Vannellus vannellus
Espèce chassable
Nicheur migrateur assez rare (600 couples) ; migrateur et hivernant peu commun
Statut en Europe et en France
Nicheur dans presque toute l’Europe, le Vanneau huppé est absent des régions méditerranéennes, d’Islande et de l’extrême nord de la Scandinavie. Ses principaux bastions sont les Pays-Bas, la Grande-Bretagne, l’Ukraine, la Biélorussie, la Pologne et la Russie. Il décline sur une large part de son aire de répartition européenne, y compris dans ses bastions.
De 1940 à 1970, la population française nicheuse de l’espèce a connu une expansion importante, mais à partir des années 1970 un déclin net et durable s’est manifesté, en particulier dans les régions parmi les plus peuplées. Ainsi, la population française, qui était estimée à 40 000 couples en 1961, a été réduite de 60 % depuis cette date. Le Vanneau huppé est un migrateur partiel, et 1,5 million d’oiseaux issus du nord et de l’est de l’Europe passent l’hiver dans notre pays, donnant à celui-ci une importance internationale pour l’hivernage de l’espèce. Un déclin du nombre d’hivernants se fait sentir actuellement en France. En cas de vague de froid, le nombre de vanneaux peut augmenter notablement dans l’ouest de notre pays. Plusieurs millions de vanneaux transitent par la France en période migratoire.
Le Vanneau huppé est considéré comme Vulnérable dans les listes rouges des oiseaux nicheurs de l’Europe, de l’Union européenne et en France.
Statut en Normandie
Les bastions normands du Vanneau huppé sont situés dans les prairies humides de la basse vallée de la Seine et dans les marais de Carentan. Il y niche çà et là, de façon isolée ou en petites colonies lâches. Depuis le début des années 1980, la population nicheuse normande a été pratiquement divisée par trois, et diminue encore, bien que plus modérément maintenant. Dans l’estuaire de la Seine, le nombre de couples nicheurs a diminué de 70 % depuis 1984. En dehors de ces bastions le Vanneau huppé se reproduit dans les marais de la Touques et de la Dives (Calvados) ainsi qu’en vallée de la Seine où il était présent dans une dizaine de sites en amont de Rouen jusqu’au début des années 1980 contre deux ou trois sites seulement désormais.
La région normande est une zone importante pour l’hivernage de l’espèce, l’essentiel des oiseaux se tenant à cette période dans les cultures intensives, où l’on peut voir des groupes de plusieurs centaines, voire milliers d’individus, souvent accompagnés de pluviers dorés.
Pour la Haute-Normandie, en 1938, Olivier considérait le Vanneau huppé comme « Migrateur régulier et commun, le Vanneau huppé se montre parfois en nombre considérable, surtout en Basse-Seine et à l’estuaire. Niche en plusieurs endroits humides ou marécageux (marais d’Anneville-sur-Seine, de Duclair) et aussi dans les landes sablonneuses de Mauny ».
Écologie et habitat
Pour nidifier, au sol, le Vanneau recherche des lieux dégagés, préférentiellement humides ou proches de l’eau. Son milieu de prédilection est la prairie pâturée extensivement, certains couples pouvant s’installer au bord d’étangs. Les milieux de cultures tardives retiennent un certain nombre de couples du fait de la nudité du sol au moment de la ponte. Cette adaptation aux champs cultivés (maïs, pois et betterave) explique l’expansion de l’espèce après la dernière guerre, période qui a vu un essor considérable de la culture du maïs, dans lequel le Vanneau s’installe volontiers, mais où les nichées ont un taux d’échec incompatible avec le maintien des populations. Les oiseaux qui nichent chez nous s’installent sur les sites de nidification à partir du milieu du mois de février, les premières pontes étant déposées vers la mi-mars et les dernières en juin, voire juillet. Il peut y avoir jusqu’à 4 ou 5 pontes dans la saison en cas d’échecs répétés, une nichée réussie n’étant jamais suivie d’une autre ponte. Les poussins sont nidifuges, c’est-à-dire qu’ils quittent le nid juste après l’éclosion, pouvant même parcourir des distances de plusieurs centaines de mètres, sous la surveillance de leurs parents, pour trouver couvert végétal et nourriture. Le régime alimentaire du Vanneau est constitué de vers de terre et d’insectes.
