Acrocephalus scirpaceus
Espèce protégée
Nicheur migrateur peu commun (7 000 couples)
Statut en Europe et en France
La Rousserolle effarvatte niche dans les latitudes moyennes de l’ouest et du centre du Paléarctique. En Europe, la sous-espèce nominale n’est absente que du nord du continent. Dépendante des roselières, elle est surtout présente dans les grands deltas et les vastes étendues d’eau peu profonde. Depuis le XIXe siècle, et surtout depuis les années 1940, l’espèce a étendu son aire de répartition vers le nord, à savoir le sud de la Scandinavie et le nord de l’Europe Centrale. En Grande-Bretagne, une augmentation numérique semble s’être produite jusqu’aux années 1970, et la population néerlandaise a crû notablement du fait de la création de nouveaux polders aux roselières étendues. Ailleurs en Europe, la population semble stable ou légèrement en déclin localement. Espagne et Suède constituent ses principaux bastions d’Europe de l’Ouest.
En France, la population concerne surtout les deux tiers nord du pays, et celle-ci paraît globalement stable même si des disparitions localisées dues à la réduction de son habitat sont notées dans certaines régions.
Statut en Normandie
La répartition normande de la Rousserolle effarvatte est le reflet de la présence de son milieu de prédilection, qu’elle occupe systématiquement pour peu qu’il ne soit pas isolé au milieu d’un large secteur défavorable (en milieu de plaine agricole par exemple). Lorsque l’humidité est suffisante pour que se développent de petites roselières, voire de simples rideaux de phragmites, certains sites accueillent d’assez nombreux couples. Les meilleures densités se rencontrent néanmoins dans les grandes roselières. De ce fait, elle est rare dans l’Orne et l’Eure, et bien présente dans les zones humides de l’estuaire de la Seine ainsi que de la vallée de la Seine et de l’Eure, les marais arrière-littoraux du Calvados, de la Manche et de l’est de la Seine-Maritime, ainsi que les marais de Carentan. La population normande de l’espèce est apparemment stable, mais on peut supposer – bien que des arguments rigoureux fassent défaut – qu’elle a décliné au cours du XXe siècle, eu égard à la dégradation des zones humides. La Normandie regroupe une part non négligeable des effectifs nicheurs français (autour de 10 %).
Pour la Haute-Normandie, Olivier notait en 1938 : « De double passage fin avril et fin août. Niche en plus grand nombre dans l’Eure et au sud de la Seine-Inférieure qu’au nord ».
Écologie et habitat
La Rousserolle effarvatte est quasi inféodée aux phragmitaies, même de très petite taille bordant les fossés humides, les bords de ruisseaux ou les queues d’étangs. On peut cependant la trouver parfois dans des fourrés humides. Le nid est suspendu aux tiges de phragmites, et un bon nombre de couples effectue deux pontes, la seconde étant entreprise durant la deuxième quinzaine de juillet. Comme les autres fauvettes aquatiques, elle est insectivore.
La Rousserolle effarvatte est migratrice et hiverne en Afrique tropicale ; elle revient généralement chez nous à partir du 10 avril, des migrateurs pouvant être notés jusqu’au début de juin. Le départ vers l’Afrique a lieu à partir de fin juillet, et des oiseaux de passage sont notés jusqu’en octobre. Lors de cette migration, la France voit passer une proportion relativement importante des migrateurs européens, en particulier dans l’estuaire de la Seine, qui est une étape pour un nombre très important d’individus.
Conservation
La Rousserolle effarvatte a bénéficié de l’extension des roselières du fait de l’eutrophisation des rivières et des étendues d’eau douce, auparavant pauvres en matières organiques, ainsi que de l’augmentation des températures printanières moyennes qui ont favorisé son expansion vers le nord. Cependant, la destruction des milieux humides et la réduction des roselières ont entamé le déclin de l’espèce, essentiellement dans les secteurs très industrialisés et densément peuplés par l’homme. Les années sèches, défavorables au développement des roseaux, pénalisent la Rousserolle effarvatte, en particulier dans les sites de très petite taille.
La principale mesure à prendre pour la Rousserolle effarvatte est la protection globale des zones humides, trop souvent, encore aujourd’hui, détruites pour « valoriser » un site par des aménagements fonciers ou industriels, ou encore des plantations de peupliers ou de maïs, qui sont un fléau pour de tels milieux. La Rousserolle effarvatte ne sera bien entendu pas la seule à bénéficier de mesures aussi indispensables pour l’avenir de la biodiversité et de l’environnement au sens le plus large (climat, épuration des eaux, etc.). La préservation des grandes roselières est un impératif pour la Rousserolle effarvatte, mais il faut avoir à l’esprit que la préservation de tous les petits marais bordant nos cours d’eau, souvent relictuels, représente un enjeu important dans le cadre de la définition d’une « Trame verte et bleue » dont on peut espérer qu’elle soit autre chose qu’un simple concept de communication.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Nidification
La Normandie regroupe une part non négligeable des effectifs nicheurs français (autour de 7 %, environ 7 000 couples).
Fréquence sur les échantillons prospectés
| Haute-Normandie en 2017 | Haute-Normandie en 2019 | Normandie |
| 11 | 4 | 9 (87ème rang) |
L’enquête fait apparaître une très nette diminution de l’espèce en Haute-Normandie entre les deux sessions de suivi. Cette diminution n’est pas notée dans le reste de la région.
Période internuptiale
Des oiseaux migrateurs sont notés au passage.
Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 1,2 | NA | NA | NA | NA | NA |
La Rousserolle est observée sur nos échantillons en septembre, sans doute les derniers individus puisque sa migration commence fin juillet.
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 1 | NA | NA | NA | NA | NA |
La situation est similaire sur nos fiches de relevés.
Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie
La rareté de l’espèce à cette période ne permet pas d’évaluer des effectifs à partir de notre méthode d’échantillonnage.
Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national de la Rousserolle effarvatte, période de reproduction et d’hivernage.
