Hibou des marais

Asio flammeus

Espèce protégée

Nicheur très rare et irrégulier (1 couple) ; hivernant assez rare

Statut en Europe et en France

En Europe, c’est de la Fennoscandie au nord de la Grande-Bretagne, en passant par le nord des Pays-Bas et de l’Allemagne, que le Hibou des marais niche régulièrement et que se concentre la majorité de la population. La distribution de l’espèce est ailleurs nettement sporadique et souvent irrégulière.

En France, le Hibou des marais est en limite de répartition. Notre pays n’est occupé que par quelques dizaines de couples en Champagne, centre et centre-ouest du pays, surtout dans le Marais breton. C’est un hivernant assez rare (moins de 1 000 individus), concentré dans les mêmes régions que celles où il se reproduit.

Le Hibou des marais est considéré comme Vulnérable dans la liste rouge des oiseaux nicheurs de France (UICN).

Statut en Normandie

Le Hibou des marais a niché de façon certaine, mais très épisodiquement, dans l’estuaire de la Seine et au marais Vernier dans les dernières décennies (1975, 1976, 1984) et peut-être en 2004. Ces nidifications correspondent à des années de pullulation du campagnol des champs, une de ses proies favorites. Il s’est aussi reproduit occasionnellement en fin de XXe siècle dans les marais du Bessin et en 2005 en baie du Mont-Saint-Michel.

Il est par contre régulièrement observé en hiver et en migration, ça et là dans la région, surtout dans les grandes baies littorales et les marais du Cotentin. Il occupe aussi annuellement les landes à ajoncs des monts du Cotentin et les dunes de la côte ouest du département de la Manche.

Pour la Haute-Normandie, Olivier notait en 1938 : « Migrateur régulier à son double passage, en nombre très variable. S’est peut-être reproduit dans certaines landes et marais de la vallée de la Seine, mais il n’y a de cela aucune certitude à notre connaissance ». De leur côté, Pennetier en 1898 et Gadeau de Kerville en 1890 ne connaissaient le Hibou des marais que comme un hivernant.

Écologie et habitat

La fluctuation des effectifs nicheurs du Hibou des marais est liée à l’abondance des micromammifères, au premier rang desquels se trouvent les campagnols. Lors des années d’abondance, qui reviennent périodiquement, les effectifs et le rendement de la reproduction sont élevés dans l’aire habituelle de l’espèce. Lors des mauvaises années, les oiseaux s’en vont nicher dans des régions habituellement non occupées, où les campagnols abondent. Le nid est construit à même le sol dans un site ouvert souvent humide, qui peut être une friche, une lande ou un champ cultivé.

La présence de l’espèce, comme migrateur, hivernant ou même nicheur, est très liée à celles des friches et landes, aussi bien en zone agricole que dans les secteurs humides.

Migrateur, le Hibou des marais hiverne généralement du bassin méditerranéen à l’Afrique subsaharienne. Quelques oiseaux restent néanmoins dans nos pays, fréquentant essentiellement les milieux ouverts côtiers de l’ouest de la France comme ceux qui existent dans l’estuaire de la Seine. Ils peuvent aussi hiverner dans les plaines cultivées de l’intérieur. Les effectifs hivernaux peuvent notablement augmenter lors de coups de froid dans les pays situés plus au nord. Des dortoirs de plusieurs oiseaux sont parfois rencontrés.

Conservation

Les populations orientales de l’Europe souffrent beaucoup de la disparition des zones humides et de l’intensification de l’agriculture. Plus généralement, l’assèchement des zones humides au profit de cultures comme le peuplier ou le maïs, privent non seulement l’oiseau de son milieu de nidification, mais compromettent aussi l’abondance des proies. Certains aménagements urbanistiques, industriels ou touristiques ont fait disparaître des secteurs favorables. La déprise agricole laisse les milieux se fermer, et le tir est sans doute un problème en maints endroits, de même que les appâts toxiques pour les rongeurs, qui empoisonnent les hiboux. Tous ces problèmes peuvent concerner la Normandie. Il conviendrait que nombre de milieux humides voués actuellement à l’agriculture intensive retrouvent leur caractère traditionnel, et que les secteurs favorables (friches et landes) fassent l’objet d’une protection avec une gestion adaptée. Il faut en particulier interdire la chasse dans de tels lieux, où l’espèce est parfois susceptible de nicher très tôt en saison (dès janvier en cas d’abondance de proies). Les produits anti-rongeurs devraient aussi être supprimés. Enfin, l’aménagement des secteurs routiers meurtriers pour les rapaces nocturnes devrait être systématique pour éviter les collisions.

Répartition en période de nidification (2005-2012)

Hibou des marais posé sur un poteau de clôture
Hibou des marais © Guillaume Grège

Nidification

Deux indices de nidification sont signalés dans le nouvel atlas des oiseaux nicheurs de France (2009-2012) dans l’estuaire de la Seine toujours et en baie des Veys (Manche).

Période internuptiale

Le nombre d’individus observé est très variable suivant les hivers, de quelques unités à plusieurs dizaines.

Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
NANA1NA1NA
Fréquence (%) par mois sur les échantillons prospectés

Sur les échantillons prospectés, les fréquences sont faibles et irrégulières, ce qui est logique au vu de la rareté de l’espèce.

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
0,10,40,81,01,21,6
Fréquence (%) par mois d’après les fiches de relevés

Dans notre base de données, les fréquences notées sont également faibles avec cependant une augmentation jusqu’en février.

Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Hibou des marais, période de reproduction et d’hivernage.