Les vanneaux qui hivernent en Normandie sont surtout originaires des Pays-Bas, de Belgique et de Grande-Bretagne. La migration prénuptiale commence à se faire sentir dès la fin du mois de janvier en l’absence de coup de froid, et culmine en février pour s’estomper début avril. Des regroupements post-nuptiaux s’observent dès la fin de mai et des mouvements commencent alors à être visibles, mais c’est à partir de début octobre que la migration se manifeste avec le plus d’ampleur, avec l’arrivée des oiseaux nordiques et orientaux.
Conservation
La diminution des surfaces en prairies est la principale cause du déclin de l’espèce dans la région, la réussite (insuffisante) des pontes déposées dans les champs de maïs ne faisant que ralentir le déclin d’une espèce ne trouvant plus les milieux vraiment adaptés à sa biologie. Un redéploiement du pâturage extensif, une gestion adaptée des prairies humides et des bordures de certains étangs sont indispensables pour enrayer le déclin du Vanneau. Ceci aurait, comme avantage supplémentaire de favoriser la reproduction d’autres espèces, en particulier limicoles et canards, du fait de l’agressivité du Vanneau envers les prédateurs d’œufs ou d’oisillons. En ce qui concerne la nidification dans les cultures, la nécessité pour le Vanneau d’avoir à sa disposition des espaces pourvus d’une végétation suffisamment haute pour cacher et nourrir ses oisillons, implique que la protection de l’espèce passe aussi par le retour à une polyculture, qui avait favorisé son expansion dans les années d’après-guerre.
Une autre cause importante du déclin du Vanneau est la chasse. Il était estimé au début des années 1980, que 1 350 000 vanneaux étaient tirés en France annuellement, dont une part importante en Normandie. A la fin des années 1990, ce chiffre était de 436 000, soit une division par trois en 15 ans, élément qui reflète une diminution importante de la population migratrice ou hivernante, et donc de la population européenne globale, le nombre des chasseurs n’ayant que peu diminué depuis. Espèce chassée ne faisant pas l’objet de lâchers de tir ou de repeuplement, c’est l’une de celles qui subit les prélèvements les plus importants.
Enfin, et peut-être surtout, la fermeture de la chasse au gibier d’eau est actuellement beaucoup trop tardive, car elle perturbe considérablement l’installation des nicheurs et son ouverture en août est probablement tout aussi néfaste pour les oiseaux qui ne sont pas encore autonomes. Une fermeture de la chasse au plus tard fin janvier, et une ouverture repoussée au début de septembre, ainsi que la mise en place de plans de chasse afin de contrôler les prélèvements effectués, sont des mesures indispensables à prendre pour enrayer son déclin à l’échelle européenne. La France a, dans ce domaine, une importante responsabilité du fait que ces prélèvements se font surtout aux dépens d’oiseaux d’origine étrangère. Eu égard à son statut de conservation défavorable en Europe, le Vanneau huppé devrait être retiré de la liste des espèces chassables.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Nidification
Quelques centaines de couples sont présents en Normandie.
Fréquence sur les échantillons prospectés
| Haute-Normandie en 2017 | Haute-Normandie en 2019 | Normandie |
| 6 | 4 | 6 (92ème rang) |
L’enquête fait apparaître une nette diminution en Haute-Normandie entre les deux sessions.
Période internuptiale
Ce sont certainement quelques dizaines de milliers d’individus au total qui hivernent dans la région.
Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 7 | 15 | 27 | 23 | 17 | 24 |
Les fréquences notées pendant l’enquête indiquent un maximum lors de la période hivernale, de novembre à février.
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 13 | 18 | 26 | 24 | 20 | 21 |
Notre base de données indique une situation similaire à celle de l’enquête.
| Haute-Normandie en 2007 | Haute-Normandie en 2019 |
| 25 | 18 |
La fréquence du Vanneau huppé a baissé de 28 % entre les deux sessions de l’enquête en Haute-Normandie.
Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie
La localisation et la concentration de l’espèce ne permettent pas d’évaluer les effectifs hivernants dans la région par notre méthode d’échantillonnage.
Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Vanneau huppé, période de reproduction et d’hivernage.
