Héron cendré

Ardea cinerea

Espèce protégée

Nicheur assez rare (900 couples) ; hivernant commun

Statut en Europe et en France

Le Héron cendré est présent dans presque toute l’Europe, mais il est plus localisé en zone méditerranéenne, et absent d’une grande partie de la Scandinavie. Après un déclin prononcé dû aux destructions directes volontaires longtemps pratiquées, l’espèce a connu une importante phase d’expansion dans la plupart des pays d’Europe, grâce aux mesures de protection mises en place depuis les années 70. Ses bastions européens sont en Europe moyenne : France, Allemagne et Pays-Bas. Il est cependant récemment considéré comme en déclin.

En France, sa répartition était probablement très large, si l’on en juge par le nombre de lieux-dits « héronnière » partout dans le pays. Mais, l’espèce en avait pratiquement disparu à la fin du XIXe siècle. Depuis, le Héron cendré a connu une croissance numérique importante, progression démographique allant de pair avec une progression géographique. Il est présent comme nicheur dans tout le pays aujourd’hui.

La population hivernante (oiseaux autochtones auxquels s’ajoutent des migrateurs venus du nord et de l’est de l’Europe) est d’environ 100 000 individus en France.

Statut en Normandie

Suite à l’expansion générale de l’espèce, le Héron cendré a niché d’abord en Haute-Normandie à partir de 1985, en boucle de Poses dans l’Eure. Depuis, de nouvelles colonies sont apparues en Haute et Basse-Normandie, tandis que les premières voyaient souvent leurs effectifs grossir, et l’espèce a colonisé tous les départements de la région.

Pour la Haute-Normandie, Olivier, en 1938, signalait le Héron cendré comme espèce : « commune durant l’hiver où on le voit parfois en bandes de 15 à 30 individus ; de passage en automne et au printemps. Sa reproduction en Haute-Normandie n’a jamais été signalée ».

Écologie et habitat

Le Héron cendré est un oiseau colonial qui construit son nid le plus souvent dans les arbres. Il s’installe traditionnellement dans de grandes colonies, qui ont actuellement tendance à éclater en plus petites unités, permettant aux oiseaux de diminuer le rayon de leurs zones d’alimentation, et par là même leurs dépenses énergétiques. Un grand nombre de milieux peut accueillir des colonies : bois, forêts, parcs, ripisylves, roselières avec ou sans arbres, îles… Ces nouvelles adaptations sont liées à la moindre méfiance du héron vis-à-vis de l’homme. En Normandie, ce sont souvent des bois de feuillus qui abritent l’espèce en nidification. Les hérons sont fidèles à leur colonie. Les pontes sont déposées généralement en mars, après une installation sur les sites de reproduction dès février, les jeunes s’envolent à 45 jours environ (2 à 3 par nid). Durant cette période, la recherche de nourriture peut se faire jusqu’à 40 kilomètres de la colonie. C’est à ce moment-là que la consommation de poisson est significative (surtout poissons-chats et anguilles dans l’ouest de la France). Le reste de l’année, le héron consomme surtout des micromammifères, des invertébrés et des batraciens. En dehors de la saison de reproduction, les oiseaux se dispersent jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres de leur colonie.

Conservation

Sous l’ancien régime, le Héron cendré était un gibier réservé au roi et donc quasi protégé. Mais les persécutions systématiques dont cet oiseau a été la victime depuis ont fait considérablement décliner ses effectifs. L’espèce, a été retirée de la liste des nuisibles en 1968 et a été légalement protégée à partir de 1975. Sa population augmenta aussitôt de façon importante, ainsi que le nombre de ses colonies. Cependant, depuis 1984, la progression se ralentit du fait d’une régulation naturelle liée à la territorialité et aux ressources alimentaires.

Traditionnellement mal vu des pisciculteurs et de certains pêcheurs, à l’instar des autres animaux piscivores, le Héron cendré provoque le mécontentement des premiers là où ils s’étaient habitués à vivre sans cet oiseau. Ce phénomène est en grande partie provoqué par l’expansion visible de l’espèce, et à sa familiarité croissante, ce qui en fait un bouc émissaire tout trouvé. Ainsi, le tir illégal et l’empoisonnement persistent par endroits, et la pression sur les pouvoirs publics est de plus en plus importante pour réclamer que l’espèce soit à nouveau chassable et inscrite sur la liste des nuisibles. C’est la principale menace qui pèse sur le Héron cendré.

En réalité, les dégâts qui lui sont attribués sont du registre du seul ressenti et ne sont pas fondés sur des arguments scientifiques. Plusieurs études sérieuses menées ces dernières années confirment le faible impact de la prédation due à l’espèce, tant dans les milieux naturels que dans les piscicultures, et son rôle insignifiant dans la transmission de maladies infectieuses aux poissons. Des études montrent que, notamment par la consommation préférentielle de proies malades, le Héron cendré joue un rôle positif pour l’élevage des poissons. La protection légale de l’espèce doit bien entendu être maintenue intégralement. Malgré la difficulté de convaincre les pisciculteurs qu’il n’y a pas lieu de détruire les hérons, il faut continuer à mener des études pour leur démontrer le bien-fondé de sa protection. D’autre part, il convient d’assurer le maintien des bois abritant des héronnières, ainsi que leur quiétude. Une insuffisance de protection du Héron cendré, espèce au statut précaire en Normandie de par son caractère colonial, compromettrait à coup sûr un équilibre fragile.

Répartition en période de nidification (2005-2012)

Héron cendré avec un poisson dans le bec
Héron cendré © LPO Normandie

Nidification

La population normande semble s’être aujourd’hui stabilisée en effectifs (moins d’un millier de couples) mais les colonies, près d’une cinquantaine, sont plus éclatées géographiquement, sur les zones humides et les grandes vallées de la région.

Fréquence sur les échantillons prospectés (%)

Normandie
5 (96ème rang)

Le Héron cendré a été noté sur 5 échantillons en période de reproduction, tous en Haute-Normandie.

Période internuptiale

En dehors de la saison nuptiale, l’espèce est depuis longtemps assez commune en période de migration et de dispersion (fin juin à septembre, puis février à avril) ainsi qu’en hivernage (octobre à février).

Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
403440293230
Fréquence (%) par mois sur les échantillons prospectés

On note une assez forte fréquence en automne suivie d’une baisse importante (25 %) en période hivernale.

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
434240393934
Fréquence (%) par mois d’après les fiches de relevés

Notre base de données indique une assez bonne stabilité des fréquences de septembre à janvier, avant une baisse notable en février, à l’instar des résultats de l’enquête.

Haute-Normandie en 2007Haute-Normandie en 2019
3234
Fréquence sur les échantillons prospectés (%) au cours des enquêtes précédentes

La fréquence est en légère augmentation entre les deux enquêtes en Haute-Normandie.

Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie

La forte localisation des colonies ne permet pas que l’on puisse estimer les densités et les effectifs internuptiaux par notre méthode d’échantillonnage.

Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Héron cendré, période de reproduction et d’hivernage.