Toutes les photos de cette page ont été prises dans le jardin de Martine et Jean-Pierre, refuge LPO aux Baux-Sainte-Croix dans l’Eure. Les animaux s’installent dans un jardin si l’accès est facilité, s’ils y trouvent gîte, nourriture, eau et tranquillité. Martine et Jean-Pierre ont essayé d’œuvrer en ce sens. Voici leur témoignage.
Quels gestes avons-nous faits pour favoriser la biodiversité au jardin ?
Bien qu’il ne soit pas immense, nous essayons de faire de notre jardin un lieu d’accueil pour la flore et la petite faune sauvage. Depuis une vingtaine d’années, nous avons modifié nos pratiques de jardinage. Nous sommes passés d’un potager traditionnel à un potager non retourné et couvert d’un paillage quasi en permanence. Pas de traitement chimique évidemment. Nous avons réinstallé des arbustes locaux, laissé de la place aux « herbes folles » et modifié le plan du jardin de façon à laisser des zones de tranquillité.




Nous essayons de concilier à la fois, le potager, des parterres fleuris, quelques espaces de pelouse et de friche herbacée.
Favoriser la circulation de la petite faune en permettant son passage
Le jardin étant clos de murs, nous venons de faire percer un passage sous l’un d’eux. Il est ainsi en communication avec un grand terrain enherbé voisin. Nous espérons ainsi permettre la venue de nouveaux batraciens, d’orvets, de hérisson et d’autres espèces.


La présence d’arbres à proximité des murs facilite le passage d’une propriété à l’autre, fournissant ainsi des ‘échelles naturelles’. Certains se débrouillent très bien sans notre aide pour venir chaparder les noisettes.
Nous avons laissé le lierre sauvage coloniser les murs en agglos. En plus de l’esthétique, sa présence permet le déplacement des animaux. J’ai déjà observé une couleuvre à collier circuler dans l’épaisseur du feuillage.

Le lierre offre également un abri aux insectes et aux araignées. Il est source de pollen en automne et pourvoyeur de baies en hiver. C’est aussi un lieu de nidification. S’y sont installés merles et accenteurs mouchets
Proposer des points d’eau, c’est primordial !
Nous avons creusé une mare


Nous avons creusé un trou d’environ 3 m sur 4 avec une profondeur centrale de 1m20 et, nous avons aménagé des niveaux afin de pouvoir installer des végétaux sur le pourtour. Nous y avons mis quelques amas de cailloux pour permettre aux animaux d’accéder à l’eau sans risquer la noyade.
Nous avons planté des salicaires, de la populage des marais, des iris des marais, de la reine des près, du plantain d’eau, de la menthe aquatique, de la véronique mouron-d ‘eau, ainsi que de la consoude. Un Nuphar lutea ou ‘nénufar jaune’ a été installé pour procurer un peu d’ombre et limiter le réchauffement de l’eau.
C’est un nouveau biotope qui s’est créé. Des plantes telles que le lycope d’Europe et la prèle aquatique sont arrivées naturellement.
Différentes variétés de libellules, comme l’Aeschne bleue, le Sympétum, la petite Nymphe au corps de feu…. ainsi que les tritons palmés et alpestres s’y reproduisent. Des notonectes, des gyrins, des ditiques ainsi que des sangsues, sont aussi observés. De nombreux insectes butinent les fleurs alentour et viennent se désaltérer en période de fortes chaleurs. Une Couleuvre à collier profite également du lieu.

Nous proposons également une vasque, installée dans un coin calme.

Nous voyons de nombreux oiseaux venir boire et se laver. En toutes saisons, c’est l’endroit le plus animé du jardin.





Favoriser l’installation des animaux et des plantes, l’un ne va pas sans l’autre
Il ne suffit pas de mettre des nichoirs pour les oiseaux et de distribuer des graines l’hiver. Il est impératif de favoriser en premier lieu l’installation de végétaux. Ils seront sources de nourriture, d’abri et pourront héberger quelques nids.

