Si l’on distingue bien le « naturaliste » du « naturiste » (tendance à prendre la nature pour seul guide dans son comportement, sa manière de s’alimenter, de vivre et aussi synonyme de nudisme, nous dit M. Larousse) et aussi du « taxidermiste » (personne qui empaille les animaux morts),qu’est-ce donc toutefois vraiment qu’un « naturaliste » ?
Que nous dit M. Larousse ? Un naturaliste est un : « spécialiste de zoologie ou de botanique de terrain ou, plus généralement, amateur de sciences naturelles ». Déjà, on repaire deux notions distinctes dans la définition : un scientifique ou un amateur de sciences naturelles. Dans « amateur » on retiendra celui ou celle qui aime. Le scientifique peut bien sûr être aussi un « amateur » dans ce sens premier du mot ! Dans les faits (sauf de rares cas), le scientifique est aussi celui ou celle qui s’émerveille et l’amateur…fait quand même de la science dès qu’il ou elle fait connaître ses découvertes !
Si l’on vous demande qui seraient les premiers « naturalistes » vous citeriez peut-être Linné ou Buffon. Vous vous placez alors au 18ème siècle (ces deux-là sont nés du reste la même année !). C’est effectivement la grande époque. Mais si vous pensez aux peintures de Lascaux, vous imaginerez vite que les humains se sont très tôt émerveillés devant la nature autour d’eux et qu’ils ont très tôt cherché à la comprendre. Et pour la comprendre, quand on a inventé le langage, il faut la nommer ! Nous y sommes.
On sait que les peuples dits « premiers » qui survivent encore sur la planète (un peu) en dehors des sociétés industrielles, observent, nomment plantes et animaux de leur environnement. On est au cœur de l’activité naturaliste. Entrons dans le détail : on a déjà trouvé le naturaliste « amateur » ou « contemplateur » et le naturaliste « analyseur » ou scientifique.
Mais quand on connaît les ornithologues (et à la LPO, on les connaît un peu…), on sait très bien leur propension à se passionner pour les listes d’espèces (les « coches » dans le jargon naturaliste, qui consistent à faire une croix dans le livre dès que l’on a vu une espèce). C’est un peu différent finalement des deux autres approches. On appellera ici ce naturaliste un « collectionneur ».
Et la LPO, dans son sigle (ou acronyme), possède un P, pour…protection. Résumons : on aime, on analyse, on collectionne et on…protège ! Évidemment, car on n’a pas envie de perdre ce trésor naturel qui nous fascine tant : la nature sauvage.
Le « naturaliste » est donc un drôle de personnage un peu bizarre qui analyse, aime et s’émerveille, collectionne et protège. Mais si chacun fait un peu les quatre activités, ce n’est pas toujours avec le même ordre de priorité !
On pourrait penser qu’il y a un ordre de priorité valable pour tous et toutes et que du coup, l’activité du collectionneur et celle du contemplateur doivent être dévalorisées par rapport aux deux autres. Erreur ! Sans ces deux-là, les deux autres activités ne s’exprimeraient pas dans la durée ! Bien sûr il ne faut pas être excessif. On a connu des collectionneurs qui se moquent de leur sujet d’intérêt au point de mettre en danger un oiseau pour faire la « coche » à tout prix, mais c’est heureusement fort rare et la plupart du temps les « cocheurs fous » sont aussi très investis dans la protection.
Et vous, personnellement, quel ordre de priorité vous conviendrait le mieux ? On a un jour fait un « test » en réunion du groupe Cotentin. Il a bien fallu se rendre à l’évidence, quand les hommes mettaient en priorité majoritairement le côté « analyseur » et « collectionneur », les femmes retenaient plutôt le côté « contemplateur » et « protecteur ».
Conclusion ? Tous les choix sont les bons !
Frédéric Malvaud
