Passer montanus
Espèce protégée
Nicheur éventuel, très rare et irrégulier (10 couples) ; hivernant très rare
Statut en Europe et en France
Présent dans toute l’Europe à l’exception du Nord scandinave et de la majeure partie de l’Irlande, le Moineau friquet voit ses populations dans l’ouest de sa répartition décliner depuis la fin des années 1960 (Angleterre, France, Allemagne) tandis que son aire de répartition s’étend légèrement vers le nord en Scandinavie. Le Moineau friquet est essentiellement un oiseau de l’Est européen.
En France, il est traditionnellement sporadique dans le Nord-Ouest (Normandie, Bretagne). Il semble bien que nous assistions à un considérable recul vers le sud et l’est, bien sensible depuis une vingtaine d’années dans la zone de limite d’aire, mais aussi dans le nord de sa distribution. Il a perdu au moins la moitié de ses effectifs nationaux en 20 ans.
Le Moineau friquet est considéré comme Quasi menacé dans la liste rouge des oiseaux nicheurs de France (UICN).
Statut en Normandie
Le Moineau friquet a régressé nettement en Normandie au XXe siècle puisque l’espèce n’habitait plus que la partie est de la région (surtout le département de l’Eure et la partie orientale de l’Orne) ainsi que le sud de la Manche dès le début des années 1970. Le déclin s’est accentué très fortement depuis le début des années 2000 conduisant l’espèce au bord de l’extinction en Normandie. Lors d’une enquête en 1995 dans les prairies humides bocagères de la vallée de la Seine, en Seine Maritime, seuls 10 à 20 couples ont pu être découverts sur 5 000 hectares prospectés, alors que l’habitat y est très favorable. Suite à une enquête en 2003 dans le Pays-de-Bray, nous avons pu estimer la population de ce bastion pour l’espèce à environ 250 couples. Au vu des données existantes dans la vallée de la Seine en aval de Rouen et du sud du Lieuvin ainsi que du pays d’Ouche, nous estimions en 2006 la population haut-normande à environ 500 couples. L’évolution a ensuite été très rapide puisque depuis 2009, nous n’avons plus de données, y compris dans son bastion du Pays-de-Bray. Dans le même temps, l’espèce désertait l’Orne et la Manche, en bordure du noyau de peuplement d’Ille et Vilaine. L’espèce est donc au bord de l’extinction en Normandie.
On constate une diminution similaire du nombre d’hivernants d’origine nordique présents en Normandie. Si l’on pouvait encore observer des troupes de quelques dizaines d’individus au début des années 2000, elles étaient de moins en moins nombreuses et les effectifs dépassant 100 individus ne sont plus notés depuis la fin des années 1970. Aujourd’hui, à l’instar de la situation des oiseaux reproducteurs, l’espèce semble avoir pratiquement déserté la région en période internuptiale.
Le Moineau friquet était considéré comme « commun » dans toute la Normandie par Gadeau de Kerville en 1890 et encore comme « assez commun » par Olivier en Haute-Normandie en 1938.
Écologie et habitat
Espèce de plaine en Europe, le Moineau friquet n’est pas autant inféodé à l’homme que son cousin le Moineau domestique bien qu’il habite, en campagne, les villages, les parcs, les vergers, voire même le milieu urbain localement. En fait, trois éléments semblent conditionner sa présence. Deux sont liés aux ressources alimentaires, l’abondance des insectes au printemps, mais aussi un paysage agricole laissant la place aux plantes sauvages messicoles, dont il consomme les graines, qu’il préfère nettement à celles des céréales, contrairement au moineau domestique.
Cette espèce largement cavernicole a aussi besoin des cavités qu’il trouve dans les haies, les saules têtards, les vieux vergers, les murs de pierre, bien qu’il utilise aussi souvent les vieux nids de corvidés ou de rapaces pour y installer son nid dans les interstices des branches mortes.
Fréquemment observé en colonies lâches, le Moineau friquet peut aussi nicher par couples isolés. Il réalise deux pontes de 2 à 7 œufs par an, étalées d’avril à août.
Conservation
Si l’espèce a de tout temps montré des fluctuations d’effectifs dans la marge nord-ouest de sa répartition européenne, le déclin semble profond et durable aujourd’hui.
Les causes principales sont certainement la réduction des potentialités alimentaires dues à l’intensification agricole avec l’emploi massif d’insecticides et pesticides, la disparition des zones herbeuses et des plantes sauvages des bordures de champs, la diminution drastique des plantes messicoles. A cela s’ajoute la diminution des cavités disponibles pour nicher due à la disparition d’une grande partie de la forêt linéaire et la disparition de nombreux vieux vergers.
Comme pour d’autres espèces supportant mal les nouvelles techniques agricoles, le Moineau friquet est dans une situation inquiétante sur les marges de son aire de répartition.
Une évolution du paysage de la campagne comprenant la réduction des intrants, la plantation de haies l’entretien de celles existantes et le retour à une mosaïque de milieux laissant leur part aux marges en friches ou en herbe, l’installation de nichoirs, à l’instar de ce qui a été fait dans certaines régions pour la Chevêche, semblent indispensable pour enrayer un déclin qui pourrait conduire à la disparition complète d’une espèce autrefois commune en Normandie.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Moineau friquet, période de reproduction et d’hivernage.
