Anas acuta
Nicheur très rare et irrégulier (5 couples) ; hivernant assez rare
Statut en Europe et en France
Nicheur dans tout l’Holarctique polaire et tempéré, le Canard pilet n’a qu’une faible proportion de ses effectifs mondiaux en Europe occidentale. La Finlande est son principal bastion européen, le reste de la population du continent étant disséminée essentiellement de l’Est de l’Angleterre à l’Europe centrale. Les effectifs nicheurs sont considérés en déclin global en Europe, particulièrement dans l’est et le centre du continent.
En France, quelques couples nichent de façon très dispersée et inconstante. Lors de la migration prénuptiale, notre pays voit passer dans ses frontières au moins le tiers des nicheurs européens et une partie des nicheurs de l’Asie occidentale ; la migration postnuptiale est plus diffuse. Les oiseaux qui hivernent chez nous sont des nicheurs du Paléarctique occidental Nord. Ils se concentrent en hiver dans certaines grandes zones humides des Iles Britanniques, des Pays-Bas, de la Belgique et de la France, où 10 000 à 15 000 oiseaux hivernent chaque année. Des mouvements vers l’Ouest et le Sud sont notés lors de coups de froid.
Le Canard pilet est considéré comme Vulnérable dans la liste rouge des oiseaux nicheurs de l’Union européenne (UICN).
Statut en Normandie
Le Canard pilet se reproduit de temps en temps en Normandie, surtout dans les marais de Carentan, un des seuls sites français de reproduction de cette espèce, et occasionnellement dans l’estuaire de la Seine ou sur d’autres zones humides de la région. Ces reproductions concernent des couples isolés et les sites ne sont pas occupés de manière pérenne.
C’est un hivernant assez rare, localisé sur quelques sites littoraux seulement (quelques centaines d’individus au total) : Baies de Seine, d’Orne, des Veys et du Mont-Saint-Michel. C’est aussi un migrateur, surtout noté lors du passage prénuptial (plusieurs centaines d’individus sur les sites favorables du littoral) dès le mois de mars. Il en présent en certains sites de l’intérieur comme la boucle de Poses (quelques dizaines d’individus).
Pour la Haute-Normandie, Olivier notait en 1938 : « Migrateur régulier à son double passage et beaucoup plus commun à celui du printemps qu’à celui d’automne ».
Écologie et habitat
Pour nicher, le Canard pilet a besoin d’un milieu ouvert, humide, avec des eaux stagnantes peu profondes, pas forcément étendues. Il utilise pour se nourrir les prairies pâturées extensivement et régulièrement inondées et les fossés humides riches en végétation. Le nid est construit dans la végétation. Son régime alimentaire est constitué d’invertébrés et de végétaux.
Le Canard pilet est un migrateur qui hiverne surtout en Afrique tropicale, dans une moindre mesure en Europe méridionale et dans le nord-ouest de l’Europe, qui en retient quelques milliers. Il se concentre alors dans les marais côtiers et les vasières et, dans une moindre mesure dans les étendues d’eau intérieures. La migration prénuptiale débute dans la troisième décade de janvier et augmente jusqu’à la fin du mois ; la migration postnuptiale débute courant juillet pour culminer en octobre-novembre.
Conservation
La disparition des zones humides favorables, principalement en arrière du littoral, est la première cause de régression pour cette espèce ; ainsi, plantations de peupliers, mise en culture (maïs), contrôle inapproprié des niveaux d’eau, aménagements cynégétiques (gabions), remblaiement et urbanisation, compromettent les haltes migratoires prénuptiales des futurs nicheurs, ainsi que l’installation de ceux-ci.
En Haute-Normandie, les aménagements portuaires dans l’estuaire de la Seine ont eu également, en plus des effets de la construction du Pont de Normandie, un impact négatif sur la quantité et la qualité des vasières utilisées par le pilet pour se nourrir. La chasse détruit dans l’estuaire de la Seine nombre de migrateurs lors de leurs haltes nocturnes tout en compromettant le repos et la quête alimentaire de ceux qui échappent aux tirs, et ce tout particulièrement lors du retour vers les sites de reproduction. De plus, une ouverture de la chasse avant début septembre peut affecter (par tir ou dérangement) la survie d’oiseau encore incapables de voler.
Les actions à mener consisteront à maintenir les zones humides favorables au Canard pilet, et à les gérer de façon adaptée : limitation drastique de la populiculture, de la maïsiculture, des aménagements industriels, routiers ou touristiques, des gabions, gestion extensive des prairies humides (fauche tardive, pâturage limité), prairies inondées en hiver et nappe affleurante au printemps.
Compte tenu de son statut européen et national, le Canard pilet devrait être retiré de la liste des espèces chassables.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Canard pilet, période de reproduction et d’hivernage.
