Préface
L’ornithologie (science de l’observation des oiseaux dans la nature) est avant tout un plaisir, fertile en découverte et en émotions. Mais cela n’oblitère pas le côté scientifique de l’observation basée sur des protocoles et la valeur des analyses réalisées sur les données collectées.
Ainsi, chacun peut contribuer à fournir des données d’observations et à participer à la protection et la sauvegarde des oiseaux qu’il s’agisse d’une espèce rare ou d’une espèce commune. Ces dernières étant, souvent, celles qui subissent les plus grosses diminutions d’effectifs.
L’inventaire des oiseaux de Normandie est conçu pour tous les publics :
– l’ornithologue peu averti y trouvera le complément indispensable des manuels d’identification et autres ouvrages de référence, qui restent très généraux et ne tiennent pas compte des évolutions récentes du statut des différentes espèces d’oiseaux dans une région comme la Normandie. Il permettra notamment, au retour d’une balade, d’apprécier la valeur d’une observation dans le contexte régional.
– l’ornithologue plus éclairé y trouvera des informations et des analyses plus pointues portant sur l’évolution des populations et du statut des espèces, la répartition des espèces ou leur degré de rareté.
L’ornithologue peut ainsi, quel que soit son niveau de connaissance, devenir un véritable acteur opérationnel pour la protection des espèces et des espaces naturels à l’échelle régionale.
L’inventaire révèle pour la première fois à l’échelle de la Normandie la signification précise de la présence de tel ou tel oiseau dans un milieu ou dans telle région naturelle, quel a été son statut dans le passé, quelles sont les menaces qui pèsent éventuellement sur lui, son degré de rareté, le chiffre de ses effectifs, etc.
En plus d’être des symboles forts et populaires de la nature, les oiseaux constituent d’excellents indicateurs de la qualité de notre environnement et permettent de mesurer efficacement l’impact des aménagements et des actions humaines.
Véritable ouvrage de référence pour les observateurs, mais aussi pour les décideurs, l’Inventaire des oiseaux de Normandie est le fruit d’un très important travail scientifique d’observations des espèces, d’analyses des données, de recherche de références bibliographiques et de rédaction.
Nous remercions chaleureusement chaque participant bénévole, chacun a participé à son niveau à l’existence de l’ouvrage que vous vous apprêtez à consulter.
Avant-propos
L’Inventaire des oiseaux de Normandie a été réalisé à partir de la base de données de la LPO Normandie (552 551 données de 2000 à 2021 pour 17 628 fiches de relevé à la date du 31 octobre 2021) et à partir de notre enquête sur des échantillons de 1 km² de 2015 à 2019. Nous avons par ailleurs consulté la littérature disponible.
Les estimations des effectifs des oiseaux nicheurs ont été faites à partir d’un échantillonnage (zones de 1 km²) complété par la base de données LPO et les références bibliographiques pour les espèces plus rares. Les chiffres d’effectifs nicheurs sont un ordre de grandeur (en nombre de couples) et non un comptage exhaustif. Les effectifs sont classés selon le tableau de droite (une espèce localisée est classée dans la catégorie inférieure, très localisée dans deux catégories inférieures).
| Seuil | Catégorie |
| A partir de 100 000 couples | Très commun TC |
| A partir de 10 000 couples | Commun C |
| A partir de 1 000 couples | Peu commun PC |
| A partir de 100 couples | Assez rare AR |
| A partir de 10 couples | Rare R |
| Moins de 10 couples ou irrégulier | Très rare TR |
La liste des 277 espèces de Normandie (187 espèces nicheuses, 197 espèces hivernantes, 67 espèces de passage) a été réalisée en prenant en compte les espèces observées au moins 3 années dans la période 2000-2021 dans la base de données LPO ainsi que toutes les espèces qui se sont reproduites pendant cette période. Les autres espèces sont considérées comme irrégulières et non traitées dans cet inventaire.
Pour les références internationales, on considère que l’Europe comprend la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie, les pays du Caucase et la Turquie.
Méthodologie
Généralités
L’objectif de l’enquête est de définir les relations entre la distribution et l’abondance des oiseaux suivant les régions naturelles (« pays » ou régions biogéographiques) en Normandie, pendant la saison de reproduction (oiseaux nicheurs) de mars à août ou pendant la saison internuptiale, de septembre à février. Le passage postnuptial est ainsi pris en compte, comme l’hivernage, tandis que le passage prénuptial, qui se confond très souvent avec l’installation des nicheurs, n’est pas étudié.
Le choix de l’échantillonnage
Les atlas conventionnels permettent de donner la répartition géographique des oiseaux dans une région ou un pays. La plupart de ceux-ci est réalisée à partir d’une trame quadrillée, trame de l’IGN (Institut Géographique National) ou trame UTM (Universal Transverse Mercator) dans la majorité des cas, parfois avec des protocoles semi-quantitatifs.
