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Ligue pour la Protection des Oiseaux
Normandie

Edito

Le renard, la tique et la santé publique

D’après l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), un million de renards sont tués chaque année en France (600 à 700 000 par chasse ou piégeage) sous prétexte de santé publique (risque d’Echinococcose alvéolaire : un ver parasite intestinal) par exemple ou bien à cause de dommages aux élevages. Un renard mange environ 3 000 rongeurs par an (sans compter l’effet sur la dynamique de reproduction des rongeurs : sans prédation, un couple de Campagnol terrestre peut engendrer 114 campagnols d’avril à septembre).

Chez l’être humain, la maladie de Lyme fait partie des maladies émergentes. Elle est provoquée par une morsure de tique infectée par la bactérie Borrelia. Cette maladie est en forte progression en Europe et en France. Fin des années 1980, l’incidence de cette maladie était de 16 cas pour 100 000 personnes. D’après l’institut Pasteur, on recenserait 10 000 nouveaux cas par an depuis 2005. Les chiffres montent jusqu’à 200 nouveaux cas pour 100 000 habitants dans l’Est et le Centre de la France. Ce qui pose un réel problème de santé publique.

Quel lien entre renard et maladie de Lyme ? Le campagnol infecté !

La bactérie Borrélia se développe dans la larve de tique, la nymphe puis l’adulte. Après chaque stade de son développement, la tique change d’hôte et peut l’infecter : rongeur le plus souvent, lézard ou batracien occasionnellement, et aussi le promeneur lors d’un parcours en forêt ou dans les milieux avec des herbes hautes.

Récemment, la Royal Society Britannique (l’équivalent de l’Académie des Sciences pour la France) a publié les résultats d’une étude sur les effets bénéfiques de la présence du renard sur le nombre de tiques infectées par la bactérie Borrelia.

En diminuant le nombre de rongeurs infectés, on suggéra que le risque de transmission à l’homme de la maladie de Lyme pourrait être réduit. Cette hypothèse a été testée en Hollande pendant les mois d’avril à septembre, sur une vingtaine de carrés forestiers d’un hectare, avec des densités variables de prédateurs (renards et fouines). Les corrélations ont montré que plus le nombre de renards et de fouines est élevé, plus le nombre de tiques infectées est bas. De plus, lors du contrôle des rongeurs, on s’est rendu compte que les campagnols portaient moins de tiques dans les carrés où les prédateurs sont nombreux. En effet, quand les prédateurs sont plus nombreux, les rongeurs sont plus casaniers et donc moins exposés au risque d’infection. Les tiques doivent trouver d’autres espèces plus accessibles et sans maladie infectieuse.

La politique actuelle classe le renard comme espèce « susceptible d’occasionner des dégâts » dans 90 départements sur 96 (dont la Normandie) et autorise ainsi sa destruction toute l’année ! Ceci est en totale contradiction avec les enjeux de santé publique qui se dessinent avec la maladie de Lyme. Il serait plus que temps de repenser objectivement au service rendu par le renard par son impact positif sur l’agriculture (limitation des populations de rongeurs) et sur les défis de santé publique. Et d’une manière plus générale du rôle des prédateurs dans le fonctionnement des écosystèmes dont l’être humain fait pleinement partie.

Le Conseil d'Administration.