Anas strepera
Espèce chassable
Nicheur très rare et irrégulier (15 couples) ; hivernant assez rare
Statut en Europe et en France
Distribué localement dans le Paléarctique et le Néarctique, le Canard chipeau niche en Europe surtout aux latitudes moyennes, ainsi que dans la péninsule ibérique. Même si ses effectifs fluctuent notablement au cours des années et que sa distribution est souvent très clairsemée, l’espèce a étendu son aire de répartition au cours des deux siècles passés dans le centre, l’ouest et le sud-ouest de notre continent. Les plus grandes populations se trouvent aujourd’hui aux Pays-Bas, en Allemagne et en Espagne.
Dans notre pays, il occupe les régions riches en étangs et marais, ayant étendu sa distribution au cours du xxe siècle d’abord dans l’est de la France, puis dans le centre-ouest à partir des années 1970. Depuis, ces dernières populations ne montrent pas de tendance nettement marquée, tandis que les peuplements de la Dombes régressent du fait de la modification de son habitat.
En hiver, la distribution du Canard chipeau est tout aussi éclatée, et concerne surtout le sud de l’Espagne, le sud de la France, la Roumanie, le sud de l’ex-URSS et l’Afrique du Nord. Les hivernants d’Europe de l’Ouest ont tendance à être de plus en plus nombreux ces dernières années, et la France revêt à cette période une grande importance, accueillant entre 30 et 40 000 individus.
Statut en Normandie
Le Canard chipeau est une espèce marginale comme reproducteur en Normandie. Des reproductions ont eu lieu récemment dans l’estuaire de la Seine, la côte ouest du Cotentin et les marais du Cotentin.
Pour la Haute-Normandie, Olivier indiquait en 1938 : « Espèce rare et de passage irrégulier ; le chipeau ne se montre que durant les hivers froids et ses apparitions paraissent de moins en moins fréquentes ».
L’hivernage quant à lui, sans être marginal, ne concerne qu’une proportion faible des hivernants français, avec moins de 100 à 200 individus, principalement dans la boucle de Poses. Le Canard chipeau est également un migrateur de passage, régulier dans la région.
Écologie et habitat
Le Canard chipeau, canard de surface herbivore, réside dans les plans d’eau douce étendus, peu profonds, munis de larges berges et d’une abondante végétation immergée. Il niche parfois dans des milieux saumâtres, voire salés, et s’associe localement aux colonies de mouettes et de sternes. Il installe son nid soit au bord de l’eau, soit tout près, dans la végétation herbacée ou buissonnante, voire dans les cultures.
L’arrivée des nicheurs de retour d’hivernage se fait sentir dès la dernière décade de janvier, l’installation des couples se faisant à la fin de mars. La période de reproduction est, en règle générale, terminée vers le 20 septembre, des envols pouvant avoir encore lieu à la toute fin de ce mois. En migration et en hivernage, le Canard chipeau stationne sur les plans d’eau et les estuaires.
Conservation
Le statut du Canard chipeau est fragile, en particulier du fait de sa distribution très localisée, tant en nidification qu’en hivernage, et de son régime alimentaire qui l’oblige à une quête prolongée et géographiquement étendue d’une nourriture peu énergétique. C’est la modification de son habitat qui est sa principale menace, et la première cause de son déclin dans l’Est de l’Europe, en Dombes et en Camargue par exemple : drainage, disparition des zones humides et des prairies (urbanisation, aménagements divers, maïsiculture, populiculture), eutrophisation des étangs (apports d’engrais des cultures environnantes), modifications intempestives des niveaux d’eau, fauches précoces des prairies. Les dérangements sont également considérés comme un obstacle à sa nidification (loisirs aquatiques, chasse, pêche…) et sont également un facteur de perte énergétique important chez les hivernants. La chasse est bien entendu une cause directe de destruction non négligeable de canards chipeaux (y compris en février et en été).
Les mesures qui peuvent être prises chez nous pour favoriser la nidification du Canard chipeau portent sur les pratiques culturales et le respect des milieux humides. Seront ainsi favorisés les prairies de fauche (avec fauche tardive), les buissons, les friches denses, les roselières, aux abords des surfaces en eau, lesquelles devront offrir suffisamment de tranquillité aux nicheurs (restriction localisée des loisirs comme la voile ou la pêche). Les aménagements perturbants comme les gabions entretenus à longueur de printemps et d’été doivent être localement proscrits, et une sensibilisation des propriétaires et des élus à l’utilité de berges « sauvages » sera nécessaire. Bien entendu, le respect des dates de chasse imposées par la directive européenne Oiseaux est impérative (pas de chasse en août ni en février) .
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Nidification
Le Canard chipeau est une espèce marginale comme reproducteur en Normandie.
Période internuptiale
Quelques centaines d’individus hivernent principalement sur les étangs de la boucle de Poses (Eure) et la vallée de la Seine, ainsi que dans les marais du Cotentin.
Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| NA | NA | NA | NA | 2 | 1 |
L’espèce n’a été contactée qu’en fin d’hiver sur les échantillons prospectés.
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 3 | 3 | 6 | 6 | 10 | 6 |
Hivernant peu fréquent, le Canard chipeau est contacté sur nos fiches de relevés durant la période internuptiale, avec un pic au mois de janvier au cœur de l’hiver.
Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Canard chipeau, période de reproduction et d’hivernage.
