Alauda arvensis
Nicheur (94 000 couples) et hivernant commun
Statut en Europe et en France
L’Alouette des champs est largement répandue en Europe. Son principal bastion européen se situe en Pologne. La plupart des pays européens ont vu un déclin de l’espèce depuis le milieu des années soixante, tout particulièrement en Grande-Bretagne, Allemagne et Pays-Bas où les populations de plaines ont décliné fortement. En France, elle occupe presque tout le pays jusqu’à plus de 2 000 mètres d’altitude. Les milieux ouverts littoraux non cultivés semblent avoir les meilleures densités de populations. Elle est en déclin en France.
Statut en Normandie
En dehors des milieux trop fermés du bocage et des forêts, l’Alouette des champs est un oiseau commun en Normandie. La disparition des haies et des vergers lui a fait de la place assurément, mais n’a pas entraîné une croissance de ses effectifs, du fait de l’intensification de l’agriculture.
Ses bastions régionaux sont les grandes régions de plaines et de plateaux (Haute-Normandie, plaine de Caen), mais aussi la zone littorale, dont les dunes du Cotentin et les prairies des marais de Carentan. Elle est rare au cœur du bocage de la Normandie armoricaine. Pour la Haute-Normandie, Olivier en 1938 notait : « Migratrice très commune, arrivant en octobre et repartant en mars. Une autre forme, en partie sédentaire et en partie migratrice, est celle qui se reproduit en grand nombre chez nous ».
Écologie et habitat
L’Alouette des champs est un oiseau des milieux très ouverts et ne tolère les arbres et les haies, même de faible taille, que s’ils sont loin (plusieurs dizaines de mètres). Elle évite ainsi les secteurs de bocage à mailles serrées. C’est la plaine cultivée qui, dans notre région, est son habitat de prédilection. Là, elle occupe pour nicher les champs de blé, les jachères, l’avoine, l’orge, le trèfle, la luzerne, et évite la betterave, le maïs, le pois et le tournesol. Dans ce type de milieux, les mosaïques de cultures diversifiées abritent les meilleures densités de nicheurs. Elle occupe aussi certains sites de friches (Bernières-sur-Seine), voire de prairies humides (cas du marais Vernier).
Les nicheurs construisent leur nid au sol dans la végétation et déposent leur première ponte généralement entre avril et mai, leur seconde entre fin mai et juillet, éventuellement une troisième, voire une quatrième. Les échecs sont dus surtout à la prédation, aux intempéries et probablement (au moins pour les couvées tardives dans les cultures) aux travaux agricoles.
Le régime alimentaire de l’Alouette des champs est surtout constitué en période de nidification de petits invertébrés (insectes – surtout coléoptères – et larves essentiellement), complété, surtout en hiver, par des végétaux (graines et feuilles).
L’espèce étant partiellement migratrice, les oiseaux nichant en Normandie sont rejoints (et probablement remplacés en partie) par des oiseaux nordiques. Des passages de migrateurs sont constatés de janvier à début avril pour le retour vers les lieux de nidification, et de fin septembre à mi-novembre pour le passage postnuptial, lequel mène les migrateurs qui dépassent l’Europe du Nord-Ouest en Europe du Sud et peut-être en Afrique du Nord.
Conservation
L’Alouette des champs fait partie des passereaux affectés par un déclin régulier depuis 20 ans.
Même si l’augmentation des surfaces cultivées a été dans un premier temps bénéfique à l’espèce, la cause principale de la régression des ses effectifs est l’intensification de l’agriculture : monocultures ; céréales d’hiver trop denses et hautes en saison de reproduction ; travaux agricoles en période de nidification. Les traitements insecticides, fongicides, herbicides, limitent notablement les ressources alimentaires des espèces qui se nourrissent de petits invertébrés dans les cultures, tels les bruants proyer et jaune, la caille des blés, la perdrix grise ou l’œdicnème criard pour ne citer qu’eux. La toxicité directe des pesticides sur les oiseaux a pu également être mise en évidence. Dans le même cadre, l’utilisation « maximale » de l’espace par les cultures, réduisant comme peau de chagrin les bandes et parcelles en herbe riches en ressources alimentaires et en sites accueillants pour les nids, est certainement aussi grandement en cause. Les semailles d’automne ont également été accusées de priver les hivernants des graines et feuilles procurées par les chaumes.
