Scolopax rusticola
Espèce chassable
Nicheur éventuel, très rare et irrégulier (125 couples) ; hivernant peu commun
Statut en Europe et en France
La Bécasse des bois niche du cercle polaire arctique à la Méditerranée (nord de l’Espagne et de l’Italie). Sa distribution, peu dense mais relativement homogène en Europe Occidentale, s’étend et se renforce vers l’est jusqu’à la Russie (et même au-delà). Elle est pratiquement absente du pourtour méditerranéen. Son bastion européen est en Suède.
Cet oiseau se rencontre plutôt en France continentale, à plus de 150 km du littoral. Il affectionne plus particulièrement les régions montagneuses ou collinéennes (Alpes, Massif central), ainsi que les grandes zones boisées (Vosges, Ardennes). Il est apparemment absent de Corse. A noter qu’un grand nombre d’oiseaux hivernent en France principalement dans le Nord-Ouest (entre 2 et 6 millions d’individus). Elle est en déclin en Europe de l’Ouest, surtout pour ce qui concerne les populations britanniques et en déclin sur le long terme pour ce qui concerne l’importante population russe.
Statut en Normandie
La Bécasse des bois, en période de nidification, est un oiseau rare et même irrégulier en Normandie. Notre région, au climat océanique, n’abrite probablement que quelques couples de cet oiseau très discret, surtout dans les grands massifs forestiers de l’Orne.
Pour la Haute-Normandie, Olivier en 1938 la considérait comme nicheur « en plus grand nombre qu’il n’est généralement admis dans les forêts et les bois d’une certaine étendue ». Ce n’est manifestement pas la situation aujourd’hui.
Les migrateurs et hivernants arrivent chez nous essentiellement de la mi-octobre au mois de novembre et le passage de retour a lieu surtout en mars. Certaines années, la Bécasse peut être bien répandue pendant la période hivernale en Normandie qui doit représenter, comme pour d’autres espèces comme le Butor étoilé, une zone de repli en cas de grands froids dans les régions plus nordiques ou orientales.
Écologie et habitat
La Bécasse des bois affectionne les forêts de feuillus ou les boisements mixtes, frais et humides. Elle préfère les taillis mixtes ou les landes forestières aux hautes futaies.
Elle pond ses quatre œufs surtout au mois de mars, mais des pontes peuvent avoir lieu de février à août. A cette période, le mâle effectue à l’aube et au crépuscule, un vol rituel appelé « croûle ». La croûle correspond vraisemblablement à une délimitation du territoire de reproduction (à l’attention des autres mâles du secteur) ainsi qu’à une tentative de contact avec les femelles éventuellement présentes sur le site ; c’est donc un indice fort de nidification.
La Bécasse se nourrit d’invertébrés (essentiellement des lombrics, des larves d’insectes, des coléoptères) qu’elle prélève le jour à couvert et la nuit au bord des mares, dans les prairies inondées, les marécages ou sur les berges vaseuses de cours d’eau. Le vol entre sa « place », ou « remise », diurne et sa zone de nourrissage s’appelle la « passée ». Ainsi, la présence hivernale de l’espèce est plus liée aux prairies qu’à un couvert forestier.
Conservation
La Bécasse des bois est une espèce chassable qualifiée de prestigieuse. On estime le total prélevé en Normandie à environ 10 000 individus par an et à 1 500 000 en France. Par ailleurs, cette espèce étant essentiellement forestière, l’exploitation du bois perturbe la tranquillité de l’oiseau, compromettant dans certains cas sa reproduction tout en détruisant localement son habitat. A cela s’ajoute la dégradation de ses aires de nourrissage (assèchement des zones marécageuses et mise en culture de prairies humides). L’enjeu principal de conservation, dès lors que l’espèce serait protégée, est donc la protection des habitats qu’elle fréquente : forêts et zones humides. En matière d’exploitation forestière, privilégier, autant que faire se peut, l’éclaircissement à la coupe à blanc, assurer un repeuplement varié, conserver les landes forestières. Enfin des mesures concrètes (incitations financières, informations, réglementation éventuelle) de sauvegarde des zones humides (prairies inondables, marais) restent primordiales pour la conservation de cette espèce.
Eu égard à l’importance de l’hivernage dans le nord-ouest de la France et au statut européen de l’espèce, la Bécasse des bois devrait être retirée de la liste des espèces chassables en France.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Nidification
On peut estimer (avec une faible fiabilité toutefois) l’effectif nicheur à une centaine de couples sur l’ensemble de la Normandie.
Période internuptiale
Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| NA | 3 | 5 | NA | 4 | NA |
Les fréquences notées sur nos échantillons sont nulles en septembre, décembre et février, un passage de migrateurs et des hivernants sont notés en octobre, novembre et janvier.
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| NA | 1 | 3 | 3 | 3 | 4 |
Notre base de données indique des fréquences plus élevées de novembre à février.
| Haute-Normandie en 2007 | Haute-Normandie en 2019 |
| 1 | 1 |
On note une fréquence basse mais stable en Haute-Normandie en hiver entre les deux enquêtes.
Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national de la Bécasse des bois, période de reproduction et d’hivernage.
