitat

La Chevêche a deux exigences principales : des cavités pour nicher et des espaces dégagés à végétation basse et des perchoirs pour chasser. Ajoutons-y une nourriture suffisamment abondante, composée de micro mammifères et de gros insectes (coléoptères, orthoptères), la diversité et la gestion extensive des milieux et la sécurité (absence de circulation routière importante). Les vergers traditionnels et les bocages avec saules têtards (arbres creux), mais aussi les abords de fermes même sans arbres, sont les milieux qu’elle préfère en Normandie. Les territoires constituent le plus souvent des agrégats, les couples isolés étant assez rares. Le territoire moyen de l’espèce représente 50 à 100 ha, le plus souvent situé à au moins plusieurs centaines de mètres des axes routiers importants. Les sites les plus favorables sont en périphérie de villages, où sont réunies diversité (vergers, pâtures, cultures…), persistance de bâtiments comportant des cavités (ce qui laisse penser que la nidification en bâti est peut-être plus fréquente que ce qui est généralement admis chez nous), faible vitesse des véhicules et/ou relative protection des oiseaux en chasse par des clôtures, des murs ou des talus, leur évitant de survoler les routes près du sol.

Les œufs sont pondus en règle entre la seconde décade d’avril et le début de mai, et les jeunes quittent le nid de fin juin à mi-juillet ; il n’y a pas de seconde ponte, hormis de rares pontes de remplacement. La dispersion des jeunes de l’année ne survient cependant qu’en septembre, et ceux-ci ne s’installent généralement pas à plus de 10 à 15 kilomètres de leur lieu de naissance.

Conservation

La disparition des vergers et des saules têtards, le plus souvent au profit de la culture du maïs ou de la construction de maisons, privent la Chevêche des cavités dont elle a besoin pour se reproduire. C’est une des causes majeures de son déclin. La prime à l’arrachage des pommiers dans le derniers tiers du xxe siècle, et le développement des vergers basse tige pour la production cidricole, a réduit de façon drastique le nombre des sites de nidification de cette espèce cavernicole. A la disparition de ces milieux vient s’ajouter la rénovation des bâtiments anciens dont les greniers, ouverts autrefois pour l’aération, sont désormais obstrués. Autre cause importante du déclin de la Chevêche : la régression des gros insectes (hanneton, par exemple) liée à la diminution des prairies et aux multiples traitements phytosanitaires de l’agriculture intensive. A ces trois causes vient s’ajouter la mortalité due à la circulation routière, à la noyade dans les abreuvoirs ou aux chutes dans les poteaux métalliques creux.

Ces facteurs humains du déclin de l’espèce ne sont pas compensés par une dynamique suffisante des populations. La Chevêche est en effet sensible aux hivers froids. L’erratisme des jeunes est limité à quelques dizaines de kilomètres, et les adultes, très attachés à leur territoire, ont du mal à trouver un nouveau partenaire en cas de disparition d’un des deux membres du couple du fait de cette très forte sédentarité, de la diminution des densités, et parfois du morcellement de l’habitat, isolant les secteurs de peuplement. Cette situation entraîne de plus un risque de consanguinité bien entendu préjudiciable à l’avenir des populations. Enfin, en cas d’échec d’une nidification, les secondes couvées sont peu nombreuses, et il semble que la prédation (par la fouine surtout, et la hulotte), qui n’est jamais une menace pour une population saine, s’ajoute aux facteurs de déclin de la Chevêche.

Il conviendrait d’encourager, par la sensibilisation du monde agricole, et du public, la relance des vergers traditionnels haute tige et le maintien ou la reconstitution de haies contenant en particulier des arbres têtards. Il faut, pour ce faire, développer des outils réglementaires, juridiques et financiers : mesures agri-environnementales, outils de promotion utilisant des arguments liés à la qualité des paysages et des productions traditionnelles (label régional de qualité pour les pommes, le cidre, le calvados…). Il faudrait inciter les agriculteurs, mais aussi les municipalités et les jardiniers, à n’utiliser que des produits phytosanitaires peu nocifs pour la faune.

Une limitation de la mortalité peut être obtenue par la plantation de haies le long des axes routiers, obligeant les oiseaux à voler plus haut pour traverser, la modification des auges (simple à réaliser) afin que les chouettes puissent boire sans risque, l’obturation des poteaux creux déjà en place et le choix d’autres modèles pour les installations à venir, ce qui implique la destruction des poteaux non utilisés afin que le problème ne se retrouve pas chez des particuliers ou dans d’autres régions du monde.

