Spatule blanche

Platalea leucorodia

Espèce protégée

Nicheur très rare et irrégulier (10 couples) ; migrateur et hivernant rare

Statut en Europe et en France

Espèce à distribution eurasiatique et africaine très morcelée, la Spatule blanche niche, pour les deux tiers, dans l’est du continent européen. On la trouve aussi dans le sud-ouest de l’Espagne, au Portugal, aux Pays-Bas. Les effectifs des populations néerlandaises (origine probable de nombre des nicheurs français) et espagnoles, ont notablement augmenté depuis la fin des années 1960, du fait d’une meilleure protection, tant sur sa route migratoire que sur les sites d’hivernage de l’Afrique de l’Ouest. Les effectifs d’Europe de l’Est sont considérés en déclin dans la plupart des pays du fait de la réduction de son habitat, des dérangements et de la pollution des eaux.

Une certaine expansion de son aire de reproduction se manifeste depuis les années 1980, puisque la première nidification documentée en France remonte à 1981. Très localisée en France, la Spatule est en nette augmentation ; en plus du bastion de la façade atlantique (Brière, Grand-Lieu, Guérande), la Spatule se reproduit en baie de Somme, en Camargue, en Dombes.

La Spatule blanche est considérée comme Vulnérable dans la liste rouge des oiseaux nicheurs de France (UICN) et comme Vulnérable en hivernage en France.

Statut en Normandie

En Normandie, l’espèce est régulière en petit nombre en migration et hivernage surtout dans l’estuaire de la Seine, et plus secondairement dans les baies des Veys, de l’Orne et du Mont-Saint-Michel, ainsi que sur le littoral nord et ouest du département de la Manche. Le passage est surtout marqué en période prénuptiale.

Un couple s’est reproduit pour la première fois en Normandie en 2015, dans l’estuaire de la Seine, puis l’espèce s’est installée (nicheuse probable)  à Baupte (Manche) l’année suivante.

Notre base de données indique des mentions toute l’année, mais très concentrées sur le mois de mars pour la migration prénuptiale et le mois de septembre pour la migration postnuptiale. La Spatule blanche est rare à l’intérieur des terres. Les groupes vont de quelques unités à plusieurs dizaines d’individus.

Pour la Haute-Normandie, Olivier notait en 1938 : « De passage régulier en avril-mai et en septembre-octobre ».

Écologie et habitat

Pour nicher, la Spatule a besoin de vasières, de surfaces en eau peu profonde avec végétation peu élevée, d’une grande tranquillité et de quelques arbres (une saulaie, par exemple), le tout pouvant être dispersé sur plusieurs kilomètres. Le nid est généralement situé près du sol, parfois dans un arbre. Il est à remarquer que, à l’instar des colonies espagnoles, les nicheurs français sont le plus souvent arboricoles, en association avec des hérons cendrés. La Spatule se nourrit d’insectes, de petits poissons et de têtards. En dehors de la nidification, elle fréquente les milieux estuariens.

La migration postnuptiale, mêlée à un certain erratisme des jeunes, s’étale de mi-juillet à octobre. Quelques oiseaux, de plus en plus nombreux, hivernent plus ou moins régulièrement dans l’estuaire de la Seine. Le passage prénuptial commence en février et culmine en mars, pour ne se terminer vraiment qu’en mai, même si des non nicheurs peuvent être présents au-delà de ce mois.

Conservation

La Normandie, avec en particulier le site de l’estuaire de la Seine, représente un important enjeu de conservation pour la Spatule blanche dans la mesure où c’est une part très importante de la population néerlandaise qui y séjourne en période migratoire.

Il faudra surveiller les colonies d’ardéidés de la région (en particulier les deux colonies abritant les premiers reproducteurs) et veiller à lui assurer des conditions de tranquillité absolue, cette espèce étant très sensible aux dérangements humains.

Spatule blanche au bord de l'eau
Spatule blanche © Yves Leveau

Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national de la Spatule blanche, période de reproduction et d’hivernage.