Upupa epops
Espèce protégée
Nicheur (150 couples) ; migrateur rare
Statut en Europe et en France
Espèce du Paléarctique tempéré et subtropical, la Huppe fasciée est absente du nord de l’Europe, et se trouve en France en limite septentrionale de répartition. C’est l’Espagne qui a la plus forte population européenne, avec près d’un million de couples. Un déclin marqué, déjà amorcé la fin du XIXe siècle, a été constaté à travers toute l’Europe depuis quelques dizaines d’années. La Huppe a ainsi disparu, au fil du XXe siècle, de plusieurs pays tempérés, tels que la Belgique et les Pays-Bas.
En France, le déclin de l’espèce a été net à partir des années 1970, essentiellement sur la marge nord de son aire de nidification. A l’heure actuelle, la population européenne est considéré comme stable et la population française en légère augmentation. On peut émettre l’hypothèse que le réchauffement climatique a pu aider à enrayer le déclin de l’espèce.
Statut en Normandie
Nicheur rare, la Huppe fasciée a une distribution éclatée en Normandie : zone au sud de Lisieux (frontière entre le Pays d’Auge et le Pays d’Ouche), marais de la Dives et baie d’Orne pour la Basse-Normandie et Pays d’Ouche, Pays-de-Bray pour la Haute-Normandie. L’Orne et le sud du Calvados rassemblent l’essentiel des effectifs. Ailleurs, la présence de l’espèce est très sporadique. La population dunaire du Cotentin a pratiquement disparu.
La Huppe fasciée a disparu comme nicheuse en Haute-Normandie à la fin des années 1990. Ce n’est que très récemment que l’on a constaté son retour : un ou deux couples ont été découverts en haute vallée de la Risle dans le département de l’Eure à partir de 2007, et un autre couple s’est reproduit dans le Pays-de-Bray à partir de 2008, attestant un retour très timide de l’espèce dans la partie orientale de la région.
Par ailleurs, notre base de données indique des mentions de plus en plus fréquentes de migrateurs printaniers (mars à mai), un peu partout dans la région. Cette progression est à surveiller, car l’effet positif du réchauffement climatique pour cette espèce méridionale pourrait être annihilé rapidement si des modifications favorables n’avaient pas lieu dans les modes de production agricole.
L’observation en hiver reste exceptionnelle (un individu a séjourné à Poses presque trois semaines en janvier 2004).
Pour la Haute-Normandie, Olivier indiquait en 1938 : « Nichait communément dans notre région jusqu’à la fin du siècle dernier, mais depuis, de plus en plus rarement, les vieux arbres dans les haies vives ayant pour la plupart disparu, et peut-être aussi pour d’autres raisons mal connues. Comme dit ci-dessus, cet oiseau se reproduit encore régulièrement en certaines localités (forêt de Mauny, landes d’Anneville, campagne du Neubourg, pays d’Ouche) ».
Écologie et habitat
Espèce thermophile, la Huppe évite les milieux humides et les régions très arrosées. Elle niche dans des milieux à la fois ouverts et arborés, avec une végétation au sol rare ou clairsemée, où elle attrape de gros insectes ou leurs larves. Il lui faut des cavités pour nicher, dans des arbres essentiellement, plus secondairement dans des trous de murs ou des terriers de lapins. Les huppes européennes hivernent pour la plupart en Afrique subsaharienne, et nous reviennent dès la mi-mars, pour repartir entre août et octobre.
Conservation
Il est probable que les changements considérables survenus dans les pratiques agricoles depuis l’après-guerre sont grandement responsables du déclin de la Huppe fasciée : arrachage des haies et des vergers, traitements insecticides, retournement des prairies, diminution des bordures herbeuses des champs, arboriculture, boisement spontané des coteaux secs du fait de la déprise agricole (arrêt du pâturage par les ovins). Les conditions d’hivernage, avec les sécheresses et l’augmentation des traitements insecticides ne sont sans doute pas en reste, tout particulièrement la lutte contre les criquets. Le retour d’une agriculture extensive respectueuse de l’environnement, avec le maintien d’arbres âgés comportant des cavités est un impératif si l’on veut voir revenir la Huppe, tout comme les espèces qui utilisent les mêmes types de milieux (Torcol, Moineau friquet). L’interdiction de la dieldrine, insecticide organochloré utilisé contre les criquets ravageurs d’Afrique, survenue il y a quelques années, va peut-être améliorer un peu la situation, à condition que les produits de remplacement soient moins délétères pour la Huppe comme pour les autres vertébrés. Quant à la carence en cavités de nidification, elle pourrait être, au moins momentanément, palliée par la pose de nichoirs dans certains sites favorables.
Si l’espèce semble amorcer un retour dans la région, dû peut-être au réchauffement climatique, on est encore loin de la situation qui existait en Normandie dans la première moitié du XXe siècle.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national de la Huppe fasciée, période de reproduction et d’hivernage.