La pose de nichoirs est une aide à la préservation de la Chevêche, même si elle n’est pas la solution pour sauvegarder l’espèce, qui a de toute façon besoin de son habitat, de proies et de sécurité. En tout état de cause, si l’on souhaite favoriser le retour ou le maintien de l’espèce dans un lieu particulier, il faudra toujours veiller à éviter la proximité de routes passantes si celles-ci ne sont pas aménagées pour éviter les collisions.

Répartition en période de nidification (2005-2012)

Chevêche d'Athéna posée sur un poteau
Chevêche d’Athéna © Guy Corteel

Nidification

Haute-NormandieCotentin / BessinNormandie
2 2004004 000
Estimation du nombre de couples d’oiseaux nicheurs

L’estimation indique que la Normandie accueille environ 10 % de la population française de cette espèce, ce qui en fait un bastion national.

Carte des densités par zones biogéographiques

Le Roumois et le Lieuvin, avec leurs paysages boisés et bocagers constituent un net bastion pour la Chevêche d’Athéna, prolongé au sud par le Pays d’Ouche qui présente une densité de 0,4 couple / km². L’espèce est présente avec des densités proches de 0,2 couples / km² en plaine de Saint-André, Pays-de-Bray, plateau de Rouen et Bessin. Marais du Cotentin, Pays-de-Caux, estuaire de la Seine et Seine-aval, et plateau de Madrie n’ont qu’une faible densité de couples reproducteurs. L’espèce est absente du bocage du Cotentin (vers une limite de répartition à l’ouest ?), et dans les zones de culture de grandes plaines (Vexin, Plateau du Neubourg) ainsi qu’en vallée de la Seine-amont et Petit-Caux. Elle a aussi déserté une grande partie du littoral normand.

Comparaison des densités par grandes zones

Haute-NormandieCotentin / BessinNormandie
0,20,10,1 (67ème rang)
Densité (couples / km²)

Au 67ème rang en termes d’abondance (sur 187 espèces d’oiseaux nicheuses en Normandie), ce rapace nocturne est une espèce peu commune en Normandie, avec une densité nettement plus forte en Haute-Normandie.

Fréquence sur les échantillons prospectés

Haute-Normandie en 2017Haute-Normandie en 2019Normandie
393031 (54ème rang)
Fréquences (%)

En termes de fréquence sur les échantillons prospectés, cette chouette est contactée environ une fois sur trois. On note une baisse significative de fréquence (- 23 %) entre les deux périodes d’enquête (2007 et 2019) en Haute-Normandie.

Densité par type d’habitat

BâtiCulturesForêtMosaïquePrairies
0,10,30,2
Couples / km²

Les milieux en mosaïque et les prairies favorisent la présence de la Chevêche, sans doute pour la facilité à trouver les proies qui lui conviennent (micro-mammifères et gros insectes), d’où sa forte densité dans le bocage du Roumois, du Lieuvin et du Pays d’Ouche. Les cultures représentent les milieux les moins favorables sans doute à cause des grandes cultures intensives qui ne lui procurent plus les conditions pour s’y maintenir (absence d’arbres et d’insectes). Elle est absente des milieux anthropisés et forestiers.

Période internuptiale

Espèce sédentaire, la Chevêche d’Athéna se rencontre également en période hivernale.

Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
211101
Fréquence (%) par mois sur les échantillons prospectés

Espèce sédentaire, la Chevêche d’Athéna montre une fréquence régulière en période hivernale sur les échantillons prospectés. Ces valeurs sont cohérentes avec celles calculées d’après les fiches de relevés de septembre à février (autour de 1 % en moyenne, voir le tableau ci-dessous).

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
211112
Fréquences par mois d’après les fiches de relevés1
Haute-Normandie en 2007Haute-Normandie en 2019
11
Fréquence sur les échantillons prospectés (%) au cours des enquêtes précédentes

A la différence de ce qui est constaté en période de reproduction, la Chevêche ne montre pas de baisse de fréquence entre les enquêtes de 2007 et 2019 en période internuptiale en Haute-Normandie, mais lors de cette période nos inventaires ont été réalisés uniquement en journée, ce qui ne permet pas d’obtenir des résultats significatifs.

Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie

Les fréquences trop faibles ne permettent pas d’estimer les effectifs en période internuptiale de cette espèce peu commune et essentiellement nocturne.

Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national de la Chevêche d’Athéna, période de reproduction ou d’hivernage.