Plantes : sources de nourriture
Installer des arbres et arbustes autochtones pour nos insectes locaux
Source de pollen et de nectar au printemps, de fruits en automne.
En espèces locales, nous avons planté des fusains d’Europe, des aubépines, un néflier, un noisetier, des sureaux noirs, des cornouillers mâles, un cornouiller sanguin et un prunellier. Quelques arbres fruitiers, ainsi que des groseilliers, des cassissiers et des framboisiers complètent la diversité.
Les oiseaux et les campagnols profitent aussi des fraises et des fraises épinard.
Au printemps nous avons ainsi le plaisir de voir des insectes parfois en grande quantité profiter des floraisons. Celles du Cornouiller sanguin et des aubépines sont toujours des évènements. Chaque arbre résonne telle une ruche, tant il y a d’insectes.
La présence de fruits attire les oiseaux et plus discrètement quelques insectes.
Les Bouvreuils n’attendent ni les fleurs, ni les fruits. Ils attaquent directement les bourgeons des pêchers au début du printemps.
Le lierre est également un grand pourvoyeur de nourriture en hiver.
« Laisser des fruits tombés aux pieds des arbres. Ils seront vite consommés par des oiseaux, des insectes ou des rongeurs ».



Proposer des plantes à fleurs
Entre la forme larvaire et la forme adulte, un insecte peut utiliser des parties et/ou des variétés de plantes différentes. Les chenilles dévorent les feuilles des plantes hôtes, mais leurs papillons consomment le nectar de fleurs d’autres variétés. Les butineurs visitent une grande variété de plantes à fleurs. La forme des fleurs visitées est liée à l’anatomie de l’insecte : longueur de leur langue ou de leur trompe.



- Nous essayons de proposer un grand choix de plantes et si possible en quantité significative. Le volume de pollen et/ou de nectar disponible doit être suffisamment important pour inciter le déplacement des insectes vers le jardin.
- Garder des plantes pour leur feuillage. Nous laissons par exemple, quelques orties pour les chenilles du Paon du Jour, du Gaillet pour celles du Moro sphinx, du fenouil pour les chenilles du Machaon. Les piérides n’ont aucun problème pour trouver les choux du potager.
- Proposer des fleurs précoces comme la Véronique de perse, l’Hellébore fétide, le Lamier blanc (en fleurs presque toute l’année).
- Proposer aussi des fleurs tardives comme les asters et les nepetas.
- Des insectes, comme les abeilles et les bourdons fréquentent le jardin dès février. En novembre nous avons encore des bourdons et des syrphes.

Parmi les espèces que nous avons plantées : le romarin, les hellébores, la pulmonaire, les aulx, la monnaie du pape, la centaurée des montagnes, les géraniums vivaces, la lavande, la menthe, la salicaire, la bourrache, les campanules, la centranthe, les solidagos, les sédums, les nepetas, le calament nepeta, les asters sont beaucoup visités.
Parmi « les herbes folles » : les hellébores fétides, les stellaires, le lierre terrestre, le bugle rampant, les piloselles, les lamiers, les séneçons, les pissenlits, la porcelle, l’origan, la vipérine, la berce spondyle ont du succès.
Dans le potager, les fleurs de fabacées attirent les bourdons.








« La berce spondyle attire de nombreux insectes, qui eux même attirent les oiseaux. Une grande variété de plantes permet une grande variété d’insectes et d’araignées. »

Ne pas trop « nettoyer » le jardin
Nous laissons les plantes avec leurs graines quelques temps. De petits visiteurs viennent profiter de cette manne. Et ainsi animent le jardin. Nous avons déjà vu le Bouvreuil manger des graines de géranium herbe à Robert et de rumex. Les graines de mélisse ont beaucoup de succès auprès des chardonnerets et des bouvreuils.



