Chevalier gambette

Tringa totanus

Espèce chassable

Nicheur très rare et irrégulier (15 couples) ; migrateur peu commun ; hivernant assez rare

Statut en Europe et en France

Largement répandu dans tout le Paléarctique, le Chevalier gambette est moins nordique que les espèces proches. Il occupe l’Europe de l’Ouest, localement cependant, de la Scandinavie à la Méditerranée. C’est en Islande que se reproduisent  les plus gros de ses effectifs, puis dans les Iles Britanniques et les Pays-Bas. À l’échelle de l’Europe, l’espèce est en déclin.

En France, la population nicheuse est représentée essentiellement par deux noyaux : le premier dans les marais de l’ouest, du sud de la Bretagne à l’estuaire de la Gironde, le second sur le littoral méditerranéen, centré sur la Camargue. Si la population semble augmenter dans certains secteurs des marais de l’ouest, elle est globalement stable en France. Quant aux hivernants, d’origine britannique pour la plupart, ils sont répartis sur le littoral atlantique et la Camargue, mais c’est surtout lors des migrations que l’espèce se rencontre en France. Des effectifs importants peuvent alors stationner dans les grandes baies.

Le Chevalier gambette est considéré comme Vulnérable dans la liste rouge des oiseaux nicheurs de l’Union européenne (UICN).

Statut en Normandie

Le Chevalier gambette est un nicheur devenu rare et irrégulier en Normandie. C’est en revanche un migrateur assez répandu dans toutes les zones humides.

Pour la Haute-Normandie, en 1938, Olivier notait: « Très commun à ses deux passages ».

Écologie et habitat

En nidification, l’habitat principal du Chevalier gambette est constitué par les secteurs inondés des prairies naturelles humides pâturées extensivement. L’oiseau peut aussi adopter les marais côtiers saumâtres. La présence de postes de surveillance tels que des piquets ou des buttes est recherchée pour veiller sur les poussins quand ils sont sortis du nid. Les premiers couples se cantonnent à partir de mars, les premières pontes ayant lieu au début d’avril dans un nid construit généralement dans la végétation, légèrement en hauteur (moins de 30 cm) pour permettre une vue dégagée. Le Chevalier gambette apprécie le voisinage d’autres limicoles nicheurs tels que le Vanneau (mais aussi la Barge à queue noire, l’Avocette ou l’Échasse) qui lui assurent une certaine sécurité par leur comportement agressif vis-à-vis des prédateurs. Les dernières pontes peuvent être déposées mi-juin, et comme l’incubation dure 24 jours, les derniers poussins, nidifuges, sortent du nid vers le 10 juillet. Ils ne sont capables de voler qu’un mois plus tard, et ne deviennent vraiment autonome qu’un peu plus tard. Les insectes et les crustacés constituent l’essentiel de l’alimentation des jeunes et des adultes. Le Chevalier gambette est migrateur, hivernant vraisemblablement dans le sud de l’Espagne et en Afrique du Nord pour l’essentiel, quelques individus étant présents en France en hiver.

Conservation

Les prairies humides subissent des traitements drastiques, sous forme d’intensification agricole (plantations de peupliers, retournement en maïs, abandon, drainage, pâturage intensif, fauche précoce, traitements phytosanitaires) ou d’aménagements fonciers (industrialisation).

Ces modifications de l’habitat de l’espèce compromettent l’installation des nicheurs et sont, avec la chasse, la menace principale qui pèse sur elle en Normandie. Telle qu’elle a été récemment encore pratiquée chez nous, la chasse est en effet très néfaste au Chevalier gambette, fermant trop tard et ouvrant trop tôt, sacrifiant des oiseaux sur le point de nicher ou pas encore émancipés. Les mares de gabions de chasse, qui pourraient accueillir des couples sur leurs bordures, n’offrent pas la tranquillité voulue aux chevaliers gambettes, du fait des activités des propriétaires (réparations, tontes de pelouse, mise en eau, installation d’appelants…). Il ne faut pas omettre les problèmes liés aux zones de halte migratoire et d’hivernage, souvent menacées, ainsi que la sensibilité importante de ce chevalier aux hivers rigoureux. Cet aspect, qui fait partie de l’histoire naturelle de l’espèce, est aggravé par les autres difficultés d’origine humaine.

La préservation de l’habitat du Chevalier gambette implique la réhabilitation du pâturage extensif, des prairies naturelles avec fauche tardive, et une gestion hydraulique favorisant inondation hivernale, mares et affleurement de l’eau par endroit au printemps. Il est évident qu’il faut arrêter ou restreindre drastiquement les aménagements (industriels en particulier) sur les sites favorables à l’espèce (qui sont aussi ceux d’autres espèces en mauvais état de conservation) et les politiques favorisant la populiculture et la maïsiculture. Bien entendu, l’accueil des migrateurs et des hivernants ne doit pas être omis. Il comporte la protection de sites tranquilles tels que vasières, marais saumâtres des estuaires et prairies humides avec mares.

Le problème de la chasse est tout aussi important, et le respect de la directive Oiseaux, avec absence de chasse lors de la migration prénuptiale et de l’élevage des jeunes est essentiel. Des secteurs de repos migratoire soustraits des tirs sont nécessaires le long des voies de migration, notamment le long des côtes. Compte tenu de son statut européen  (l’espèce est classée Vulnérable à l’échelle de l’Union européenne) et national (zone de reproduction réduite), le Chevalier gambette devrait être retiré de la liste des espèces chassables.

Répartition en période de nidification (2005-2012)

Chevalier gambette
Chevalier gambette © Antonin Bénard

Nidification

Le Chevalier gambette est un nicheur rare en Normandie (une quinzaine de couples), noté essentiellement dans les marais de Carentan et sur la côte nord du Cotentin. Il y est devenu régulier depuis une petite décennie. Si l’estuaire de la Seine a vu la nidification de l’espèce régulièrement de 1976 à 1988, le Chevalier gambette ne s’y est plus reproduit ensuite que très irrégulièrement.

Période internuptiale

C’est un migrateur assez répandu dans toutes les zones humides, aux deux passages (avril-mai au printemps et surtout août-septembre à l’automne).  L’hivernage concerne quelques centaines d’individus, essentiellement sur le littoral du département de la Manche.

Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
2NANANANANA
Fréquence (%) par mois sur les échantillons prospectés

La localisation de l’espèce explique les faibles fréquences sur les échantillons.

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
332222
Fréquences par mois d’après les fiches de relevés

Notre base de données indique une présence toute la saison, plus élevée lors du passage postnuptial (septembre et octobre). 

Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Chevalier gambette, période de reproduction et d’hivernage.