Cigogne blanche

Ciconia ciconia

Espèce protégée

Nicheur assez rare (420 couples) ; hivernant rare

Statut en Europe et en France

La Cigogne blanche est une espèce des zones tempérées et chaudes du Paléarctique. En Europe (90 % de l’effectif mondial), elle est surtout présente dans le centre et l’est du continent, sa distribution étant nettement plus éparse au Nord-Ouest. C’est la Pologne qui détient la population la plus importante, et les deux autres bastions européens sont les Pays Baltes et l’Espagne. L’espèce a beaucoup décliné durant tout le XXe siècle, avec dans certains pays une baisse numérique de 90 %. Ce déclin a surtout touché les Pays-Bas, le Danemark, la Belgique, la Suisse et la Suède (d’où elle a disparu vers le milieu du xxe siècle). Les populations d’Europe occidentale connaissent cependant une augmentation importante depuis peu d’années (particulièrement dans son bastion espagnol et en France), après cette longue période de déclin. On assiste également à une expansion à la fois numérique et géographique de l’espèce vers le nord-est de l’Europe.

En France, son bastion était l’Alsace jusqu’aux années 1960, mais la Cigogne blanche a bien failli disparaître de cette région dans les années 1970 où il restait moins de 10 couples. La population de l’espèce retrouve ensuite assez rapidement une meilleure santé, avec une progression très nette à partir des années 1980, tant en Alsace que sur la façade atlantique au sud de la Loire, en Basse-Normandie, en Dombes, en Camargue, quelques couples nichant ça et là de façon dispersée (plus de 2 000 couples aujourd’hui). Si la Cigogne blanche hivernait auparavant presque exclusivement en Afrique subsaharienne, plusieurs milliers d’oiseaux ont adopté depuis le courant des années 1990 l’Espagne et le Maroc pour leur séjour hivernal, un nombre croissant d’entre eux (plus de 1 000) restant en France également.

Statut en Normandie

La Cigogne blanche a connu en Normandie depuis plusieurs années une importante progression. Elle est restée un nicheur marginal jusqu’au début des années 90, avant de s’implanter durablement, suivant en cela la situation en Europe de l’Ouest et en France.

Pour la Haute-Normandie, Olivier notait en 1938 : « De passage assez régulier, surtout au siècle dernier. Les cigognes séjournent parfois quelque temps chez nous, principalement à l’estuaire de la Seine. En 1925, nous avons personnellement observé un nid de cigogne au marais de Saint-Vigor. Construit dans la hune d’un des mâts d’un navire enlisé, il fut détruit, ainsi que les œufs, par « d’indésirables » curieux ; selon toute vraisemblance, le couples de cigognes dut reconstruire un second nid sur une balise de la Basse-Seine et mener à bien sa couvée, car quelque temps après, on vit une famille de ces oiseaux sur le marais ; le fait n’est d’ailleurs pas surprenant puisque des cigognes se sont reproduites à plusieurs reprises dans le département voisin de la Somme ».

Écologie et habitat

Dans le nord-ouest de l’Europe, la Cigogne blanche niche généralement près d’une zone humide ou au sein de celle-ci, s’y nourrissant d’odonates, orthoptères, coléoptères aquatiques ou batraciens. Des sites situés en secteur bocager comportant des ruisseaux et des mares sont parfois occupés, généralement de façon éphémère. Les plus grandes densités de nicheurs se rencontrent dans des zones régulièrement inondées. Le nid est construit sur un arbre, généralement de grande taille, dont le sommet présente une surface plane et solide, suffisamment grande pour supporter la volumineuse coupe de branchages. Dans nos régions, et devant l’insuffisance d’arbres disponibles, des plates-formes ont été spécialement aménagées en plusieurs lieux favorables, accueillant maintenant la majorité des couples.

Les premiers retours sont dorénavant notés dans la deuxième décade de janvier, y compris sur les sites de nidification, voire sur les nids. La migration postnuptiale débute en juillet, pour atteindre son maximum dans la seconde quinzaine d’août.

Conservation

La récente expansion de l’espèce en France est corrélée à un important accroissement de la population ibérique de la Cigogne blanche. Elle a été favorisée par la pose de plates-formes artificielles. L’important et long déclin qui avait précédé cette expansion a été attribuée à la chasse en Afrique, à la disparition ou la dégradation de nombreuses zones humides sur les sites de nidification, à l’emploi de pesticides très délétères pour la chaîne alimentaire aussi bien sur les lieux d’hivernage que sur les zones de reproduction, ainsi que par le développement important des lignes électriques à haute tension, tuant de nombreux oiseaux en cours de vol. La sécheresse qui a longtemps sévi sur les lieux d’hivernage africains a également été incriminée. La bonne santé apparente de l’espèce chez nous ne doit pas masquer les menaces qui continuent à peser sur elle : populiculture, maïsiculture, urbanisation des zones humides, mauvaise gestion des niveaux d’eau (souvent maintenus trop bas), lignes à haute tension, chasse en Afrique. Les lignes à haute tension peuvent bénéficier de dispositifs permettant aux oiseaux d’éviter les collisions, au moins dans les secteurs sensibles, et pourraient en maints endroits être enterrées. Quant aux problèmes de gestion des milieux, une politique agricole durable avec localement des mesures agri-environnementales est indispensable pour assurer l’avenir de la Cigogne blanche chez nous. Il convient d’insister sur le fait qu’une gestion extensive des zones occupées par l’espèce est indispensable, ne serait-ce que pour la disponibilité en proies.

Répartition en période de nidification (2005-2012)

Cigognes blanches sur leur nid en train de s'accoupler
Cigognes blanches © LPO Normandie

Nidification

Elle est aujourd’hui présente dans trois régions naturelles, avec des effectifs à peu près similaires : les marais du Cotentin et du Bessin, le Pays d’Auge et la vallée de la Seine (plus de 300 couples). Elle est encore en expansion, comme l’atteste la colonisation récente de la vallée de la Seine depuis son bastion estuarien ou la colonisation des franges les plus occidentales des marais du Cotentin. De nos jours, la Normandie regroupe une part non négligeable des effectifs nicheurs français (autour de 10 %).

Fréquence sur les échantillons prospectés (%)

Normandie
7 (90ème rang)

La Cigogne blanche est une espèce peu fréquente et localisée sur nos échantillons.

Période internuptiale

L’hivernage de l’espèce est désormais régulier et en augmentation. Plusieurs dizaines d’individus à quelques centaines hivernent dorénavant en Normandie.

Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
2NA1134
Fréquence (%) par mois sur les échantillons prospectés

La fréquence de l’espèce augmente vers la fin de l’hiver avec les premiers retours des migrateurs à partir de mi-janvier.

SeptembreOctobreNovembreDécembreJanvierFévrier
111114
Fréquences par mois d’après les fiches de relevés

La situation est identique sur nos fiches de relevés : les cigognes blanches sont contactées de façon stable durant toute la période internuptiale, puis la fréquence augmente en février avec le retour des oiseaux nicheurs.

Haute-Normandie en 2007Haute-Normandie en 2019
11
Fréquence sur les échantillons prospectés (%) au cours des enquêtes précédentes

On note une stabilité des contacts entre les deux enquêtes effectuées en Haute-Normandie.

Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie

La fréquence de la Cigogne blanche en hiver est trop faible et sa localisation trop restreinte pour pouvoir estimer sa densité ou ses effectifs par notre méthode d’échantillonnage.

Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national de la Cigogne blanche, période de reproduction et d’hivernage.