Réaliser des tontes différenciées suivant les espaces
Laisser des zones non tondues, ce qui surprend quelques passants. Depuis une dizaine d’années, nous laissons une partie du jardin en friche. L’herbe est coupée une fois l’an en fin d’automne et /ou en hiver. Nous gardons le foin pour couvrir le sol du potager ou des parterres de fleurs.




Les herbes hautes favorisent la présence d’insectes et d’araignées (Argiope frelon et Pisaure admirable) et representent une source de nourriture pour les granivores. Les fleurs sauvages profitent aux insectes. Malheureusement trés peu de criquets sont revenus sur le terrain.

Un certain nombre de plantes à fleurs se sont installées dans l’ancienne pelouse. Ainsi au printemps fleurissent des coucous, des orchidées pyramidales et orchis bouc, de la véronique petit-chêne, de la stellaire, du trèfle, entre-autres. L’été, c’est au tour du salsifi sauvage, de la carotte sauvage, de la berce spondyle, de l’origan, du séneçon et de la mélisse.
De nombreuses fleurs de primevères sont mangées au printemps. Nous soupçonnons les pigeons ramiers et les moineaux . Plus tard dans la saison, ce sont les graines qui font le bonheur des oiseaux.

Les taupes (qui ne sont pas chassées) ont beaucoup remué la terre dans une zone du jardin, faisant ainsi remonter de nombreuses graines. Violettes odorantes, primevères, ficaires fausses renoncules ont ainsi colonisé une partie de l’ancienne pelouse.



Proposer de la nourriture l’hiver
Et de l’eau tiède en période de gel !
En période de froid nous proposons des graines et boules de graisse. Nous avons installé plusieurs mangeoires. Nous donnons parfois quelques pommes, des noix et des noisettes. Elles sont toujours les bienvenues et ne trainent jamais longtemps dans le jardin.


C’est pour nous l’occasion de voir de plus près les oiseaux de notre région, mais également, certains migrateurs qui ne fréquentent le jardin que pendant les épisodes de grand froid comme le Grosbec casse-noyaux (à gauche) et le Pinson du nord (ci-dessus).
« Le va et vient ne manque pas d’attirer l’Epervier. Lui aussi profite de la mangeoire à sa façon ».




Pailler le potager et les parterres de fleurs

Cela fait presque 20 ans que le potager n’est plus retourné. Nous employons la grelinette si nécessaire et nous couvrons la terre avec des végétaux : feuilles, broyat de branches, foin, paille, tontes…
Le paillage permet de protéger le sol et de nourrir, vers de terre, champignons, bactéries et autres organismes qui s’y développent. De nombreux animaux profitent de cet environnement. C’est une source de nourriture importante pour les oiseaux, les grenouilles, les lézards…et les vers luisants !
En période sèche, le sol paillé est un des rares lieux encore humides du jardin. Il est fréquent de voir les oiseaux, surtout les merles et les rouges-gorges y chercher leur nourriture. Quant à la grive musicienne, elle cherche les escargots. Cependant le paillage favorise la présence des rongeurs. Les campagnols ne se privent pas pour venir prélever leur pitance au potager


Nous avons installé un perchoir à proximité en espérant inciter les chouettes de passage à rester plus longtemps dans le potager (la nuit, la Chouette hulotte et l’Effraie des clochers se font entendre dans le jardin).

Après le couvert, offrir le gîte !
Installation de divers nichoirs

Nous avons installé plusieurs types de nichoirs dans le jardin : des nichoirs pour mésanges, rouge-gorge, troglodyte, un nichoir à chevêche, mais celui-ci a été réaménagé par la Sitelle torchepot.
Le Troglodyte mignon s’octroie certains droits et a niché à plusieurs reprises dans une chaussure de randonnée. Toutefois, si les lieux sont propices, certains oiseaux se débrouillent très bien sans notre aide. Il nous arrive de découvrir des nids en fin d’automne lorsque les arbres n’ont plus de feuilles.