Nous avons choisi de travailler à partir d’un échantillonnage et non d’une trame pour les raisons suivantes :
– nous voulions donner une image de l’avifaune par région naturelle. Par exemple, le statut de la Grive draine était-il différent dans le Lieuvin et dans le Pays de Caux, dans le Bessin ?
– par inférence statistique, l’échantillonnage permettait d’évaluer les ordres de grandeurs des effectifs des oiseaux nicheurs en période postnuptiale.
Les régions naturelles

Elles sont au nombre de 34 et ont été définies à partir de trois critères : histoire, typologie des habitats et géologie. La Figure 1 ci-contre donne un aperçu de la répartition géographique des régions naturelles et des échantillons. Nous avons réalisé l’échantillonnage sur 23 régions naturelles correspondant à environ 50 % de la superficie de la Normandie.
Le choix des échantillons

Le tableau 1 répertorie les échantillons avec le type d’habitat majoritaire et la commune principale. La superficie de 1 km² a été choisie comme référence. Elle permettait en effet de prospecter l’ensemble d’un échantillon dans la journée. Les échantillons ont été choisis en s’assurant de leur répartition dans toute la zone étudiée. Leur nombre par région naturelle correspond à la superficie de chacune d’entre elles. Nous avons choisi un minimum de trois échantillons pour la région naturelle de plus faible superficie, comme pour le Pays-de-Bray (région 2) qui comprend les échantillons 4, 6 et 7. Ce système a permis de définir 105 échantillons (figure 2 ci-contre), ce qui était cohérent avec le nombre d’observateurs disponibles et le temps imparti des cinq années d’enquête.
Nous avons veillé à ce que les habitats représentés sur les échantillons correspondent à la répartition des habitats en Normandie.
Dans les monographies, nous avons indiqué dans les tableaux « NA » (non applicable) lorsque les données de l’enquête ne permettent pas d’estimer de chiffres. Quand nous avons comparé l’importance des populations avec celles de la France, nous avons fait les estimations sur la base d’une superficie prospectée (10 500 ha) représentant environ 5 % de la superficie du territoire métropolitain.
Oiseaux de Normandie en période de reproduction
Méthodologie de prospection
La prospection s’est déroulée pendant les années 2015 à 2019, soit pendant 5 ans. Sur chaque échantillon, les observateurs font autant de relevés que nécessaire pendant un an (de mars à mi-juillet) ou sur plusieurs années. Les informations se cumulent sur les 5 ans. Il n’y a pas de limite au temps passé sur le terrain par les observateurs. L’expérience de nos prospections a montré que, pour un ornithologue confirmé, le minimum est d’une demi-journée par mois (de mars à juin). Tous les observateurs ont effectué également deux sorties nocturnes par échantillon dans une année. Ces sorties nocturnes ont eu lieu deux heures avant le lever du soleil ou deux heures après le coucher du soleil. L’objectif pour chaque échantillon est de donner un nombre le plus précis possible de couples reproducteurs pour toutes les espèces.
Abondance et évaluation des effectifs
L’abondance concerne le nombre de couples estimés sur les échantillons où l’espèce est contactée.
Les effectifs (en couples) sont évalués en extrapolant à la superficie régionale (29 906 km²). Ont ainsi été calculées des densités au km² pour un certain nombre d’espèces : celles pour lesquelles la fréquence est supérieure à 15 %, soit 11 échantillons de présence, sans les espèces de zones humides et les espèces coloniales ainsi que les espèces concentrées hors de la zone d’étude (la partie de la région non concernée par l’échantillonnage), et en ne conservant que celles pour lesquelles la densité est supérieure à 0,1 couple/km².
Nous avons établi un correctif des effectifs estimés pour 16 espèces (Tableau 2).
| Espèces | Coefficient diviseur | Catégories |
| Bondrée apivore Busard Saint-Martin Épervier d’Europe Faucon hobereau | 100 | Territoire en moyenne de 10 km² |
| Canard colvert Foulque macroule Gallinule poule d’eau | 2 | La moitié de la superficie de la région n’est pas favorable à l’espèce |
| Pic noir | 8 | Territoire en moyenne de 8 km² |
| Buse variable Faucon crécerelle | 5 | Territoire en moyenne de 5 km² |
| Bergeronnette des ruisseaux Martin-pêcheur d’Europe | 5 | Le rapport entre la superficie de la région et la longueur de rivières favorables à ces espèces indique que le nombre de km de rivière que l’on devrait trouver dans l’échantillonnage est 5 fois inférieur au km réel. |
| Chevêche d’Athéna Chouette hulotte Effraie des clochers Hibou moyen-duc | 3 | La prospection s’est faite par repasse sur les échantillons. La superficie prospectée est d’environ 3 km². |
Fréquence
La fréquence d’une espèce est définie par le nombre d’échantillons où l’espèce est contactée nicheuse, ramené au nombre total d’échantillons. Les pourcentages de fréquence sont donc définis par rapport aux 105 échantillons. Ainsi, l’Accenteur mouchet est présent sur 103 échantillons sur 105, ce qui correspond à un pourcentage de 98 % sur l’ensemble des régions naturelles prospectées en Normandie.
