Cygnus olor
Nicheur assez rare (175 couples) ; hivernant peu commun
Statut en Europe et en France
Actuellement nicheur dans les latitudes moyennes de l’Europe, le Cygne tuberculé était peut-être, avant le moyen âge au moins, une espèce naturellement sauvage en Europe. Elle aurait fait l’objet d’une domestication telle que l’existence de nicheurs réellement sauvages n’a pas été constatée avant les années 1940. Ensuite, avec le retour à la nature (volontaire ou non) d’un nombre croissant d’individus, l’apport d’hivernants étrangers restés chez nous et le nourrissage artificiel (en ville surtout), la population européenne de l’espèce s’est beaucoup étoffée.
La France a ainsi vu le nombre de couples nicheurs passer de quelques dizaines en 1970 à plusieurs centaines à la fin du XXe siècle, puis à dépasser largement le millier. Les nicheurs de France sont rejoints, surtout lors des vagues de froid, par des individus issus des pays du nord et du nord-est de l’Europe. L’augmentation des hivernants y a été plus rapide que celle des nicheurs ; l’hiver voit ainsi l’effectif de l’espèce multiplié au moins par cinq en moyenne en France, atteignant 10 000 individus.
Statut en Normandie
La Normandie n’échappe pas à l’expansion de l’espèce, d’autant plus que les plans d’eau que ce Cygne affectionne se sont multipliés avec l’exploitation des granulats. Ainsi, l’espèce s’est développée dans toutes les vallées où l’exploitation des granulats a conduit à la création de ballastières. C’est donc logiquement en Haute-Normandie que l’espèce s’est implantée ainsi que dans l’est du Calvados (vallées de la Touques, de la Dives et de l’Orne). Il est nettement plus rare ailleurs. En automne ou en hiver, il n’est pas rare de voir plusieurs dizaines d’individus dans la boucle de Poses par exemple.
Pour la Haute-Normandie, Olivier indiquait en 1938 : « Se reproduisant en quelques points de notre région à l’état semi-domestique, certains individus émigrent lorsque l’hiver est rigoureux. Des cygnes tuberculés venant d’Angleterre et d’ailleurs apparaissent alors chez nous. Il est impossible de dire, lorsqu’on examine un oiseau de cette espèce, s’il est domestique, semi-domestique ou réellement sauvage, mais cette dernière hypothèse est toujours très problématique ».
Écologie et habitat
Le Cygne tuberculé habite, en période de nidification, les rivières lentes et les plans d’eau douce ou saumâtre. Il lui faut des secteurs tranquilles de roselières pour construire son nid dans la végétation, près de l’eau, et une eau peu profonde pour se nourrir, de végétaux aquatiques essentiellement. Il niche aussi en secteur urbain. Les couples se cantonnent parfois dès décembre et des accouplements peuvent être observés dès fin janvier.
Conservation
Le Cygne tuberculé est en expansion depuis les années 1970. Du fait de son mode d’alimentation, il est menacé par l’ingestion de plomb de pêche ou de chasse, comme cela a été montré dans certains pays d’Europe. L’espèce est également très sensible à la pollution chimique, et parfois victime de collisions avec des voitures (ponts) ou des lignes à haute tension. Il convient de préciser toutefois qu’une augmentation d’effectifs artificiellement provoquée par l’homme par le nourrissage ou l’introduction d’oiseaux domestiques peut constituer une menace pour le milieu et pour d’autres espèces pouvant pâtir de l’agressivité du Cygne lors de la reproduction. Ceci est valable pour le Cygne tuberculé lui-même du fait d’une compétition excessive entre les reproducteurs et d’une sensibilité accrue à certaines maladies infectieuses du fait de la promiscuité. Il faut cependant ajouter qu’un impact négatif du Cygne tuberculé sur d’autres oiseaux d’eau n’a été démontré que localement, lorsqu’on assiste à une forte concentration de cygnes nicheurs.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Nidification
Les effectifs nicheurs restent peu élevés et localisés aux lieux, pas si courants, où existe son habitat ; il est de plus notable que la majorité des oiseaux visibles au printemps ne sont pas des reproducteurs. On estime sa population à environ 175 couples nicheurs.
Fréquence sur les échantillons prospectés (%)
| Normandie 10 (81ème rang) |
Il présente une fréquence assez faible sur nos échantillons en période de reproduction.
Période internuptiale
La période hivernale voit arriver des individus plus nordiques en nombre plus ou moins important suivant les vagues de froid. En automne ou en hiver, il n’est pas rare de voir plusieurs dizaines d’individus dans la boucle de Poses par exemple.
Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 9 | 8 | 9 | 10 | 13 | 13 |
La fréquence du Cygne tuberculé est stable au cours de la période internuptiale, avec une légère augmentation vers janvier et février.
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 20 | 14 | 18 | 15 | 23 | 20 |
On retrouve la même tendance dans notre base de données, où l’espèce est plus fréquente aux mois de janvier et février.
| Haute-Normandie en 2007 | Haute-Normandie en 2019 |
| 9 | 11 |
La fréquence du Cygne tuberculé a augmenté (+ 22 %) lors de la seconde enquête en Haute-Normandie.
Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie
Il n’est pas possible d’évaluer les effectifs normands pour cet hivernant peu commun avec notre méthode d’échantillonnage.
Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Cygne tuberculé, période de reproduction et d’hivernage.
