Miliaria calandra
Espèce protégée
Nicheur peu commun (13 000 couples) et hivernant rare
Statut en Europe et en France
L’espèce est présente dans toute l’Europe, en dehors de sa partie septentrionale. Les plus gros effectifs sont en Espagne (près de la moitié de la population européenne). Depuis les années 1950, le Bruant proyer décline dans la plus grande partie de son aire de nidification. Le déclin le plus inquiétant et le mieux documenté se situe au Royaume-Uni (où la population a chuté de 86 % entre 1973 et 1998) et aux Pays-Bas. Un déclin similaire a été constaté en Allemagne, Belgique, Suisse et Danemark. En Suède, où l’espèce était très commune dans le sud du pays au XIXe siècle, le Bruant proyer est en passe de disparaître. Ailleurs en Europe, une diminution générale, à la fois des effectifs et de la répartition, a été également constatée depuis le début du XXe siècle, surtout à partir des années 1960. Il semble s’être stabilisé récemment.
En France, il manque dans les régions de montagne ainsi que dans une grande partie de la Bretagne et du département de la Manche ainsi que dans les Landes. Il a aussi fortement décliné dans notre pays. Le Bruant proyer est considéré comme Quasi menacé dans la liste rouge des oiseaux nicheurs de France (UICN).
Statut en Normandie
Le Bruant proyer est un oiseau très inféodé aux grandes cultures dans notre région. Sa distribution est donc essentiellement haut-normande (plaines de l’Eure et Pays-de-Caux). Il est restreint en Basse-Normandie à la plaine de Caen ; il est rare dans le bocage, quasi absent du département de la Manche. Pour la Haute-Normandie, Olivier notait en 1938 : « Migrateur en octobre-novembre et mars-avril. Très localement distribué pour la reproduction ». Si Gadeau de Kerville le disait habitant « des prairies plus ou moins marécageuses, des champs, des endroits fertiles et humides… », aujourd’hui il n’en est plus de même, les zones humides ayant considérablement diminué depuis lors. Le Bruant proyer a depuis largement adopté les zones cultivées de la région. Il est beaucoup plus rare en hiver, et semble alors se restreindre à la zone littorale.
Écologie et habitat
Le Bruant proyer est un oiseau des milieux ouverts, essentiellement grandes plaines céréalières et zones agricoles mixtes (cultures et élevage). En Normandie, il occupe essentiellement les plaines agricoles : cultures (blé surtout, mais aussi orge, betterave, ou encore pois), mais aussi les bordures des quelques prairies qui subsistent. Les postes de chant sont particulièrement recherchés : plante isolée, buisson, clôture, fil électrique… Les cultures qui se trouvent en terrain plutôt humide, dans les vallées par exemple, sont quasi systématiquement évitées, au profit des coteaux et des plateaux.
L’installation des nicheurs sur leur territoire n’a généralement pas lieu avant la fin de mars ; ils côtoient alors les derniers groupes hivernaux (ou migrateurs ?). Les premières pontes ne sont pas déposées avant le courant de mai, probablement pour des raisons de hauteur de végétation, en particulier pour le blé. Si le milieu le permet, des pontes peuvent survenir jusqu’en août, le proyer élevant souvent deux nichées, voire trois quand les conditions s’y prêtent, aidé en cela par son caractère polygame. Le nid est généralement au sol, bien caché dans la végétation. Comme la plupart des granivores, le Bruant proyer devient nettement plus insectivore en période de reproduction. Après la nidification, à partir du mois d’août, des groupes de proyers sont parfois observés, comprenant jusqu’à plusieurs dizaines d’oiseaux, les secteurs de nidification étant pratiquement désertés d’octobre à février au moins, période durant laquelle des oiseaux isolés ou en petits groupes peuvent, bien que fort rarement, être rencontrés. La présence hivernale de bruants proyers est en fait plutôt notée dans des lieux un peu plus arborés comme des lisières de village ou des bocages ouverts, volontiers avec d’autres granivores. Si le Bruant proyer est généralement considéré comme sédentaire, sa rareté en hiver indique qu’il est très probable qu’un gros contingent des nicheurs normands nous quitte en hiver, vraisemblablement pour hiverner du sud de la France à l’Afrique du Nord, les rares hivernants de Normandie étant peut-être des individus issus de pays aux hivers moins cléments.
