Sarcelle d’hiver

Anas crecca

Espèce chassable

Nicheur très rare (20 couples) ; hivernant peu commun

Statut en Europe et en France

La Sarcelle d’hiver se reproduit dans la plus grande partie de l’hémisphère nord, les nicheurs européens (qui occupent la moitié nord du continent) hivernent essentiellement dans les pays bordant la mer du Nord au sud-ouest de l’Europe. La densité des couples nicheurs augmente des latitudes moyennes vers le nord. La tendance évolutive des populations de l’espèce sur le long terme est difficile à cerner du fait des difficultés rencontrées pour recenser cet oiseau discret en nidification, et de l’inconstance de la disponibilité en sites de reproduction (en raison de ses exigences écologiques) ainsi que de la grande variabilité de la mortalité hivernale. Dans la plupart des pays, un déclin semble se dessiner, en particulier dans son bastion finlandais. Elle est ainsi considérée comme en déclin dans l’Union européenne.

La population française de la Sarcelle d’hiver est localisée essentiellement à la moitié nord-ouest du pays, mais elle est très dispersée et mouvante selon les conditions écologiques. Cette population est toutefois extrêmement marginale et ne concerne que quelques centaines de couples au maximum.

La tendance générale au déclin des nicheurs n’empêche pas les hivernants, issus en partie d’Asie occidentale, d’être considérés en augmentation numérique dans notre pays. Ceux-ci sont été estimés à une moyenne de 110 000 oiseaux sur la période 1997-2010. La France est également un lieu de passage important pour les Sarcelles qui hivernent plus au sud.

La Sarcelle d’hiver est considérée comme Vulnérable dans la liste rouge des oiseaux nicheurs de France (UICN).

Statut en Normandie

En Normandie des indices de nidification pour la Sarcelle d’hiver ne sont recueillis que certaines années et ne concernent que de rares couples, après que notre région ait vu sa population nicheuse chuter nettement depuis le milieu du XXe siècle.

En hiver, elle est encore relativement commune, les principaux sites d’hivernage étant la baie des Veys, les ballastières de la vallée de la Seine et de l’Eure, l’estuaire de la Seine et le secteur du Marais Vernier, les marais des basses vallées de la Dives et  de la Touques, et la baie du Mont-Saint-Michel.

Pour la Haute-Normandie, Olivier notait en 1938 : « Espèce très commune en hiver et de double passage régulier. Se reproduit en de nombreux points comme l’espèce précédente (le Canard colvert, ndr) ».

Écologie et habitat

La Sarcelle d’hiver s’installe, pour nicher, dans toute sorte de site comprenant de l’eau stagnante de faible niveau bordée d’une végétation émergente dense, aussi bien à l’intérieur des terres que sur le littoral. Les lieux plutôt ouverts sont préférés, même si des mares forestières sont parfois utilisées pour la nidification. Les sites artificiels comme les bassins de décantation ou les carrières peuvent l’accueillir, pour peu que les conditions soient remplies. Le nid est construit généralement au sol, près de l’eau, bien caché dans la végétation.

La migration prénuptiale débute à la fin de janvier et les pontes s’étalent de mars à juillet. L’envol des jeunes a lieu 53 jours après la ponte, soit jusqu’en septembre. La mue des rémiges, qui a lieu juste après la reproduction et près du lieu de celle-ci, empêche les sarcelles de voler. Les oiseaux nichant en France sont généralement sédentaires. En cas de coup de froid, les hivernants s’en vont vers des régions plus clémentes, ce qui explique l’irrégularité numérique de l’hivernage dans notre pays. En migration, c’est surtout la façade maritime qui voit passer les Sarcelles d’hiver, dès la fin d’août, les hivernants arrivant essentiellement en novembre.

La Sarcelle d’hiver est essentiellement végétarienne, mais son alimentation comprend une grande proportion d’invertébrés en dehors de l’hiver. Elle se nourrit surtout la nuit. Si elle recherche les milieux aquatiques littoraux pour se nourrir, elle a besoin de dortoirs dans des bois proches des zones de gagnage, qu’elle choisit ensuite souvent pour nicher. Les lieux d’alimentation sont des  zones inondées de faible profondeur.

A l’instar du Héron cendré, c’est un ardéidé arboricole au moment de la nidification, bien qu’elle puisse localement nicher au sol. Les pontes (3 à 5 œufs) ont lieu en avril et mai. Les jeunes seront émancipés deux mois plus tard.  Elle se nourrit de poissons, d’amphibiens, mais aussi de larves, de mollusques, d’insectes.

Conservation

Il est évident que la dégradation ou la disparition des zones humides ne peut que nuire à la Sarcelle d’hiver, même en période postnuptiale où les oiseaux utilisent beaucoup les prairies humides pour se nourrir. La chasse est aussi un très gros facteur limitant pour ce canard de surface, puisque les prélèvements dont il fait l’objet viennent au deuxième rang après le canard colvert dans notre pays. En effet, il a été montré que les Sarcelles d’hiver ne vivaient en moyenne que deux ans tant la pression cynégétique est importante pour elles, faisant probablement du tir la première cause de mortalité de l’espèce. Une enquête effectuée par l’Office national de la chasse durant la saison 1998-99 a montré que les tableaux de chasse avaient progressé pour cette espèce depuis l’enquête précédente de 1983-84. A l’échelle de la France, 8 % des Sarcelles tuées l’ont été en juillet-août, et 5 % en février. Autrement dit, 13 % des Sarcelles tuées le sont durant la période de reproduction, durant laquelle la chasse est illégale selon la directive Oiseaux. La chasse est également un facteur de destruction indirecte, par le dérangement des sites de nidification. Bien entendu, la pollution des milieux humides par les plombs de chasse touche aussi la Sarcelle d’hiver, ainsi que plusieurs études l’ont montré.

Seule une prise en compte de l’importance des milieux humides tranquilles et de haute qualité écologique pourra favoriser la Sarcelle d’hiver en nidification avec le respect de l’interdiction de la chasse en période de reproduction. Il faut également que les hivernants et les migrateurs puissent trouver des zones pour se reposer et s’alimenter qui soient, à la fois, non chassées et disposant d’une richesse trophique suffisante.

Au vu du statut européen, cette espèce devrait dorénavant être retirée de la liste française des espèces chassables.

Répartition en période de nidification (2005-2012)

Sarcelle d'hiver mâle
Sarcelle d’hiver mâle © Yves Leveau

Nidification

La Sarcelle d’hiver est ainsi en danger critique d’extinction en Normandie en tant que reproducteur. Elle est surtout présente dans les marais du Cotentin et du Bessin et de l’ordre de quelques dizaines de couples au maximum.

Période internuptiale

En hiver, elle est encore relativement commune.

Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
211542
Fréquence (%) par mois sur les échantillons prospectés

Si les fréquences notées sur nos échantillons sont faibles, elle est notée régulièrement sur les échantillons, surtout au cœur de l’hiver.

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
81012111311
Fréquence (%) par mois d’après les fiches de relevés

Notre base de données indique un pattern d’apparition similaire.

Haute-Normandie en 2007Haute-Normandie en 2019
NA2
Fréquence sur les échantillons prospectés (%) au cours des enquêtes précédentes

Notre base de données indique un pattern d’apparition similaire.

Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national de la Sarcelle d’hiver, période de reproduction et d’hivernage.