Enfin, les prélèvements cynégétiques tant en France qu’ailleurs, aussi bien au fusil qu’au filet et surtout dans le sud-ouest de la France, participent au déclin de l’espèce. L’évolution vers une agriculture durable s’impose pour enrayer la régression de l’espèce ainsi que celles des autres milieux cultivés. Le retour à un pâturage extensif, le développement des bandes et des parcelles herbeuses entre les cultures, la diminution et la rationalisation des traitements phytosanitaires, sont des mesures qui doivent être généralisées. Les milieux littoraux et arrière littoraux favorables à l’espèce (et à d’autre comme le traquet motteux), doivent être mis à l’abri des aménageurs et des dérangements touristiques (fréquentation, chiens, chasse, aéromodélisme…) limités autant que faire ce peut.
Au vu du statut de conservation défavorable en Europe et en France de l’Alouette des champs, celle-ci devrait être inscrite sur la liste des espèces protégées.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Nidification
| Haute-Normandie | Cotentin / Bessin | Normandie |
| 58 000 | 9 200 | 94 000 |
L’estimation indique que la Normandie regroupe une part non négligeable des effectifs nicheurs français (environ 7 %).
Carte des densités par zones biogéographiques

On constate que dans la zone échantillonnée, l’Alouette des champs présente une forte densité sur le littoral du Bessin, le plateau du Neubourg, le plateau de Madrie et dans le Pays-de-Lyons. Elle est aussi bien présente dans le Pays-de-Caux et son littoral ainsi que dans le Vexin normand. A l’inverse le bocage du Cotentin n’est pas assez ouvert pour accueillir l’espèce en forte densité.
Comparaison des densités par grandes zones
| Haute-Normandie | Cotentin / Bessin | Normandie |
| 4,7 | 2,5 | 3,9 (19ème rang) |
Au 19ème rang en termes d’abondance (sur 187 espèces d’oiseaux nicheuses en Normandie), l’Alouette des champs est une espèce commune en Normandie. La Haute-Normandie montre une densité presque deux fois plus importante que sur la région Cotentin / Bessin.
Fréquence sur les échantillons prospectés
| Haute-Normandie en 2017 | Haute-Normandie en 2019 | Normandie |
| 74 | 75 | 68 (31ème rang) |
En 12 ans, la fréquence d’observation de l’Alouette des champs est restée stable sur la Haute-Normandie ou la densité est la plus importante. La fréquence sur la partie de la Normandie traitée chute à 68 et place l’espèce au 31ème rang.
Densité par type d’habitat
| Bâti | Cultures | Forêt | Mosaïque | Prairies |
| – | 8,4 | – | 3,5 | 1,1 |
Espèce des grands espaces à végétation basse, l’Alouette des champs est fortement présente dans les cultures. Elle fréquente également les mosaïques de cultures diversifiées ainsi que certaines friches et certaines prairies des milieux humides.
Période internuptiale
Les alouettes des champs sont partiellement migratrices, et la Normandie voit passer à l’automne, un contingent important d’oiseaux venant du Nord et de l’Est de l’Europe, qui se dirige vers la Méditerranée et l’Afrique.
Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 18 | 47 | 51 | 36 | 36 | 44 |
Les fréquences élevées d’octobre et novembre coïncident avec le passage des migrateurs. Le chiffre de février indique le passage de retour vers les lieux de reproduction.
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 16 | 50 | 42 | 27 | 25 | 31 |
| Haute-Normandie en 2007 | Haute-Normandie en 2019 |
| 44 | 42 |
A l’inverse de la période de reproduction, on note que la fréquence d’observation de l’Alouette des champs en période internuptiale est en légère diminution (- 4 %).
Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février | |
| Densité (individus / km²) | 8,1 | 7,2 | 19,6 | 8 | 9,7 | 9,3 |
| Effectifs (nombre d’individus) | 241 800 | 216 200 | 587 000 | 237 000 | 290 000 | 277 200 |
Comme pour les fréquences, on constate dans ce travail d’échantillonnage un pic d’effectifs pendant les passages de novembre.
Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national de l’Alouette des champs, période de reproduction et d’hivernage.
