Grand Cormoran

Phalacrocorax carbo

Espèce protégée

Nicheur assez rare (1 900 couples) ; hivernant commun

Statut en Europe et en France

En forte augmentation, les populations européennes du Grand Cormoran sont présentes sous deux formes : la forme littorale est présente de la Bretagne à la Somme pour la France, puis dans les Iles Britanniques et la Norvège et la forme continentale est disséminée dans le reste de l’Europe, avec deux bastions au Pays-Bas et au Danemark.

En France, Le Grand Cormoran est actuellement présent dans la plupart des zones humides, surtout dans la partie nord du pays (environ 6 500 couples continentaux et 2 000 couples sur le littoral). En période hivernale, c’est aujourd’hui environ 100 000 oiseaux qui fréquentent notre pays, en provenance surtout du Danemark et des Pays-Bas.

Statut en Normandie

La Normandie a été l’un des lieux français où le Grand Cormoran n’a jamais cessé de nicher sur le littoral, même dans la période de creux de la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, la population littorale (environ 1 000 couples en une dizaine de colonies) est présente sur des îlots (Chausey, Saint-Marcouf, la Hague dans la Manche), ou sur des falaises (Pays-de-Caux, La Hague). Cette population représente la moitié au moins de la population française littorale. L’autre élément marquant a été dans le cadre de la forte expansion de l’espèce, l’installation de colonies de la forme continentale à Poses (Eure), à partir de la fin des années 80. Depuis, cette population s’est éclatée en plusieurs colonies d’importance diverse sur l’ensemble de la vallée de la Seine, ainsi que dans l’estuaire de Seine. Ont été colonisés aussi dans le Calvados les vallées de la Dives, de l’Aure, de la Touques, la tourbière de Baupte dans la Manche et les étangs du Perche dans l’Orne. Pour l’ensemble des populations, la Normandie constitue un bastion national pour cette espèce (près d’un quart des effectifs français).

Pour la Haute-Normandie, Olivier signalait en 1938 l’espèce comme : « Nidificateur en de très nombreux points des falaises du Pays-de-Caux et migrateur régulier sur les eaux douces, est aussi résident toute l’année le long des côtes. S’est reproduit peut-être avant 1914 et durant la guerre dans de vieux arbres des îles de la Seine ». Curieusement, il attribue ces deux populations à la forme continentale et ne considère la forme littorale que « de passage le long des côtes ».

Écologie et habitat

Le Grand Cormoran de forme littorale niche en falaises ou sur des îlots tandis que la forme continentale s’installe sur des arbres en bordure d’étangs ou de ballastières.

Si les sites sont occupés dès janvier, la reproduction a lieu essentiellement en avril-mai et se termine au plus tard en août. La ponte comprend 3 à 4 œufs. L’espèce est exclusivement piscivore.

Conservation

La population nicheuse côtière de Grand Cormoran est en diminution régulière depuis la fin des années 1990, tant en Seine-Maritime que dans la Manche, ce qui fait écho à la diminution des colonies de goélands dans les milieux naturels des falaises maritimes. A l’inverse la population continentale est encore en augmentation, tant en effectifs qu’en nombre de colonies. Il en est de même des hivernants. Ainsi, le Grand Cormoran est passé de 4 000 à 100 000 hivernants en quarante ans en France. Suite à des plaintes de pisciculteurs et pêcheurs qui n’acceptent pas la concurrence, il fait l’objet de tirs sélectifs pour limiter sa population.

On ne peut que regretter une telle mesure. En effet, si l’impact économique du Grand Cormoran peut être réel dans les régions de grande pisciculture, nécessitant éventuellement des mesures d’effarouchement, voire de limitation locale d’effectifs, quel sens a une telle limitation sur l’ensemble du territoire français (dont la Normandie) et sur les milieux fluviaux, avec le risque d’impacter aussi les populations côtières (il est démontré des échanges entre les deux populations) ?

Il est indispensable de revenir à une protection intégrale de l’espèce, l’intérêt des pêcheurs ne pouvant être mis au niveau d’une activité économique essentielle à la société (et surtout ne pouvant être géré par des tirs en dehors des sites impactés) et l’impact négatif du Grand Cormoran sur la biodiversité piscicole n’étant nullement démontré.

Répartition en période de nidification (2005-2012)

Grand Cormoran au nid
Grand Cormoran © Guy Corteel

Nidification

La population littorale représente environ 1 000 couples en une dizaine de colonies, tandis que la population continentale comprend près de 1 000 couples en une dizaine de colonies.

Fréquence sur les échantillons prospectés (%)

Normandie
3 (108ème rang)

Le Grand Cormoran a été trouvé sur trois échantillons au cours des prospections sur les falaises du Pays-de-Caux et dans le Cotentin.

Période internuptiale

En période d’hivernage, le Grand cormoran est disséminé sur l’ensemble de la région, particulièrement le long de la Seine et des grandes rivières ainsi que dans les zones de marais, (quelques milliers d’individus).

Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
141716162218
Fréquence (%) par mois sur les échantillons prospectés

La fréquence du Grand Cormoran augmente légèrement mais régulièrement de septembre à janvier sur l’ensemble de la saison internuptiale lors de l’enquête, pour diminuer en février lorsque les nicheurs locaux s’installent sur les colonies et suite au départ d’une partie des hivernants nordiques et orientaux.

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
444743384138
Fréquences par mois d’après les fiches de relevés

Notre base de données montre plutôt une certaine stabilité des fréquences de septembre à janvier, puis une diminution en février, comme lors de l’enquête.

Haute-Normandie en 2007Haute-Normandie en 2019
2017
Fréquence sur les échantillons prospectés (%) au cours des enquêtes précédentes

La fréquence du Grand Cormoran a nettement baissé (- 15 %) entre les deux enquêtes de 2007 et 20019 en Haute-Normandie.

Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie

La densité et les effectifs des grands cormorans en Normandie ne sont pas évaluables par notre méthodologie d’échantillonnage du fait de la fréquence trop faible de l’espèce et de la localisation concentrée sur les zones humides.

Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Grand Cormoran, période de reproduction et d’hivernage.