Numenius arquata
Espèce chassable
Nicheur rare (135 couples) ; migrateur et hivernant peu commun
Statut en Europe et en France
Espèce paléarctique, le Courlis cendré est nicheur dans l’Europe moyenne et boréale. Ses bastions sont la Finlande et les Iles Britanniques.
En France, ce limicole a une répartition discontinue, les effectifs les plus importants étant dans l’Est, le Centre-est et le Centre-ouest. Une baisse sensible des effectifs nicheurs a été constatée partout en Europe et en France. Ce déclin, qui a commencé à la fin du XIXe siècle en Europe centrale, s’est poursuivi à partir des années 1970. En France, l’hivernage concerne en moyenne 23 000 oiseaux, essentiellement sur le littoral Manche-Atlantique et singulièrement en Normandie.
Le Courlis cendré est considéré comme Vulnérable dans la liste rouge des oiseaux nicheurs de France ainsi que dans les listes rouges européenne et de l’Union européenne (UICN).
Statut en Normandie
Le Courlis cendré se reproduit de manière très localisée en Normandie, depuis les années 50. La principale population habite les marais du Cotentin. Mis à part cette dernière population, les deux autres bastions sont affectés par un net déclin depuis 20 ans et concernent aujourd’hui moins d’une centaine de couples.
Pour la Haute-Normandie, Olivier notait en 1938 : « Espèce très commune et régulière dans sa double migration dans toute la Basse-Seine et sur le littoral ; souvent aussi dans les vallées de la Seine et des principales rivières, assez loin à l’intérieur ».
Écologie et habitat
L’habitat originel du Courlis cendré est constitué par les landes tourbeuses. Actuellement, l’espèce occupe surtout, dans le nord-ouest de la France du moins, les prairies de fauches, humides ou non. Les nicheurs s’installent de la seconde quinzaine de février à mars, et cachent leur nid au sol sous la végétation, parfois sur de petites élevures du sol dans les terrains les plus humides. Une seule ponte est effectuée. La dispersion postnuptiale débute dès fin mai, et les oiseaux nordiques arrivent dans nos régions à partir du courant de l’été. En hiver, le Courlis cendré fréquente surtout les estuaires et les baies, les sites intérieurs pouvant être occupés surtout lors des vagues de froid qui amènent des hivernants venant du Nord. L’espèce a en effet besoin de vasières riche en invertébrés, mais s’alimente aussi dans les prairies, les chaumes et les labours proches, où il prélève des lombrics.
Conservation
C’est l’intensification agricole, associée à la déprise qui frappe nombre de sites anciennement prairiaux, qui constitue la menace principale pour le Courlis cendré. Ainsi, les peupliers, le maïs, le boisement spontané ou volontaire des landes, tourbières et prairies de fauche, les carrières de granulats, compromettent l’avenir de l’espèce chez nous, de même que l’aménagement et l’entretien des gabions situés dans des sites potentiels. Dans les milieux favorables, la fauche précoce fin mai ou début juin est irrémédiablement destructrice pour les nichées. La chasse en février n’arrange évidemment rien, en exposant les couples prêts à nicher.
Réhabilitation des zones humides, avec une gestion appropriée (aidée éventuellement par des mesures agri-environnementales), arrêt des subventions au maïs ou à la populiculture, adoption à grande échelle d’une agriculture durable beaucoup moins intensive, politique moins laxiste ou complaisante en matière de gabions, sont indispensables pour éviter la disparition du Courlis cendré en Normandie, et, on peut l’espérer, son installation dans des sites nouveaux. Une attitude cohérente imposera bien entendu l’arrêt total de la chasse, donc des tirs de l’espèce et son dérangement en période sensible, en février.
Compte tenu de son statut européen et national, le Courlis cendré devrait être retiré de la liste des espèces chassables.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Nidification
La principale population habite les marais du Cotentin. Il est présent secondairement dans quelques landes de l’Orne et du nord du Cotentin. Une petite population de quelques couples existe dans le Marais Vernier (Eure). On peut estimer la population à environ une centaine de couples.
Fréquence sur les échantillons prospectés (%)
| Normandie 4 (100ème rang) |
Logiquement l’espèce est rarement notée dans notre échantillonnage.
Période internuptiale
L’hivernage voit quant à lui beaucoup plus d’oiseaux fréquenter la région, plusieurs milliers au passage et en hivernage, faisant de la région un des bastions français à cette saison (en moyenne 6 000 individus, soit un quart des effectifs français). Cette population est concentrée dans les grandes zones humides littorales : en premier lieu la Baie des Veys, puis la côte ouest de la Manche et la baie du Mont-Saint-Michel ; enfin il occupe la baie d’Orne, celle de la Seine et des petits estuaires de la côte d’Albâtre.
Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 2 | 1 | 3 | 2 | 4 | 3 |
La fréquence du Courlis cendré est assez stable pendant l’hiver sur les échantillons prospectés.
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 6 | 8 | 8 | 8 | 8 | 10 |
Comme sur nos échantillons, la fréquence de l’espèce est stable au long de l’hiver sur nos fiches de relevés.
| Haute-Normandie en 2007 | Haute-Normandie en 2019 |
| 2 | 2 |
La fréquence du Courlis cendré est restée identique entre les deux enquêtes haut-normandes.
Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie
Il n’est pas possible d’évaluer les effectifs de cet hivernant peu commun en Normandie par notre méthode d’échantillonnage.
Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Courlis cendré, période de reproduction et d’hivernage.