Installation de murets de pierres
Nous avons utilisé les cailloux qui étaient présents en grande quantité sur le terrain pour construire des murets. Les anfractuosités peuvent accueillir toute une cohorte d’animaux : insectes, escargots, rongeurs, musaraignes, lézards, tritons batraciens…. Les uns prédateurs des autres. Les pierres sont colonisées par les mousses dans les lieux ombragés.






Installer des hôtels à insectes
Nous n’avons pas beaucoup exploité cette voie. Les différents hôtels à insectes observés n’étant pas très concluants. Sujet à approfondir.


Garder des arbres morts

Notre cerisier est mort. Nous avons décidé de ne pas le couper et laisser le temps et quelques auxiliaires faire leur œuvre.
Des champignons ont déjà colonisé les racines. Quelques insectes ont déjà creusé quelques galeries.

Le lierre habille une partie de la ramure.
Laisser du bois mort

Dans le fond du jardin, sous une haie, nous avons laissé du bois mort. Le bois, toujours un peu humide peut attirer les tritons et les batraciens. Ils y trouveront un abri pour l’hiver. Des champignons, des insectes xylophages s’y établiront.
Un abri à hérisson attend un éventuel locataire !


Pour séparer deux espaces du jardin, nous avons réalisé une ‘haie sèche’ avec des branches issues de la taille d’arbustes récupérées dans plusieurs jardins. L’enchevêtrement de branches pourra peut-être servir d’habitat à quelques animaux ?
Cohabiter
Partager l’habitat avec quelques petits locataires
Il suffit parfois d’un petit trou, une petite fente, d’une planche disjointe pour que quelques intrus profitent également de la maison. Nous nous sommes aperçus qu’une fouine à quelques temps squatté notre grenier. Cela n’est pas pour nous déplaire. La prolifération des rongeurs, certaines années, rend sa présence très appréciable.
Nous avons également des chauves-souris que logent l’été sous le préau. Difficile de dire où elles sont, mais le matin nous retrouvons des ailes de papillons de nuit tombées au sol.
Nous avons depuis plusieurs années, une Pipistrelle, qui dort au-dessus d’une fenêtre côté sud. En période de canicule, elle utilise une autre anfractuosité, côte nord. C’est la présence de ses crottes qui la trahit.
Y-a-t-il d’autres locataires, en dehors des araignées ?
Proposer calme et tranquillité
Nous avons gardé quelques petits coins un peu cachés, peu fréquentés, un peu fouillis où les animaux sont peu dérangés. Nous essayons d’être discrets lorsqu’il y a des animaux à proximité.
Certains individus s’habituent à nous, comme les lézards présents depuis plusieurs années à proximité de notre cuisine. D’autres dans le jardin sont plus sauvages. Cette année une Couleuvre helvétique (couleuvre à collier) était souvent présente au bord de la mare, mais extrêmement craintive. Elle se cachait dans les hautes herbes dès qu’elle percevait notre présence.


Le jardin est en perpétuelle évolution, le paysage se modifie au fil du temps, la variété et le nombre d’animaux rencontrés également. En dehors de nos plantations, un certain nombre de plantes sauvages se sont installées naturellement. Certaines se sont multipliées. D’autres ont disparu, affaiblies par leurs voisines, par des prédations, par la chaleur… Malgré nos efforts, la variété et le nombre des insectes observés au jardin semblent diminuer.
Les arbres grandissent, d’autres meurent, modifiant sans cesse le paysage du jardin. Certains animaux sont de passage et ne sont vus qu’une fois ou épisodiquement, d’autres fréquentent assidument les lieux et s’y installent.
La faune du sous-sol semble bien se porter, de nombreux turricules trahissent la présence des vers de terre. Les oiseaux sont très présents, avec une baisse de fréquentation en été. A confirmer…
