Sterna hirundo
Espèce protégée
Nicheur rare (140 couples) ; migrateur peu commun
Statut en Europe et en France
Espèce des côtes et les grandes vallées fluviales de toute la zone tempérée du continent (jusqu’en Laponie), la Sterne pierregarin a une distribution holarctique et reste la plus commune des Sternes en Europe. Elle est beaucoup plus rare et localisée dans le sud du continent. La Suède, la Norvège, la Grande-Bretagne, l’Italie ont vu leur population décliner depuis le début du xxe siècle, tandis qu’en Finlande, en Europe centrale et en Espagne les populations augmenteraient plutôt. L’évolution est souvent en dents de scie depuis cette période, en relation avec les contraintes subies par l’espèce.
En France, la Sterne pierregarin se reproduit le long du littoral méditerranéen, le long des grandes vallées fluviales (Garonne récemment, Loire et Allier, Seine), sur les côtes de la Bretagne à la Vendée et de plus en plus dans le nord de la France, à la faveur de la création de ballastières. Elle est en expansion géographique et numérique.
Statut en Normandie
La Sterne pierregarin niche régulièrement à Chausey, seul site littoral à l’accueillir régulièrement, avec une colonie de plusieurs dizaines de couples. D’autres sites ont parfois été occupés ailleurs dans le Cotentin, sans suite. Depuis 1994, la nidification de quelques dizaines de couples est régulière dans la boucle de Poses (Eure), où les nicheurs sont installés sur un îlot sablo-caillouteux. La colonie est à l’heure actuelle stable et l’espèce tend à s’installer sur de nouveaux sites de la vallée de la Seine (Heurteauville, Bernières, Courcelles…) et en vallée d’Eure.
Hivernant sur les côtes d’Afrique de l’Ouest, la Sterne pierregarin revient à partir de fin mars et le passage prénuptial se termine fin mai. Les premières dispersions postnuptiales s’observent courant juillet et les départs en août, le passage se terminant progressivement d’octobre à début novembre ; les données d’observation les plus nombreuses au passage sont en août-septembre notées à partir des sites littoraux (Gatteville et Antifer). Plusieurs centaines à plusieurs milliers d’oiseaux peuvent alors être observés lors d’une matinée d’observation. Le passage est également visible, mais beaucoup moins marqué, sur les plans d’eau et les grandes rivières de l’intérieur.
Pour la Haute-Normandie, Olivier indiquait en 1938 : « Migratrice très commune lors de son double passage ; se voit aussi fréquemment sur la Seine. Nous ne connaissons pas de cas de nidification de cette espèce pour la Haute-Normandie ».
Écologie et habitat
La Sterne pierregarin niche en colonies, parfois en association avec la Mouette rieuse. Elle s’installe dans les dunes, sur les plages sablonneuses de la mer, ou des étangs, les îlots ou les berges sableuses des rivières ou des plans d’eau. Autour du nid, la végétation est toujours pauvre et courte et l’espace bien ouvert. Des installations humaines peuvent lui convenir, comme les radeaux (souvent installés à son intention) ou des toits d’usine. Certains nicheurs peuvent ne s’installer qu’en juin, et quelques oiseaux estivent parfois sans nicher. Son régime alimentaire est fait, comme pour les autres sternes, de poissons et de crustacés.
Conservation
La Sterne pierregarin a eu à subir nombre de pressions depuis le début du xxe siècle : destructions directes pour la plumasserie, dérangements par des activités de loisirs (compromettant la nidification sur les côtes, les îlots et les rivières), destruction de sites de nidification (aménagements des rivières et des côtes), pollution organochlorée dans les années 1950-1960, piégeage des migrateurs par les enfants des côtes ouest de l’Afrique (encore pratiquée mais faisant l’objet de campagnes de sensibilisation). De mise en évidence plus récente, les pollutions par les perturbateurs hormonaux (PCB) et les métaux lourds (mercure) deviennent comme pour nombre d’espèces un réel problème, la Sterne pierregarin étant située en fin de chaîne alimentaire, puisque piscivore.
La persistance ou l’aménagement de plans d’eau avec de larges berges sableuses dégagées ou mieux, des îlots, lui seraient favorable. Dans la vallée de la Seine en particulier, une gestion adaptée des plans d’eau issus de l’exploitation des granulats doit permettre le maintien de la colonie existante de Poses et la stabilisation, puis le développement, des autres petites colonies apparues récemment. C’est avec les carriers et les pouvoirs publics que peut se jouer l’avenir de la Sterne pierregarin dans ces secteurs de carrières, avec les trois impératifs suivants : îlots sablonneux et nus (ou radeaux ad hoc), tranquillité et qualité des eaux. Ailleurs, sur le littoral en particulier, l’espèce serait favorisée par des mesures officielles volontaristes lui assurant des zones de tranquillité en période de reproduction.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national de la Sterne pierregarin, période de reproduction et d’hivernage.
