Galerida cristata
Espèce protégée
Nicheur sédentaire rare (50 couples)
Statut en Europe et en France
Présent dans une grande partie de l’Europe, le Cochevis huppé est en déclin dans la partie nord de sa distribution. Ses bastions européens sont dans les régions du Sud : Espagne, Bulgarie, Italie et Roumanie.
Espèce des steppes sèches méditerranéennes, il a connu une phase d’expansion marquée du milieu du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle. Il atteint alors les frontières scandinaves. Depuis, il n’a cessé de reculer. La population hollandaise est ainsi passée de plusieurs centaines de couples à moins de 20 aujourd’hui.
En France, l’évolution est similaire à celle constatée ailleurs en Europe. Si le Cochevis huppé subsiste encore une partie des plaines du pays (centre-ouest, Midi-Pyrénées, zone méditerranéenne, Champagne) il est noté en déclin presque partout. Ainsi, sur la frange nord-ouest de sa répartition, il a quasi déserté la Bretagne et est devenu très localisé en Normandie. Il semble même diminuer dans le midi méditerranéen et vient de disparaître de Lorraine. Une petite population existe encore sur les côtes picardes et du Nord-Pas de Calais.
Statut en Normandie
Le Cochevis huppé existe en Normandie seulement dans le département de l’Eure, les indices connus au début des années 80 dans l’Orne, le Calvados et la Seine-Maritime ayant disparu depuis le début des années 2000. Olivier en 1938 considérait « l’alouette Cochevis » comme « commune et sédentaire. Se reproduit dans nombre de localités, plaines sèches et caillouteuses ». Le Cochevis est présent aujourd’hui dans le sud-est de l’Eure ou subsiste une petite population. Elle se concentre dans la plaine de Saint-André-de-l’Eure et d’Évreux, agglomération comprise, ainsi que sur le plateau du Neubourg. Une autre petite population existait au moins jusqu’aux années 90 dans les zones industrielles de la vallée de la Seine de Vernon à Tourville-la-Rivière en prolongement de la population francilienne, nettement plus étoffée. Cette population a disparu aujourd’hui aussi bien du côté normand que francilien, et le plateau du Vexin normand est déserté depuis longtemps. Le déclin est donc manifeste et s’accentue encore aujourd’hui comme en témoigne la forte régression de l’espèce dans l’agglomération d’Évreux et l’ensemble du département de l’Eure ces dernières années. L’espèce est ainsi au bord de l’extinction en Normandie.
Écologie et habitat
Dans l’avifaune française, le Cochevis a cette particularité d’avoir manifestement modifié son milieu de vie de manière tout à fait remarquable au cours de ce siècle. Il est ainsi passé en maintes régions des plaines sèches, caillouteuses, avec des secteurs de friches (milieu qui n’est pas sans rappeler celui de l’Oedicnème criard) aux villes où il retrouve des terrains dénudés et arides (zones industrielles, abords des voies ferrées, parkings de supermarchés, cours d’école, aérodromes…). Cette évolution montre bien ses facultés d’adaptation; il faut toutefois noter que même en campagne, il a toujours apprécié la présence de l’homme, son occupation traditionnelle des cours de ferme le démontrant bien. Dans le nord de la France, il a ainsi quasi déserté la campagne pour ne subsister qu’en ville. Ce phénomène est nettement moins marqué dans le sud de sa répartition.
Dans le département de l’Eure, si l’oiseau habite encore la campagne où il utilise les voies ferrées, carrefours, cours de ferme et particulièrement les silos, il devient de plus en plus urbain.
Il pond ses quatre œufs en avril et fait normalement une deuxième ponte en juin ou début juillet. Manifestement très sédentaire, le Cochevis se manifeste par le chant tôt en saison, souvent dès fin février. Sa nourriture est en grande partie végétale, mais l’espèce doit consommer une part non négligeable d’insectes pour l’élevage des jeunes.
Conservation
Dans un premier temps, l’espèce a certainement bénéficié du réchauffement climatique après la petite période glaciaire (du milieu du xiiie siècle au milieu du XIXe), lui permettant de survivre en hiver bien au nord de sa répartition d’origine.
Mais on peut aussi penser qu’il y a eu conjonction de phénomènes climatiques et anthropiques : ouverture des milieux, modification de l’agriculture laissant plus de place aux cultures, ouverture de voies de communication rapidement colonisées par l’oiseau et qui ont peut-être servi de couloir de peuplement. Ensuite, les modifications radicales de l’agriculture, son intensification, la réduction des potentialités alimentaires suite aux traitements chimiques ont probablement conduit au recul rapide du Cochevis huppé, amorcé dès la fin des années trente et amplifié dans les années soixante. Le déplacement alors vers les zones urbaines a permis à l’oiseau d’éviter un recul de la nouvelle aire de répartition.
Si en France, le Cochevis a peu ou prou pu maintenir cette aire de répartition en s’adaptant au milieu urbain, on peut être inquiet pour l’avenir de l’espèce tant ces implantations nouvelles sont instables et précaires et dans un contexte de déclin généralisé en campagne. En effet, J. Garoche note à juste titre que ces habitats « conservent un intérêt pour le Cochevis tant qu’un juste équilibre demeure entre les zones aménagées et celles où subsiste de la végétation. Le Cochevis huppé des banlieues sera donc condamné à se déplacer au fur et à mesure de la densification des constructions ».
Les modifications récentes des aménagements dans les zones périphériques des agglomérations (réhabilitation de l’espace, aménagements des friches) pourraient bien ainsi augurer une nouvelle phase de déclin, peut-être déjà amorcée, comme semble l’indiquer la baisse marquée des effectifs en Nord-Pas-de-Calais et en Normandie. Tout espoir n’est cependant pas interdit, mais l’avenir de l’Alouette huppée dépendra de la capacité des associations de protection de la nature de négocier le maintien de ces milieux « marginaux et non rentables » que sont les friches, tant urbaines que rurales, réservoirs d’une biodiversité mal connue. Il convient aussi de signaler l’important risque de confusion avec l’Alouette des champs par les chasseurs.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Cochevis huppé, période de reproduction et d’hivernage.