Conservation
Les fauches précoces et la disparition du pâturage extensif ont pratiquement éliminé ces nicheurs prairiaux dans la région. Si les moissons ont sans doute l’inconvénient de détruire nombre de nichées encore au nid, l’espèce semble s’être cependant bien adaptée aux cultures dans la région. Dans les pays où un déclin marqué a été noté, l’agriculture intensive est considérée comme particulièrement en cause, avec l’avancée des dates de fauche des prairies, l’arasement des haies, les traitements phytosanitaires et la diminution des semailles de printemps au profit des semailles d’hiver. En Grande-Bretagne, la mise en cause des semailles d’hiver a été particulièrement documentée ; elles privent en effet les oiseaux des plaines de la nourriture fournie par les chaumes laissés en place en hiver, et détruisent les nichées du fait d’une récolte plus précoce. Aux Pays-Bas et en Belgique, il a été constaté une baisse des effectifs liée à l’augmentation de la culture du maïs, dans lequel l’espèce ne niche pas. Le constat que nous avons fait en Normandie de la rareté du Bruant proyer en hiver, en contradiction apparente avec la littérature ornithologique, pourrait être dû à la diminution des ressources hivernales (disparition des chaumes) en raison de la prépondérance des cultures d’hiver depuis quelques années ; si tel est le cas, nous pouvons nous attendre à un déclin important des nicheurs dans un avenir proche, à l’instar de ce qui été constaté en Grande-Bretagne.
Répartition en période de nidification (2005-2012)


Nidification
| Haute-Normandie | Cotentin / Bessin | Normandie |
| 7 000 | NA | 13 000 |
Avec environ 13 000 couples estimés, la Normandie accueille environ 4 % des effectifs nicheurs français, donc une densité assez faible.
Carte des densités par zones biogéographiques

Dans la zone échantillonnée, sa concentration dans les zones de grandes cultures est très variée. Le plateau du Neubourg se révèle comme le dernier bastion du Bruant proyer avec plus de 3 couples / km². Au sud de cette aire, la densité décroit sur le plateau de Madrie (1,3 couples) et en plaine de Saint-André (0,6 couple). La côte d’Albâtre et le Vexin abritent encore à peine 2 couples / km². Au nord, Pays-de-Caux, Petit-Caux et plateau de Rouen ne recueillent que moins d’un couple / km²). En Basse-Normandie, il n’atteint que 0,7 couple / km² sur le littoral du Bessin.
Comparaison des densités par grandes zones
| Haute-Normandie | Cotentin / Bessin | Normandie |
| 0,6 | NA | 0,4 (54ème rang) |
Au 54ème rang en termes d’abondance (sur 187 espèces d’oiseaux nicheuses en Normandie), le Bruant proyer est une espèce peu commune en Normandie.
Fréquence sur les échantillons prospectés
| Haute-Normandie en 2017 | Haute-Normandie en 2019 | Normandie |
| 37 | 22 | 17 (63ème rang) |
En termes de fréquence sur les échantillons prospectés, le Bruant proyer est peu fréquent pour être au 63ème rang parmi les espèces normandes. Sa fréquence a nettement chuté (-40 %) entre l’enquête 2007 et l’enquête 2019 en Haute-Normandie.
Densité par type d’habitat
| Bâti | Cultures | Forêt | Mosaïque | Prairies |
| NA | 1,7 | NA | 0,1 | NA |
Seules les cultures abritent réellement le Bruant proyer, avec à peine 2 couples / km². Sa densité dans les habitats en mosaïque est faible. Il est absent ailleurs.
Période internuptiale
Le Bruant proyer est beaucoup plus rare en hiver, et semble alors se restreindre à la zone littorale.
Fréquences sur les échantillons en période internuptiale en Normandie
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| – | 4 | 3 | 3 | 2 | 5 |
La fréquence sur les échantillons prospectés fluctue entre 2 et 5 % entre octobre et février. Ces faibles fréquences sont similaires à celles relevées dans les fiches de relevés (donc tous sites confondus) sur la même période comme indiqué ci-dessous.
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | Janvier | Février |
| 1 | 3 | 3 | 2 | 1 | 2 |
| Haute-Normandie en 2007 | Haute-Normandie en 2019 |
| 6 | 2 |
Comme ce qui est constaté en période de reproduction, la fréquence du Bruant proyer s’est effondrée lors de l’enquête de 2019 avec une baisse de plus de 60 %.
Densités et effectifs en période internuptiale en Normandie
Espèce rare en hiver, il est impossible d’évaluer ses densités et effectifs pendant la période hivernale sur les zones prospectées en Normandie.
Suivre le lien pour regarder la carte de l’atlas national du Bruant proyer, période de reproduction ou d’hivernage.
