Le bio, c’est bon aussi pour les oiseaux!

mésange charbonnière posée sur une mangeoire à graines de tournesol
mésange charbonnière @ LPO Normandie

« Donner des graines bio aux oiseaux, quelle idiotie, c’est vraiment jeter l’argent par les fenêtres ».

Voilà l’une des réactions qu’on entend parfois. Or, bien au contraire, c’est un acte responsable et cohérent. Voici pourquoi.

Bande de tarins des aulnes avec un pinson des arbres sur une mangeoire suspendue

Tout d’abord, acheter bio est un acte qui a un impact pas seulement sur celui qui consomme le produit bio mais sur l’environnement, lui-même. Acheter 20 kg de tournesol bio, c’est s’assurer que 100 m2 de champs (1) sont dépourvus de pesticides (désherbants, insecticides, fongicides par exemple) et d’engrais chimiques (nitrates entre autres). C’est s’assurer aussi que le hangar dans lequel sera entreposé le tournesol sera, lui aussi, exempt de biocides (insecticides et fongicides essentiellement) ; c’est offrir aux humains qui habitent à proximité du champ ou du hangar, un air dépourvu de ces produits toxiques. C’est aussi éviter que la flore et la faune sauvage des environs soient contaminées par les mêmes produits

Mais, une autre raison est que

Chez les oiseaux aussi, manger bio est meilleur pour la santé !

C’est le constat d’une étude publiée en mars 2021 dans Environmental Pollution ainsi que le rapporte un article de Reporterre (2). Un groupe de perdrix grises a été nourri avec des graines bio alors que le lot témoin était, lui, nourri avec des graines issues de l’agriculture conventionnelle. Vincent Bretagnolle, du Centre d’études biologiques de Chizé, rattaché au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) explique que, pour des raisons de respect de l’animal, il n’a pas été rajouté de pesticides supplémentaires dans l’alimentation des perdrix témoins.

dessin de perdrix grise à l'envol
© Serge Nicolle

Or, des différences très nettes ont été observées entre les deux lots. Les mâles nourris avec les graines « conventionnelles » ont des couleurs moins vives, ce qui dénote une moins bonne santé et entraîne un moins bon succès reproductif (les mâles moins colorés séduisent moins les femelles). Les femelles du même lot (nourries avec des grains non bio) voient leur stockage de gras dérèglé et leurs œufs plus petits de 10%. Les défenses immunitaires sont affaiblies, ce qui rend les perdrix plus sensibles aux maladies et leur taux d’hématocrite est plus bas (3), ce qui rend les perdrix plus faibles : elles mettent plus de temps à s’envoler et sont donc plus vulnérables aux prédateurs.

La fréquence des nicheurs de perdrix grises observées par les bénévoles de la LPO Normandie était de 71 % en 2007 et de 51 % en 2019. La fréquence des observations de cet oiseau en période internuptiale est passée pour la même période (2007 – 2019) de 38 % à 19 %.  « Depuis 1994, la population de perdrix grises a baissé de 95 % dans le sud du département des Deux-Sèvres, sur notre zone d’étude. L’espèce est aujourd’hui menacée en France », regrette Vincent Bretagnolle.

Acheter des graines pour les oiseaux de nos jardins est finalement un acte intéressé, dont nous tirons un grand plaisir : celui d’observer des mésanges, des sittelles, des chardonnerets et même des moineaux. Finalement, leur acheter des graines bio est loin d’être une idiotie. D’autant plus qu’on peut les trouver moins cher en les achetant auprès d’associations qui ont des prix, ou en circuits courts, plutôt qu’en supermarché et jardinerie.

Le CA de la LPO Normandie

  1. Le rendement du tournesol est d’environ 20 quintaux à l’hectare = 2 000 kg / 10 000 m2 donc 20 kg nécessitent 100 m2 pour être cultivés.
  2. Reporterre 2021
  3. Le taux d’hématocrite correspond au volume occupé par les globules rouges dans le sang par rapport au volume total de sang. Un taux faible correspond généralement à une anémie avec une quantité de globules rouges bas. Or comme les hématies ou globules rouges ont pour rôle de transporter le dioxygène dans le sang, les efforts tels que l’envol à l’approche d’un prédateur sont plus difficiles et finalement plus lents lorsqu’il y en a moins dans le sang.