Barge à queue noire

Limosa limosa

Nicheur très rare (2 couples) ; migrateur assez rare et hivernant rare

Statut en Europe et en France

Deux sous-espèces nichent en Europe, qui diffèrent surtout par leur biologie : l. l. islandica en Islande, et l. l. limosa de l’Europe occidentale à la Russie, une troisième sous-espèce nichant en Sibérie. La population européenne est globalement en déclin, depuis la fin des années 1960. Son principal bastion se situe aux Pays-Bas, suivi par la population islandaise.

Ce n’est qu’en 1936 que la nidification de l’espèce est avérée dans notre pays, en Vendée, département qui reste le bastion français de l’espèce. La Barge à queue noire niche sur le littoral atlantique, très localement cependant, ainsi que dans la Dombes, seul site intérieur régulier. La sous-espèce nominale (l.l. limosa) hiverne surtout de l’Espagne à l’Afrique, et la sous-espèce islandaise hiverne dans les Iles Britanniques et sur le littoral ouest de la France.

La Barge à queue noire  est considérée comme Vulnérable dans la liste rouge des oiseaux nicheurs de France, comme Quasi menacée comme hivernante et Vulnérable comme migratrice, comme Vulnérable dans la liste rouge des oiseaux nicheurs d’Europe et comme En danger dans la liste rouge des oiseaux nicheurs de l’Union européenne (UICN).

Statut en Normandie

La Barge à queue noire s’est reproduite en Normandie à partir des années 70 dans les marais de Carentan (Manche) et l’estuaire de la Seine. Seuls quelques couples sont concernés et la petite population des marais de Carentan a maintenant disparu. Elle ne se maintient donc que dans l’estuaire de la Seine (moins de 5 couples). Pour la Haute-Normandie, Olivier la notait en 1938 : « De double passage régulier ».

Le passage migratoire prénuptial de la Barge à queue noire se fait sentir dès la fin de janvier, et jusqu’au début de mai, avec des stationnements atteignant souvent plusieurs centaines d’oiseaux dans l’estuaire de la Seine (l.l. limosa). Ce passage concerne non seulement les prairies humides de la baie de Seine (mi-mars à mi-avril surtout), mais aussi la boucle de Léry-Poses, le marais Vernier, dans l’Eure, les marais du Cotentin et du Bessin. Le passage post-nuptial, nettement moins important, est visible de juin-juillet à septembre-octobre (L.l. limosa), et concerne surtout de jeunes oiseaux issus des Pays-Bas et d’Allemagne, des oiseaux de la sous-espèce islandaise peuvent passer jusqu’en décembre, l’estuaire de la Seine retenant quelques hivernants sur ses vasières.

Mais c’est surtout la Baie du Mont-Saint-Michel et secondairement la baie des Veys (Beauguillot) qui abritent une population hivernante, de quelques centaines d’oiseaux.

Écologie et habitat

La Barge à queue noire niche dans les prairies humides, pâturées extensivement ou destinées à la fauche. A l’intérieur des terres, elle peut occuper les prairies des vallées humides ou les bordures d’étangs. C’est un nicheur colonial généralement fidèle au site de nidification.

Conservation

La destruction ou la dégradation des prairies humides est la principale menace pour la Barge à queue noire. Dans l’estuaire de la Seine, les aménagements industriels et routiers sont plus particulièrement à redouter pour l’espèce, même indirectement, par des modifications de l’hydrologie des sols. Pour l’heure la principale menace est le projet de prolongement du grand canal qui menace directement le secteur de nidification de l’espèce.

Il est aussi indispensable, pour l’espèce, que les prairies humides bénéficient d’une gestion comprenant un pâturage extensif, des fauches tardives, la tranquillité pendant la reproduction et le maintien de secteurs inondés jusqu’à la fin du printemps. Un pâturage tardif permettant de maintenir une strate herbacée à 5 centimètres de hauteur maximum jusqu’en mars est aussi une mesure importante pour l’installation des nicheurs. La chasse, si elle est pratiquée au-delà du 20 janvier environ, peut détruire des nicheurs potentiels du printemps à venir, et empêcher, du fait du dérangement, l’installation locale d’oiseaux qui pourraient être attirés par les prairies humides.

Compte-tenu du statut de conservation défavorable de l’espèce, elle devrait être inscrite sur la liste des espèces protégées.

Répartition en période de nidification (2005-2012)

Barges à queue noire dans un étant
Barges à queue noire © Photothèque LPO Normandie

Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national de la Barge à queue noire, période de reproduction et d’hivernage.