Oiseaux de Normandie en période postnuptiale
Méthodologie de prospection
Nous avons inventorié toutes les espèces présentes sur les zones échantillon de 1 km² pendant la période postnuptiale (septembre à février), pendant les années 2015 à 2019.
Pendant la période de nidification, les oiseaux nicheurs sont fidèles à leur site de reproduction, tandis que leur présence est fluctuante d’un lieu à un autre au cours de la période internuptiale (recherche de nourriture, déplacement en fonction des vagues de froid, passage migratoire, dérangement dû à la chasse, etc.). Cette instabilité dans l’espace a la conséquence suivante : plus le temps de présence sur les échantillons est élevé, plus le nombre d’espèces contactées augmente. Il y a donc nécessité d’encadrer précisément le temps de prospection pour analyser les résultats.
Ainsi, chaque échantillon est prospecté pendant une demi-journée (4 heures), de préférence le matin après 8 heures, une fois par mois.
Abondance et évaluation des effectifs
L’abondance concerne le nombre d’individus estimés sur les échantillons où l’espèce est contactée.
Les calculs d’effectifs pour la Normandie sont effectués avec la même approche que pour la période de reproduction, pour chacun des 6 mois de la période.
Les effectifs indiqués correspondent à des nombres « planchers » :
- moins de 10 000 indique des effectifs de l’ordre de quelques milliers d’individus.
- entre 10 000 et 100 000 indique des effectifs de l’ordre de quelques dizaines de milliers d’individus.
- à partir de 100 000 indique des effectifs de l’ordre de quelques centaines de milliers d’individus.
Fréquence
La fréquence d’une espèce est définie par le nombre d’échantillons où l’espèce est contactée, ramené au nombre total d’échantillons. Les pourcentages de fréquence sont définis par rapport aux 105 échantillons.
Résultats
Résultats généraux
Lors de l’enquête, nous avons contacté 184 espèces d’oiseaux :
- 68 espèces sont des nicheurs abondants et fréquents (tableau 3). Leur fréquence dépasse 15 % sur les échantillons et leur densité est supérieure à 0,1 couples au km² (excepté les espèces coloniales et les espèces des zones humides, trop localisées pour calculer des densités). Pour ces espèces il est possible de donner un ordre de grandeur des effectifs reproducteurs. Le tableau 3 en donne la liste.
- 64 espèces sont des nicheurs soit peu fréquents (moins de 15 % sur les échantillons), soit peu abondants (densité inférieure à 0,1 couples au km²).
- 52 espèces ont été notées uniquement en période postnuptiale. Ce sont des espèces hivernantes ou de passage ou des nicheurs rares, mais fréquents ou commun en hivernage ou lors de leur migration.
Le tableau 4 donne les résultats pour la période de reproduction.
Les tableaux 5 (abondance) et 6 (fréquence) donnent les résultats pour la période postnuptiale. Pour le tableau 5 les densités (en nombre d’individus au km²) sont calculées pour les espèces présentant au moins une fréquence de 15 % à l’exception des espèces à grand territoire, des espèces très localisées et de celles des zones humides.
Soixante et une espèces ou sous-espèces régulières en Normandie, reproductrices ou de passage et hivernantes n’ont pas été contactées lors de l’enquête. Ces espèces ou sous-espèces sont en effet rares ou localisées. Si certaines espèces rares ou localisées ont été contactées sur un ou quelques échantillons, il est logique que la majorité d’entre elles aient échappées à notre travail.
Résultats par habitat
Les échantillons sont regroupés par type d’habitats suivant le tableau 7 :
| Type d’habitats | Échantillons dont la superficie présente |
| Bâti | 100 % de zone urbanisée |
| Cultures | Plus de 80 % de cultures |
| Forêts | Plus de 90 % de forêts |
| Mosaïque | Aucun habitat à plus de 50 % |
| Prairies | Plus de 70 % de prairies |
Pour chaque espèce les densités sont calculées par type d’habitats avec la même approche que pour les résultats généraux (fréquence supérieure à 15 % et densité au moins égale à 0,1 couple au km²).
Le tableau 8 en fait la synthèse.
Résultats par grande zone naturelle
Nos échantillons sont regroupés dans deux grandes zones naturelles : la Haute-Normandie et l’ensemble Bessin/Cotentin.
Pour ces deux zones, les densités pour les espèces ont été calculées par regroupement des échantillons, avec la même approche que pour les résultats généraux (fréquence supérieure à 15 % et densité au moins égale à 0,1 couple au km²).
Le tableau 9 en fait la synthèse.
